Prix des vaccins: des eurodéputés contestent l’opacité de la Commission européenne

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C’est un tweet qui, sans doute malgré lui, a levé un coin du voile sur l’opacité qui règne dans le secteur. La semaine dernière, la secrétaire d’État belge chargée du budget Eva De Bleeker a divulgué sur Twitter les prix des vaccins anti-Covid commandés par la Commission européenne. Elle a dû retirer son message rapidement, après s’être attiré les foudres de Bruxelles pour avoir enfreint la clause de confidentialité.

Prix négociés, clauses annexes, responsabilités en cas d’effets secondaires… Tout cela reste en principe, inconnu du public, car les conditions et tarifs d’achat des vaccins par la Commission sont couverts par le sceau du secret. Les contrats conclus avec les laboratoires contiennent une clause de confidentialité.

« À l’heure actuelle on ne sait rien, s’emporte l’eurodéputée Michèle Rivasi. Mettons les cartes sur la table. Combien l’Europe leur a-t-elle donné d’argent public ? Combien leur coûte exactement un vaccin ? Deux euros, quinze centimes d’euros ? Pourquoi celui de Moderna est si cher ? Pourquoi celui de BioNTech est à douze euros et celui de Purevax à dix ? » L’écologiste ne décolère pas. « Il faut que ce soit un tweet d’une secrétaire d’État au budget qui nous donne enfin le prix des vaccins, mais de qui se moque-t-on ?! »

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La Commission, elle, se défend en évoquant le caractère hautement concurrentiel du marché : divulguer des informations commerciales nuirait à la procédure d’appel d’offres et jouerait défavorablement sur les prix.

L’argument ne tient pas, réplique l’eurodéputé belge Marc Botenga qui explique que le tout premier contrat conclu par la Commission avec Astra Zeneca était de loin le meilleur marché. « Pourquoi alors l’Union européenne n’utiliserait-elle pas le prix du vaccin le plus bas pour faire baisser le prix des plus chers ?, s’interroge-t-il. D’autant que la pression de l’opinion publique en faveur de médicaments accessibles permettrait en plus de renforcer la position de Bruxelles dans les négociations. »

Des pressions sans trop de résultats

Mais les pressions des députés européens pour obtenir davantage de transparence ne donne pour l’instant que de maigres résultats. Certains élus devraient avoir la possibilité de consulter des extraits des contrats, Michèle Rivasi est à l’origine de cette demande auprès de la Commission européenne, et en tant que membre de la commission du contrôle budgétaire elle devrait avoir accès à ces documents. Mais une mais une fois que les accords conclus, et sous certaines réserves.

« La Commission nous a dit que nous aurions un droit de regard dès que les contrats seraient signés, dit-elle. Mais dans une pièce confinée… donc ce ne sera pas pour tout le monde, ONG, experts indépendants, responsables politiques, il y aura un filtrage. On dirait qu’on est dans le cadre d’un marché privé. Or là il s’agit d’un marché public. Tout l’argent de la recherche, c’est de l’argent public. De quel droit, à présent, les laboratoires nous empêchent d’avoir accès à ces contrats avec la complicité de la Commission? Le sujet touche notre santé mais il touche aussi au portefeuille de tous les citoyens européens. »

Les députés n’ont toujours pas accès à ces documents

À l’heure où la vaccination va commencer, les députés n’ont toujours pas accès à ces documents, malgré les annonces de la Commission. Ils n’ont pas non plus accès à la composition des membres de l’équipe chargée de négocier ces contrats. Marc Botenga, s’en est inquiété, et a demandé des explications.

« La commission a répondu qu’elle craignait que ses négociateurs subissent des pressions. Mais de quelles pressions parle-t-elle : le problème ne peut pas venir de l’industrie pharmaceutique puisque c’est avec elle que les négociateurs négocient – les labos sont donc au courant du contenu des échanges. Donc les seuls qui pourraient encore exercer une pression - ou un contrôle - seraient la population, les associations ou les ONG qui s’occupent de santé publique. »

Mais là encore, l’opacité a des limites : fin août, un quotidien belge a dévoilé le nom de l’un des négociateurs, Richard Bergström, qui n’est autre que l’ancien patron du principal lobby de l’industrie pharmaceutique. Face aux critiques, la Commissaire européenne à la santé s’est bornée à indiquer qu’il avait, comme tous les autres, signé une déclaration d’absence de conflit d’intérêt.