Procès des attentats du 13-Novembre: comment les avocats de la défense se préparent-ils à plaider?

Salah Abdeslam s'entretient avec son avocat Me Vettes le 14 septembre 2021 lors du procès des attentats du 13-Novembre. - Benoit Peyrucq
Salah Abdeslam s'entretient avec son avocat Me Vettes le 14 septembre 2021 lors du procès des attentats du 13-Novembre. - Benoit Peyrucq

"La pression monte parmi la défense, ils ne sont pas bien, ça se sent", confiait vendredi une avocate de victimes des attentats du 13-Novembre. La cour d'assises spécialement constituée pour juger les 20 accusés des attaques terroristes les plus meurtrières commises en France venait alors d'entendre les réquisitions prononcées par l'avocate générale Camille Hennetier, et notamment la peine la plus lourde du code pénale, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, à l'encontre de Salah Abdeslam.

A partir de ce lundi, les avocats de la défense vont avoir la lourde charge de plaider pour tenter d'obtenir l'acquittement, comme pour Ali Oulkadi, l'un des trois accusés qui comparaissent libres, poursuivi pour recel de terroriste pour avoir transporté Salah Abdeslam à Bruxelles lors de sa cavale, et contre lequel 5 ans de prison ont été requis, ou un allègement de peine comme pour le seul membre encore en vie des commandos du 13-Novembre, seul à être jugé comme "co-auteur" des attaques.

Ses avocats vont notamment devoir convaincre la cour d'assises qu'à l'inverse de ce que pense le parquet national antiterroriste, "une évolution future favorable" est possible. Et ainsi lui éviter une période de sûreté incompressible.

"On connait les axes, on sait ce qu’il y a à plaider, parce qu’il y a eu neuf mois d’audience, on sait ce qu’on a envie de dire. Mais les réquisitions vont être fondamentales pour savoir comment l’accusation se construit, comment l’accusation prend acte de ces neuf mois de procès", expliquait sur le plateau de Quotidien Me Olivia Ronen, l'avocate de Salah Abdeslam, quelques jours avant les réquisitions.

"Les grands axes en tête

Avec Me Martin Vettes, la jeune avocate, choisie par le terroriste pour assurer sa défense après six années sans conseil, prendra la parole le vendredi 24 juin, au dernier jours consacré aux plaidoiries de la défense. "L’idée n’est pas de redire ce qui a été dit, mais d’avoir un propos un peu neuf, autant que faire se peut", commentait l'avocate qui estimait qu'elle rédigerait sa plaidoirie "le dernier jour".

"Pourquoi serait-elle écrite, s'amusait vendredi Me Gisèle Stuyck, l'avocate d'Osama Krayem. Je n'écris pas ma plaidoirie." L'avocate belge, qui plaidera le 20 juin, assure "avoir des axes en tête". "On y travaille depuis neuf mois, on sait ce qu’on va dire", insiste-t-elle. Son client a d'ailleurs gardé le silence pendant quasiment tout le procès, refusant de comparaître depuis le mois de novembre dernier, expliquant avoir "perdu espoir" en la justice française.

Le conseil d'Osama Krayem, qui le défend aux côtés de Me Margaux Durand-Poincloux, n'a d'ailleurs pas attendu les réquisitions - la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 30 ans a été requise à l'encontre de son client considéré par l'accusation comme "un membre à part entière des commandos du 13-Novembre - pour déterminer ce qu'elle allait plaider.

"On n'a pas envie de rater"

Un peu plus loin sur les bancs de la défense, sa consoeur Me Negar Haeri reconnaît qu'à l'approche de sa plaidoirie, mardi, la pression monte face à cet exercice "inédit" avec une "telle solennité".

"J'ai les grands axes en tête mais je vais écrire quelques éléments, quelques formules, qui doivent être dits mais qui, avec le stress, pourraient être oubliés, développe l'avocate de Mohamed Amri, l'un des "convoyeurs" de Salah Abdeslam lors de sa fuite vers Bruxelles au lendemain des attentats. On n'a pas envie de rater notre plaidoirie, encore moins là."

Pour les avocats, l'objectif va être de répondre aux arguments de la défense. Et notamment sur la débattue qualification d'association de malfaiteurs terroriste criminelle qui est repprochée à l'ensemble des accusés, le parquet national antiterroriste estimant que pour les reconnaître coupables de cette infraction, il n'est pas nécessaire "de prouver que l’auteur ait eu une connaissance précise du projet" terroriste final, ni qu'ils aient eu eux-mêmes des velléités terroristes.

Lors d'une plaidoirie de la défense, l'avocat a aussi pour ambition de livrer des éléments sur l'accusé ou des mots qu'il n'a pas su exprimer lors de l'audience. "Nous avons une connaissance et un accès privilégié à notre client, explique Me Gabriel Dumenil, avocat pénaliste, qui est intervenu dans plusieurs dossiers terroristes. Il y a un immense fossé entre la vision qu'ont les gens de notre client et notre vision de ce dernier. Nous sommes leur porte-voix." Un rôle qui ne se limite pas à celui de substitut.

"Une vraie bonne plaidoirie doit allier le fond et la forme, la personnalité et les éléments d'audience, c'est un mélange subtil de ce qui existe dans le dossier, ce qui est objectif et ce qu'il s'est passé au fil des débats", détaille l'avocat qui a récemment défendu Willy Bardon ou Aïssa Zerouati, surnommé "le violeur de la forêt de Sénart".

De fait, les arguments sont souvent finalisés quelques minutes avant de plaider. Si le pénaliste assure qu'il a en tête la douleur des parties civiles lorsqu'il plaide, même quand les faits sont intégralement contestés, reste que la question centrale qui guide l'avocat est celle de la responsabilité de son client. Me Marie Dosé et Judith Lévy seront ce lundi les premières à se lever pour répondre à cette interrogation concernant leur client, Ali Oulkadi.

Article original publié sur BFMTV.com

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