Procès du 13-Novembre: le Covid-19 s'invite dans les débats avec le cas Abdeslam, l'audience renvoyée à mardi

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  • Salah Abdeslam
    Djihadiste de nationalité belge
Croquis d'audience du 2 novembre 2021 montrant Salah Abdeslam au procès des attentats du 13-Novembre devant la cour d'assises spéciale à Paris - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP
Croquis d'audience du 2 novembre 2021 montrant Salah Abdeslam au procès des attentats du 13-Novembre devant la cour d'assises spéciale à Paris - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP

"J'ai quelqu'un dans le box, Salah Abdeslam, qui est atteint du Covid-19 et qui tousse sur M. Abrini depuis 1h30, sur M. Hamri, sans faire exprès. Vous vous toussez, est-ce que vous allez faire un repas de famille?" Le Covid-19 a contaminé jeudi les débats dans la salle d'audience de la cour d'assises qui juge les attentats du 13-Novembre. "C'est passe-partout", a ironisé Me Nogueras, avocat de la défense.

Un virus est venu perturber les débats, provoquant un véritable casse-tête pour le président Périès, qui doit jongler entre l'impératif sanitaire et un planning serré avec un procès prévu pour durer jusqu'au 25 mai. Au terme de plus de trois heures de délibération, le cour a décidé d'ordonner une contre-expertise pour déterminer si Salah Abdeslam, testé positif, était apte à comparaître. Les conclusions devront être rendues le 10 janvier pour une reprise du procès envisagée le lendemain.

Un expert qui "se dédit"

Au préalable, pendant plus de 2h30, les avocats, à quelques exceptions près, avaient soutenu cette demande de contre-expertise déposée par les avocats de Salah Abdeslam. La défense du jihadiste maintient que son client, pourtant présent dans le box, n'est pas en état de comparaître. En cause: une contamination au covid qui l'a laissé avec "une asthénie post-infectieuse modérée", c'est-à-dire une fatigue "l'empêchant de se concentrer", mais aussi "des difficultés respiratoires et une toux".

La reprise des débats était en suspens depuis mardi. La veille, un expert avait estimé que Salah Abdeslam, testé positif pour la première fois le 27 décembre, était en état de comparaître, à condition qu'un nouveau test PCR revienne négatif. Ce test, réalisé mercredi, est revenu positif, une contamination de faible intensité, précisait l'expert. Pour autant, le Dr Launay, au terme d'une nouvelle expertise réalisée mercredi, a conclu que l'accusé était "apte tant sur le plan médical que sanitaire à assister aux audiences de la cour d'assises". En clair, qu'il était en état de comparaître et qu'il ne présentait pas de danger pour les autres.

"Nous avons une vraie difficulté, nous avons un expert qui le lundi nous dit qu'il serait nécessaire qu'il y ait des horaires aménagés (si le procès reprend, NDLR) pour notre client sous réserve d'un test négatif. Ce même expert qui fait le constat d'un test positif, à faible intensité peu importe, qui faisait de la négativité une condition de reprise, finalement se dédit", déplore Me Ronen, l'avocate de Salah Abdeslam.

Question de sécurité sanitaire

Pour l'avocate, il y a une question de "dignité" à se défendre dans cette situation alors que son client ne cesse de tousser derrière elle. Pour ses confrères, il s'agit aussi de poursuivre les débats sereinement. "À partir du moment où une règle a été fixée, elle doit être respectée", maintient un avocat de la défense qui rappelle lui aussi que l'expert avait conditionné la reprise du procès à un test négatif. Condition validée par le président de la cour d'assises.

Pour argument, ils citent les recommandations gouvernementales. "Dans quel décret les règles d'isolement changent en fonction du degré de positivité, s'interroge Me Edward Huylebrouck, alors que l'expert a estimé que, malgré sa positivité, Salah Abdeslam ne devait plus être isolé, le délai de 10 jours étant passé. "Il y a des milliers de Français qui ont passé les fêtes confinés qui auraient aimé savoir que l'isolement dépendait du degré de positivité", poursuit l'avocat.

Risquer un cluster?

Au delà du cas Abdeslam, c'est aussi une question de sécurité pour les autres accusés. "On est dans une boîte qui elle-même contient une autre boîte avec tout un tas de personnes", poursuit Me Ronen pour évoquer la salle d'assises et le box des accusés où sont alignés accusés et gendarmes. "J'ai quelqu'un qui, dans le box, est positif, c'est la seule information claire que nous avons sur la personne de Salah Abdeslam", insiste Me Matthieu Chirez, avocat de parties civiles, qui craint des "contaminations en cascade".

"Est-ce que ça vaut le coup de risquer un cluster dans cette salle d'audience", interroge un autre avocat de la défense.

Pour le parquet, Salah Abdeslam est parfaitement apte à comparaître mais surtout le risque sanitaire n'est pas réel. Pis, l'avocate générale craint que si l'on conditionne la reprise du procès à un test PCR du jihadiste, les débats ne puissent se poursuivre sereinement, le détenu ayant assuré qu'il ne se ferait désormais plus tester. Garantir la sécurité des personnes dans la salle d'audience, "ça commence par le fait de porter le masque sur le nez, ce qui n'est pas le cas de tout le monde", tâcle la magistrate.

Dans le box, la proximité entre les accusés et les gendarmes, alignés à un moins d'un mètre les uns des autres, est très grande. D'autant qu'il s'agit d'un box et une salle d'audience sans fenêtres, ce qui ne permet pas d'aérer, comme le recommandent les autorités. "Je ne sais pas ce que dirait la Haute autorité de santé sur les mesures de distanciation", ironise Me Christian Saint-Palais, qui assure la défense de Yassine Atar.

Plutôt que de s'inventer médecin ou scientifique, pour lui, la "seule boussole doit être le test PCR". Test PCR mais aussi règles d'isolement. Le président de la cour d'assises a demandé que les deux nouveaux experts nommés précisent "toute précision utile sur la contagiosité d'un détenu non vacciné encore positif après la période d'isolement de 10 jours".

Article original publié sur BFMTV.com

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