Procès du 13-Novembre: le récit des derniers otages du Bataclan

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Mardi 20 octobre, lors du procès des attentats du 13 novembre 2015, la cour a entendu Arnaud, Caroline, David, Grégory, Marie et Sébastien, six des onze otages retenus pendant 2h30 par deux des terroristes du Bataclan dans un couloir de la salle de spectacle. Des moments terribles à l'issue desquels tous sont sortis vivants, mais traumatisés.

Avec nos envoyées spéciales au palais de justice de Paris, Laura Martel et Marine de La Moissonnière

À l'écran, apparaît un tout petit couloir étroit : c'est là que, pendant 2h30, un huis-clos insoutenable s'est tenu, le 13 novembre 2015 au Bataclan. Cette partie de l'attaque, les deux terroristes, Foued Mohamed Aggad et Ismaël Mostefaï, ne semblaient pas l'avoir prévue, racontent les otages. Ils ont l'air d'improviser, répètent leurs revendications sur un « ton nonchalant », comme « une K7 qui tourne en boucle », explique David, l'un des onze otages.

Ce Franco-Chilien, âgé de 23 ans à l'époque, se rappelle de cette soirée au tribunal. Il a tout de suite identifié les premiers tirs. Il a rampé, atteint une fenêtre et tenté de gagner le toit. « C’est n’importe quoi, je fais 90 kilos, c’est impossible », dit-il. Une vidéo glaçante le montre ainsi, désespérément agrippé à sa fenêtre, non loin d’une femme enceinte suspendue dans le vide qui appelle à l’aide. L’un des terroristes le met en joue et lui intime de rentrer.

« Une file d’attente devant la porte de l’enfer »

David et une dizaine d’autres se retrouvent à regarder, impuissants, Foued Mohamed Aggad qui « s’amuse à tuer des gens dans la fosse », « en rigolant », tandis qu’Ismaël Mostefaï leur délivre des « diatribes » sur le groupe État islamique, parle de « l’heure de la vengeance ».

« Moi, j’ai 23 ans, je suis Chilien, je comprends rien », confie David, qui n’a qu’une certitude : il va mourir. Quand Samy Amimour se fait exploser sur scène, les deux autres « jouissent d’abord de sa mort » mais « perdent un peu le contrôle », raconte-t-il. La prise d’otages se poursuit dans un couloir. Les otages sont alignés devant portes et fenêtres : « Une file d’attente devant la porte de l’enfer », pense David.

Les terroristes placent trois d'entre eux devant la porte du couloir, les autres devant les fenêtres. Leur rôle : surveiller la rue et crier aux policiers de s'éloigner. Les assaillants, qui n'ont pas de téléphones, demandent des talkies-walkies.

Un assaut de 60 secondes

C'est finalement avec le téléphone d'une otage qu'ils essaient en vain de joindre des médias, puis entament des négociations avec les forces de l'ordre. Ils exigent une lettre de François Hollande attestant du retrait des troupes françaises en Syrie. Les négociations s’engagent avec un policier au fort accent du Sud « qui lui rappelle une pub pour l’huile d’olive ». « C’est tragicomique », « surréaliste », lâche David.

Moments de flottements et de tensions alternent, comme lorsque Mostefaï emmène un otage qui a eu un rire nerveux, tire... mais ne l'abat pas. D'après David, Aggad paraît plus déterminé à en découdre, alors que Mostefaï, plus calme, semble avoir l'ascendant. Les otages sont persuadés qu'ils vont mourir mais restent calmes. « On s'est tous sauvé la vie, parce que personne n'a craqué », souligne Grégory.

L'angoisse s'étire sur 2h30, puis c'est l'assaut. Les tirs, les grenades, l'explosion d'Aggad... David est projeté en l'air, n'entend et ne voit plus rien. L'assaut-surprise a duré 60 secondes. Le miracle se produit : tous les otages sont vivants. Pour eux, les hommes de la BRI sont les vrais héros de cette soirée.

Il faut encore sortir du couloir et du Bataclan, et ainsi passer les corps amoncelés. La culpabilité du survivant, immédiatement, étreint David. Il s’évanouit. « Depuis, j’essaie de vivre », conclut David.

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