Procès du 13-Novembre: les victimes du Stade de France refusent d'être oubliées

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Au procès des attentats du 13-Novembre a commencé ce mardi 28 septembre les auditions des parties civiles, avec celles des victimes du Stade de France.

Pour contenir son émotion, Sophie Dias s'agrippe à la barre comme elle se raccroche au texte qu'elle lit. Elle est la fille de Manuel Dias, 63 ans, la seule victime décédée dans les attentats du Stade de France, tué par la ceinture explosive d'un kamikaze. Ce chauffeur de car venait de déposer au stade des supporters venus de Reims pour assister au match France-Allemagne.

Ce 13 novembre 2015, Sophie Dias est au Portugal pour préparer son mariage, rapporte notre envoyée spéciale au palais de justice, Laura Martel. Alors qu'elle dîne, les premières images des attentats sont diffusées à la télévision. « Je me rassure comme je peux, car je crois que ça se passe seulement au Bataclan et je n'imagine par le pire », raconte-t-elle.

Manque d'empathie

Sophie Dias appelle tout de même son père. Vingt fois, trente fois. L'angoisse va croissante jusqu'au lendemain. Alors qu'on lui a assuré plusieurs fois que son père ne figure pas parmi les morts, l'annonce tombe à midi. « Le monde s'écroule », souffle-t-elle.

Commence un parcours du combattant « qui va nous anéantir » : les lourdes démarches, le manque d'empathie constant. Car si elle est surtout venue pour la mémoire de son père, « ce papa poule comme il en existe peu », « ce mari exemplaire et amoureux », Sophie Dias dit aussi sa révolte, sa désolation face aux mots « d'une cruauté démesurée » de l'Institut médico-légal, face à la froideur du Fonds de garantie des victimes et ses incessantes expertises qui rendent le deuil impossible. « C'est inhumain de demander tant d'explications six ans après », dénonce la trentenaire.

Sophie Dias dit aussi combien elle se sent abandonnée par le gouvernement qui impose ces démarches, tandis que le président Emmanuel Macron n'assiste même plus aux commémorations annuelles. La voix vibrante, elle conclut : « Je veux œuvrer pour qu'on n'oublie pas le Stade de France. »

Des vies détruites

Ce mardi, pour le premier jour des auditions des parties civiles, 14 personnes défilent à la barre. Il y a Marilyn, qui a gardé l'écrou qui lui a été retiré de la joue droite ; Mohamed, qui travaillait comme agent de sécurité à l'entrée du stade ; Walid qui était passé en courant derrière le deuxième kamikaze parce qu'il était en retard, et qui est venu d'Égypte pour témoigner ; mais aussi six gendarmes de la Garde républicaine qui sécurisaient le stade, à l'intérieur duquel se trouvaient le président François Hollande et le chef de la diplomatie allemande Frank Walter Steinmeier.

L'un après l'autre, ils racontent les trois explosions puis « le silence de mort », les boulons dont étaient remplis les gilets explosifs, qui viennent taper « contre les Rangers », les bouts de chair dans les cheveux...

Pour eux, pas de blessure. Du moins en apparence. Mais des vies détruites, dont celle de Pierre, aujourd’hui à la retraite. « Il faut que le tribunal prenne conscience qu'il n'y a pas eu que des morts et des blessés, mais aussi des familles explosées parce qu'elles n'ont pas pu supporter ça », explique-t-il au micro de notre envoyé spécial, Simon Rozé. Sa voix s'étrangle. « Il y a eu avant et après le 13. Ils ont bousillé ma vie ce soir-là. »

Quelque 2 200 personnes se sont constituées parties civiles à ce procès, qui juge, depuis le 8 septembre et pour environ neuf mois, 20 accusés, dont le seul membre encore en vie des commandos Salah Abdeslam.

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