Prison, réinsertion, cours d'assises... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Eric Dupond-Moretti

Ambre Lepoivre
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Éric Dupond-Moretti sur le plateau de BFMTV le mercredi 14 avril 2021. - BFMTV
Éric Dupond-Moretti sur le plateau de BFMTV le mercredi 14 avril 2021. - BFMTV

"Je suis le ministre des prisonniers et de l'administration pénitentiaire." Interrogé ce mercredi soir sur BFMTV sur son projet de loi visant à "restaurer la confiance" dans la justice, Éric Dupond-Moretti a évoqué un point central de la réforme: la vie carcérale et la réinsertion des détenus.

C'est d'ailleurs dans une prison qu'il avait effectué son premier déplacement en tant que ministre de la Justice. "C'était hautement symbolique", commente celui qui entend lutter contre la "surpopulation carcérale" et "la récidive."

· "Merci et bravo" aux personnels pénitentiaires

L'ancien ténor du barreau a, dans un propos liminaire, félicité les personnels pénitentiaires.

"Je veux leur dire bravo. Il y a des membres de cette administration qui sont morts du Covid-19. Ils ont permis la tenue des parloirs, il n'y a pas eu de mutinerie, nous avons moins de 1% de contaminations, et ce n'est pas simple dans un milieu fermé", a-t-il salué.

Entre 2017 et 2021, 4890 agents pénitentiaires supplémentaires ont été recrutés. "Une grande part du budget alloué au ministère de la Justice a été consacrée à l'administration pénitentiaire".

· Accompagner les détenus à leur sortie de prison pour éviter la récivide

Près d'un an après ce déplacement en prison, Eric Dupond-Moretti réaffirme que "les gens doivent pouvoir sortir tout en offrant un certain nombre de garanties à la société civile. Pour cela, il ne faut pas de sortie sèche, c'est-à-dire sans accompagnement du détenu qui retrouve sa liberté. Les sorties sèches entraînent 50% de récidive en plus".

· Ouvrir des droits sociaux aux détenus pour faciliter leur réinsertion

Eric Dupond-Moretti souhaite également avec son projet de loi, valoriser l'apprentissage et le travail en prison.

"Cela permet de nous assurer d'un taux de récidive beaucoup plus bas. Leur offrir une formation diplomante, c'est la meilleure garantie".

Ce nouveau statut qu'il veut mettre en place est "porteur du droit au chômage, du droit à la retraite. Je ne veux pas que la prison soit un endroit de marginalisation, les détenus ne doivent pas perdre les codes de la société civile". Son objectif est que "d'ici deux ans, 50% des détenus travaillent".

· Dans l'affaire Anne-Lise, EDM déplore une "récidive" qui a été "un échec"

Anne-Lise est une jeune femme qui a été violée par un homme qui a bénéficié d'une libération conditionnelle. Le garde des Sceaux a reconnu un "drame" derrière cette "récidive qui est un échec".

Et d'ajouter: "Doit-on pour autant réduire la libération conditionnelle quand celle-ci réduit la récidive de 50%?"

· Les cours criminelles départementales, "ça marche"

Autre point fondamental du projet de loi porté par Eric Dupond-Moretti, la généralisation des cours criminelles départementales. Expérimentées dans sept départements, ces cours composées de cinq magistrats professionnels, sans jury populaire, doivent être étendues à l'ensemble du territoire pour désengorger les cours d'assises en jugeant en première instance des crimes punis de quinze ou vingt ans de réclusion, majoritairement des viols. Un projet qui fait bondir avocats et magistrats.

"J'ai des remontées d'information de magistrats qui me disent 'ça marche' et d'avocats qui me disent 'ça marche'. Aujourd'hui sur les cours criminelles départementales, le taux d'appel est de 21% (contre 32% dans les cours d'assises, ndlr). Il y a 10 points de satisfaction en plus", défend-il.

Le ministre de la Justice précise: "Les cours d'assises traditionnelles sont maintenues pour les faits les plus graves, pour les peines au-delà de vingt ans. Et elles deviendront les cours d'appel des cours criminelles départementales."

· Filmer les procès pour mieux comprendre la justice

"La publicité des audiences est une grande garantie démocratique." Dans son projet de loi pour "restaurer la confiance dans la justice", EDM compte également instaurer la possibilité de filmer les procès.

"Je veux que les Français comprennent leur justice", a-t-il martelé.

Et d'ajouter: "Je veux tout sauf du trash, il faut du pédagogique." Avec ce projet de loi, des caméras "discrètes" trouveront donc une place dans les salles d'audience, avec des précautions: "Celui qui ne voudra pas que son image soit diffusée, il sera flouté. Il y aura aussi un droit à l'oubli", assure le ministre.

Article original publié sur BFMTV.com