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De la prison à la scène, l'étonnant parcours de Frank Henry, bandit repenti

L'artiste et ancien braqueur Frank Henry, au théâtre de La Nouvelle Eve, le 25 janvier 2024 à Paris (JOEL SAGET)
L'artiste et ancien braqueur Frank Henry, au théâtre de La Nouvelle Eve, le 25 janvier 2024 à Paris (JOEL SAGET)

Trente ans de grand banditisme, 70 hold-ups, 21 ans de prison: ancienne figure de la pègre parisienne, Frank Henry se raconte dans un seul en scène, en savourant son "plus beau braquage": les applaudissements du public touché par son étonnant parcours de repenti.

A l'affiche de La Nouvelle Eve à Paris avant une tournée, "Frankus l'armurier" - son surnom de bandit que lui a valu son ancien amour pour les gros calibres -, pousse le mea culpa jusqu'au manifeste contre la délinquance en général.

"Le banditisme a toujours fasciné les gens... Les auteurs, les dramaturges, les réalisateurs, les spectateurs... Je veux casser cette espèce de romantisme et d'esthétisme autour du voyou. Le banditisme n'a rien de glamour !", confie à l'AFP Frank Henry, crâne rasé et regard bleu perçant.

"Je veux démystifier le banditisme. Je sais que cette vie-là n'a rien de rigolo. Les voyous s’embrassent à midi et se flinguent le soir... La première cause de mortalité des voyous, ce n'est pas les flics qui les tuent: ce sont les voyous qui se tuent entre eux", ajoute-t-il, à presque 64 ans.

"J'ai payé cher, très cher... Tout ça est derrière moi", assure cet ancien spécialiste des braquages de banques et de casinos, façon gang des postiches.

S'il précise d'emblée qu'il n'a "pas de sang sur les mains", Frank Henry admet qu'il a pu traumatiser des gens à vie en les braquant.

L'ex-gangster dit faire même la leçon aujourd'hui "à d'anciens potes": "je leur dis d'arrêter de se la raconter. Ce qu'on a fait, ce n'est pas bien".

- "Trompé de vie" -

Le point de bascule a été la naissance sur le tard de son fils, Lucas. Il l'a expliqué lors de son dernier procès en 2014 devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis où il comparaissait en récidive pour des braquages de bureaux de change ou de camions transportant du matériel informatique.

"Pour la première fois, j'ai l'impression de m'être trompé de vie. J'ai trompé des gens, je n'ai fait que ça, j'ai vécu de fureur et de sang. Tout ça pour ça... Je ne veux pas donner la délinquance en héritage à mon gamin (trois ans à l'époque, ndlr)", avait déclaré à l'audience Frank Henry, condamné à 8 ans d'emprisonnement.

Pendant ses périodes de détention, il s'est réfugié dès le milieu des années 90 dans les études jusqu’à une maîtrise de musicologie et l'écriture de plusieurs romans publiés aux éditions du Cherche Midi qui lui confieront même une direction de collection, une fois libéré.

"Je ne savais pas que je savais écrire. Une vraie chance !", reconnaît-il, juste avant de monter sur scène.

Entre deux romans, il a signé de nombreux scénarios pour les séries "Commissaire Moulin", "Engrenages" et "Braquo". Il a collaboré aussi avec Cédric Klapisch pour le film "Ni pour, ni contre (bien au contraire)" en 2003. Frank Henry a même réussi à réaliser en 2011 son premier long métrage, "De Force", enrôlant Isabelle Adjani, Thierry Frémont et Eric Cantona.

"Je ne suis pas fier, je ne suis pas honteux car j'ai payé ma dette à la société. A un gamin qui serait tenté par la délinquance, je lui explique qu'il n'y a pas de malfrat digne. Il va faire le malheur des gens qui l'aiment et son malheur à lui... Le minimum syndical, c'est dix piges...", ajoute-t-il, regrettant d'être toujours fiché au grand banditisme.

Il a d'ailleurs repéré des policiers des services de renseignement dès la première date de son one man show.

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