Procès du 13 novembre : les victimes s’adressent aux accusés

Pendant 10 jours au procès des attentats du 13 novembre 2015, les parties civiles défilent à nouveau à la barre de la Cour d’Assises spéciale de Paris. Les victimes directes ou indirectes des attaques qui ont frappé le stade de France, les terrasses parisiennes et la salle de concert du Bataclan. Certaines d’entre elles ont choisi de s’adresser directement aux accusés.

« Je ne prononcerai ces mots qu’une fois. Tu as été assassinée, tu es morte ce jour-là. » La mère de Justine raconte avec force comment elle a perdu sa fille, une « boule à facettes » lumineuse aux miroirs imparfaits. Elle raconte comment les médecins ont d’abord confondu le corps de sa fille avec celui d’une autre victime. « J’ai pardonné toutes les errances d’un système qui n’était pas préparé à un tel chaos. En revanche, 7 ans plus tard, je ne pardonne pas cette folie d’un soir. Je ne veux pas être calme, je ne le veux pas et je ne le serai jamais. »

Il y a cette mère musulmane venue avec sa famille, elle aussi, parler de sa fille décédée et qui s’adresse directement aux accusés : « J’aimerais dire à ceux qui se sont présentés comme combattants jihadistes que vous méritiez d’être, vous aussi, séparés de votre mère comme je le suis de ma fille. Ma fille, d’où elle est, pourrait peut-être vous accorder son pardon, moi je ne le pourrais jamais. »

Cette sœur qui s’interroge : « Je me demande si les accusés devant votre Cour aujourd’hui ont conscience de la chance qu’ils ont d’être jugés dans le plus grand respect du droit et de la dignité humaine ? »

« Je ne vous haïrai pas. Vous êtes mes frères humains. », leur lance la sœur d’une autre victime blessée dans son âme et dans sa chair. Elle cite une chanson de Jacques Higelin :

Tu es la beauté flamboyante

Qui rougit le ciel au matin

Comme le sang sur la chemise du bourreau

Ou de l'assassin.

Tu es la beauté que j'adore

Car elle m'a appris à aimer

Et à comprendre la laideur

Qui est le miroir

Où je peux contempler

Ma vérité

.

« Messieurs les accusés, conclut-elle, puissiez-vous contempler la vôtre. »

Le producteur du concert des Eagles of Death Metal, blessé au début de l’attaque du Bataclan s’adresse aussi directement aux accusés. « Je voulais me tourner vers vous et vous dire que vous n’avez gagné. Je suis encore là. » « Tout le contraire, ça m’a fait avancer professionnellement. » Il ajoute dans un sourire « Et suite à ça j’ai arrêté de fumer, donc merci messieurs, grâce à vous j’ai peut-être été sauvé d’un cancer du poumon. »

Il y a encore ce DJ et producteur de musique, qui lui aussi a pris une balle au Bataclan café. « J’ai un grand-père qui est juif, un papa nord-africain et une grand-mère basque. Détester quelqu’un, je ne sais pas faire. » « Même si les accusés ne sont pas ceux qui ont tiré sur moi, certains par leurs actions, leur silence, ont permis que cela se produise. En les regardant, je vois qu’ils ont mon âge, ils sont aussi issus de l’immigration. Moi aussi, j’ai eu du mal à trouver ma place, moi aussi mon père a été absent, mais contrairement à eux qui ont choisi la destruction, moi j’ai choisi la création. »

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► Les publications de RFI sur le procès du 13-Novembre à retrouver ici

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