Prise d'otages à Condé-sur-Sarthe: pourquoi cette prison est-elle souvent le théâtre de violences?

·3 min de lecture
La prison de  Condé-sur-Sarthe (Orne) le 12 juin 2019 - GUILLAUME SOUVANT © 2019 AFP
La prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) le 12 juin 2019 - GUILLAUME SOUVANT © 2019 AFP

Quelques heures après la fin de la prise d'otages ce mardi au centre pénitentiaire de haute-sécurité de Condé-sur-Sarthe, dans le département de l'Orne, plusieurs questions restent en suspens. Alors que le détenu s'est rendu volontairement au cours d'une intervention du RAID après s'être isolé avec un surveillant de l'établissement qu'il a blessé à l'oeil, une enquête judiciaire est actuellement en cours afin de déterminer comment l'agresseur s'est procuré son arme par destination, une fourchette aiguisée signale la chancellerie.

Des détenus réputés "difficiles"

Ce n'est pas la première fois que la prison située à quelques kilomètres d'Alençon est le théâtre de tels actes violents. De par sa nature même, l'établissement pénitentiaire est à risque puisqu'il accueille des détenus réputés "difficiles" ou ayant déjà commis des violences en milieu carcéral. Il est souvent présenté comme l'établissement "jumeau" de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais.

"C'est l'essence de cette prison, recadrer ce genre de détenus dangereux", confirme à notre antenne Emmanuel Baudin, secrétaire général du syndicat national pénitentiaire FO.

Invitée sur le plateau de BFMTV, Emmanuelle Masson, porte-parole du ministre de la Justice, explique le fonctionnement de cet établissement si particulier.

"C'est un établissement particulièrement sécurisé, l'un des deux plus sécurisés de France. Il y a des processus d'évaluation et il y avait des difficultés avec ce détenu. Il y a des mesures de sécurité particulières, des vérifications et des fouilles très fréquentes. Ce n'est pas comme dans les maisons d'arrêt, les détenus sont seuls en cellule, cela facilite la surveillance", explique-t-elle.

Seulement, pour Emmanuel Baudin, les derniers événements qui ont frappé le centre pénitentiaire pourraient être imputés à la nouvelle direction des lieux, qu'il accuse de laxisme envers les détenus. "On a aujourd'hui un directeur qui n'a pas pris l'ampleur de l'établissement, qui n'a pas une gestion sécuritaire, il n'a pas l'étoffe. Les détenus restent à Condé-sur-Sarthe parce qu'ils y sont très bien", accuse-t-il, avant de réclamer une reprise en main.

Violences et radicalisation

Dernièrement, les événements violents s'y sont succédés. En mars 2019, Michaël Chiolo avait ainsi agressé deux surveillants avec un couteau en céramique. L'assaillant, qui purgeait une peine de trente ans et s'est radicalisé en prison, s'était ensuite retranché avec sa compagne pendant près de dix heures dans l'unité de vie familiale (UVF) de l'établissement.

Après des tentatives de négociations, les forces d'élite de la police avaient lancé l'assaut, blessant l'assaillant et tuant sa compagne.

Le procureur de la République de Paris Rémy Heitz avait expliqué que Michaël Chiolo, au moment de blesser grièvement les deux surveillants, avait affirmé vouloir "venger" Chérif Chekatt, l'auteur de l'attaque jihadiste du marché de Noël de Strasbourg, abattu en décembre 2018 par les forces de l'ordre après avoir tué cinq personnes.

Cette agression avait provoqué un mouvement de mobilisation dans les prisons françaises et conduit la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP) à renforcer les mesures de sécurité dans l'établissement.

Une prison structurée en deux parties

Trois mois plus tard, en juin 2019, deux personnels pénitentiaires avaient été pris en otage par le "champion de la prise d'otage carcérale", Francis Dorffer, avant d'être relâchés sains et saufs.

Le centre pénitentiaire, d'une capacité de 249 places, est structuré en deux parties: une maison centrale (195 places) placée sous haute surveillance et un quartier nouveau concept bâti en dehors du mur d'enceinte (45 places), selon l'Agence publique pour l'immobilier de la justice (Apij).

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles