Le Prix Bayeux récompense pour la première fois un photojournaliste anonyme

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Pour sa 28e édition le Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre a mis à l’honneur l’Afghanistan ce samedi 9 octobre en récompensant deux sujets sur le pays retombé il y a peu sous le joug des talibans. Mais la soirée aura surtout été marquée par l’attribution du prix photo à un journaliste birman anonyme.

De notre envoyé spécial à Bayeux,

Après le prix Nobel de la paix décerné à Maria Ressa et Dimitri Mouratov la veille, le journaliste Nicolas Poincaré qui animait la soirée pouvait difficilement entamer cette remise de prix sans avoir un mot pour ces deux journalistes récompensés pour leur travail. Un hommage particulièrement symbolique, à « Bayeux, capitale internationale de la presse » tel que l’avait déclaré le président du jury de l’édition précédente, Ed Vulliamy, alors que le comité Nobel a décidé pour la première fois de son histoire des journalistes.

L’Afghanistan au cœur de l’actualité

Cette année ayant été particulièrement marquée par le retour éclair au pouvoir des talibans à Kaboul, il semblait presque évident que des productions traitant de l’Afghanistan allaient être récompensées par le jury présidé par le photojournaliste franco-iranien Manoocher Deghati, à une période où le pays à sans doute plus que jamais besoin de journalistes.

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Le prix radio du comité du débarquement a ainsi récompensé Margaux Benn pour son reportage À Kandahar, des villages entiers sont devenus terrains minés, diffusé sur Europe 1 dans l’émission Les Carnets du monde. Une émission qui depuis la prise de contrôle de la station par le groupe de Vincent Bolloré a été déprogrammée, ce que n’a pas manqué de souligner Nicolas Poincaré sous les huées du public.

Un autre trophée est venu récompensé un reportage traitant de l’Afghanistan. Le prix presse écrite du département du Calvados a été attribué à l’Allemand Wolfgang Bauer pour son article Among Taliban publié dans le Zeit Magazin. Un prix particulièrement symbolique pour le journaliste qui dans une vidéo a rappelé que son fixeur avait été tué dix jours avant la prise de Kaboul devant chez lui probablement par des talibans. « On ne peut pas laisser les Afghans seuls, a-t-il lancé. Ce prix est pour moi un encouragement. Allez en Afghanistan et faites y des reportages, des reportages et encore des reportages ! » Après 2013 et 2015, c’est la troisième fois que Wolfgang Bauer est récompensé dans cette catégorie à Bayeux. Son travail cette année lui a également valu le prix Ouest-France-Jean Marin lors de cette soirée.

Toujours dans la catégorie presse écrite c’est un sujet qui a particulièrement marqué l’actualité cette année qui a été primé. Le reportage Révolution dans la dernière dictature d’Europe publié dans Le Monde par le journaliste Thomas D’Istria a reçu le prix jeune reporter pour sa couverture des manifestations d’opposants réprimées par le régime de Loukachencko en Biélorussie.

Un photojournaliste birman récompensé

Mais l’un des grands moments de ce samedi soir restera certainement l’attribution du prix photo Nikon à un photojournaliste birman récompensé pour son travail lors des manifestations contre la prise du pouvoir par la junte militaire en Birmanie intitulé La Révolution du printemps et publié dans le New York Times. Désirant garder l’anonymat pour sa sécurité et celle de sa famille, le reporter n’est pas monté sur scène récupérer son prix bien qu’il soit présent dans la salle. Pour la première fois de son histoire, le Prix Bayeux a donc récompensé un journaliste anonyme sous les très longs applaudissements du public.

Dans la catégorie photo, c’est par ailleurs le Palestinien Abu Mustafa Ibraheem qui a été récompensé du prix du public parrainé par l’Agence française de développement pour son reportage Onze jours de bombardement à Gaza publié par l’agence Reuters.

Le Yémen, une guerre oublié

Autre moment marquant de la soirée : un reportage poignant sur la guerre au Yémen montrant une petite fille touchée à la tête par la balle d’un sniper et sauvée par son frère à peine plus âgé qu’elle qui est allé la chercher sous les balles pour la mettre à l’abri. La petite Rumeida a miraculeusement survécu, mais avec ce reportage doublement récompensé du prix télévision Amnesty International et du prix région Normandie des lycéens et des apprentis, et intitulé Les tireurs d’élite au Yémen, Olga Guerin et Goktay Koraltan ont mis en lumière les violences dont les enfants sont délibérément des cibles au Yémen où la guerre dure depuis six ans.

« Nous avons aussi été des réfugiés »

Un autre film à lui aussi remporté deux prix lors de cette soirée. When We Were Them de Damir Sagolj et Danis Tanovic a remporté le prix de l’image vidéo d’Arte, France 24 et France Télévision ainsi que le prix de télévision grand format de la Bayeux. Dans un reportage aux images magnifiques, les deux journalistes bosniens suivent un groupe de migrants qui tentent désespérément de franchir la frontière bosnienne après des années d’errance.

Un sujet qui tenait particulièrement à cœur Danis Tanovic qui par visioconférence a livré un véritable plaidoyer en faveur des migrants. « Il y a 30 ans, deux millions de Bosniens ont trouvé refuge dans différents pays et j’en faisais partie, a-t-il lancé. On a trouvé qu’il était dommage qu’on ait oublié en Bosnie que nous avons aussi été des réfugiés. On oublie que ces gens n’ont aucune envie de quitter leur pays, ils n’ont qu’une envie, c’est de pouvoir rentrer chez eux un jour », a-t-il conclu.

►Retrouvez le palmarès complet du Prix Bayeux des correspondants de guerre 2021

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