Dans les prisons, le difficile maintien des liens avec l'extérieur pendant le confinement

Justine Chevalier
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Les parloirs sont maintenus pendant le confinement. - FRANK PERRY / AFP
Les parloirs sont maintenus pendant le confinement. - FRANK PERRY / AFP

"Le lien pour les détenus avec l'extérieur est essentiel, l'isolement et l'impossibilité de recevoir la visite de sa famille ou de visiteurs n'est pas sans conséquence d'un point de vue psychologique", rappelle Xavier Denecker, le président de l'Association nationale des visiteurs de prison. Contrairement au premier confinement du printemps, les parloirs en prison sont maintenus lors de cette deuxième période de restriction des déplacements.

Dans les prisons, les mesures prises depuis jeudi 29 octobre, jour de mise en place de ce reconfinement, sont similaires à celles appliquées dans les Ehpad. Tout en collant au plus près aux décisions de restriction prises au niveau général, les conditions de protection lors des visites aux parloirs ont été renforcées. Partout où c'était possible, des dispositifs - du plexiglas - pour séparer détenus et visiteurs ont été installés dans les parloirs depuis mai et jusqu'au mois de septembre.

"Cela nous permet de ne pas fermer les parloirs", insiste-t-on du côté de l'administration pénitentiaire, et ce alors que la lutte contre l'épidémie dans les prisons passe aussi par des mesures alternatives à la détention pour continuer à profiter des bénéfices du confinement du printemps qui avait entraîné la libération anticipée de 6600 détenus, permettant un taux d'occupation des prison de 100,7%, contre 115% l'an dernier à la même époque.

"Opposé à la logique"

Cette situation ulcère les syndicats d'agents pénitentiaires qui considèrent les parloirs comme "source majeure de contamination". "La nouvelle stratégie sanitaire ne devrait elle pas consister à la mise en place de mesures de restriction de l’activité dans les prisons afin de limiter la propagation du virus?", s'interroge l'UNSA-UFAP Lyon dans un tract. "Ce à quoi on assiste est complètement opposé à cette logique: les parloirs, source majeure de contamination sont autorisés, alors que dehors, la visite d’un proche est interdite."

Masque obligatoire pour les détenus - dès leur sortie de cellule - et leurs visiteurs, contacts interdits pour éviter toute intrusion du virus dans les établissements pénitentiaires, nettoyage des locaux entre chaque parloir, les règles sanitaires sont strictes.

"Pendant le premier confinement, les familles ont assez bien accepté la suppression des parloirs, elles ont souffert mais elles sont conscientes du danger et avaient la crainte de faire entrer le virus dans les prisons", relève Gérard Benoist, le président de l'UFRAMA.

Des parloirs "en mode dégradé"

Pendant la période de déconfinement, les créneaux de réservation de parloirs n'étaient pas tous pris, explique-t-on à la Direction de l'administration pénitentiaire. "Le nombre de parloirs a en effet diminué, les familles avaient peur. Aujourd'hui la séparation physique lors des parloirs fait que les familles se limitent aussi, poursuit le président de l'Union nationale des fédérations régionales des associations des maisons d'accueil des familles et proches des maisons incarcérées. Cette absence de contacts frustre les familles."

"Ce maintien des parloirs se fait en mode dégradé", insiste-t-il encore.

Selon l'UFRAMA, les règles de réservation ont changé et il n'est plus possible de prévoir un parloir plusieurs semaines à l'avance et donc organiser sa venue pour des familles qui sont éloignées géographiquement de la prison où est incarcéré leur proche.

"Cela décourage beaucoup les familles", note Gérard Benoist, qui insiste sur la possibilité de mettre en place un système de visioconférence entre les détenus et leur famille. Une idée partagée par l'association nationale des visiteurs de prison (ANVP).

30 euros d'appels pour les détenus

Comme les unités de vie familiale, ces unités permettant aux détenus de passer du temps avec leur famille, les visiteurs de prison n'ont plus accès aux parloirs pendant le confinement. "Ces visites sont absolument nécessaires pour les personnes qui ne reçoivent pas de parloirs familiaux, soit parce que leurs relations familiales sont coupées, soit parce qu'ils sont étrangers", fait valoir Xavier Denecker, le président de l'ANVP, qui a demandé à l'administration pénitentiaire de revoir les règles de visites ne serait-ce que pour ces détenus isolés.

Pour l'heure, un numéro a été réactivé par l'association pour que les détenus laissent des messages à leurs visiteurs. Ces derniers sont également encouragés à écrire aux détenus. Pour tenter de maintenir les liens entre famille et détenus, le ministère de la Justice a mis à disposition de ces derniers un crédit d'appel de 30 euros et a mis en place un système de messagerie gratuite afin que les proches laissent des messages aux détenus.

Article original publié sur BFMTV.com