Procès des attentats de janvier 2015: l'ex-mentor des frères Kouachi peine à convaincre

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La cour d'assises spéciale de Paris a entendu ce samedi 3 octobre Farid Benyettou, l'ancien prédicateur de la filière dite des Buttes-Chaumont, une filière d'acheminement de jihadistes en Irak démantelée en 2005, et mentor repenti des frères Kouachi.

Son témoignage était très attendu. Et pour cause : figure de l'islam radical au début des années 2000, Farid Benyettou a joué un rôle-clé dans la filière dite « des Buttes-Chaumont », démantelée en 2005, qui visait à envoyer des jihadistes dans les rangs d'Al-Qaïda en Irak. « Emir » autoproclamé de ce groupe de jeunes radicalisés, il a eu comme adeptes les frères Kouachi et Peter Cherif, présenté comme un possible commanditaire de la tuerie de Charlie Hebdo.

A la barre ce samedi, les premiers mots de Farid Benyettou sont pour les victimes à qui il présente ses excuses. L'ancien prédicateur âgé de 39 ans, aujourd'hui chauffeur-routier, répond ensuite aux questions peu précises et décousues du président de la cour. L'homme qui affirme ne plus fréquenter de mosquée assume avoir été le leader religieux des frères Kouachi au début des années 2000. Chérif surtout, qu'il a encouragé à se rendre en Irak.

De nombreuses interrogations

Mais en prison où Farid Benyettou purge une peine de six ans pour son rôle dans la filière des Buttes-Chaumont, un gardien ébranle ses convictions jihadistes. A partir de 2009, commence alors pour lui une « longue remise en question », qui aboutit à sa déradicalisation. Quand un avocat lui demande s'il est Charlie, Farid Benyettou répond « oui », sans hésiter.

Les parties civiles refusent toutefois de le croire. S'il a pris ses distances avec l'islamisme radical, pourquoi a-t-il continué d'avoir des contacts avec les frères Kouachi jusqu'en novembre 2014, mais aussi avec d'autres figures de la mouvance jihadiste ? Farid Benyettou affirme qu'il faisait tout pour les éviter, mais que Chérif Kouachi venait frapper à sa porte à l'improviste.

Les parties civiles s'agacent. N'aurait-il pas pu agir ? User de son influence pour le détourner de ces idées radicales ? « Je n'ai pas cessé d'avoir des discussions avec lui. J'ai même eu le courage de lui dire que j'étais contre ce que Mohamed Merah avait fait », se défend maladroitement Benyettou, qui décrit un Chérif Kouachi fermé à la discussion. « Il écoutait ceux qui disaient ce qu'il voulait entendre. Le jour où j'ai tenu un discours contraire » à ses attentes, « il n'a plus voulu m'écouter ». Un avocat cherche alors à lui faire dire qu'il était au courant des plans des trois terroristes. Farid Benyettou nie en bloc.