«Printemps arabe»: à Bahreïn, il y a dix ans, les premières manifestations débutaient

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Il y a dix ans, plusieurs mouvements de contestation ont secoué différents pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, de la Tunisie au Yémen. C’était le début de ce qui a été appelé « les printemps arabes ». Le 14 février 2011, des manifestations ont débutaient à Bahreïn. Mais dans cet archipel du golfe arabo-persique, le mouvement a été largement réprimé.

L’Égypte avait sa place Tahrir, Bahreïn avait sa place de la Perle : un rond-point près du centre-ville de Manama, la capitale, sur lequel trônait une imposante sculpture de perle, une industrie qui a marqué l’histoire des pays du Golfe. C’est là, le 14 février 2011, que des manifestants ont convergé pour demander des réformes au régime en place.

Dans ce pays à majorité chiite mais dirigé par une famille régnante sunnite, les protestataires souhaitaient l’instauration d’une monarchie constitutionnelle. Et pendant plusieurs semaines, ils ont campé sur la place de la Perle dans l’espoir d’obtenir une ouverture du régime.

Répression

Mais pour le roi Hamad, c’est l’Iran qui entretenait cette agitation. Et les autorités bahreïniennes ont pu compter sur le soutien de leurs alliés saoudiens. Le 14 mars, un mois plus tard, des soldats saoudiens sont entrés à Bahreïn. Dans les jours suivants, ils délogeaient les manifestants de la place par la force. La répression de ce mois de protestation a fait 35 morts et des dizaines de blessés.

« Au moins la moitié de la population était dans la rue pour manifester, se rappelle Jalal Fairooz, un ancien député bahreïnien, aujourd'hui en exil au Royaume-Uni. Tous les partis politiques ont rejoint le peuple. Un mois seulement après le début du mouvement le régime bahreïnien a fait appel à l'Arabie saoudite. Les forces saoudiennes sont intervenues et ce fut un bain de sang. Beaucoup de gens ont été tués. 15 000 personnes ont été arrêtées et durant les dernières années environ un millier d'activistes politiques ont été déchus de leur nationalité. J'en fait partie alors que j'étais membre du Parlement et une personnalité internationalement reconnue. »

« Un jour ou l'autre la situation va changer »

À peine la place évacuée, la statue de la Perle, devenue symbole de ce mouvement de contestation, a été détruite. Et depuis, selon l’organisation Amnesty International, « la répression politique a étouffé tout espace permettant de militer ou d’exercer son droit à la liberté d’expression pacifiquement ». « Toutes sortes d'atrocités sont toujours commises à Bahreïn et le gouvernement est toujours contrôlé par la famille royale. Le roi et ses proches contrôlent toutes les institutions bahreïniennes », renchérit Jalal Fairooz.

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L'ancien parlementaire regrette le manque de soutien de la communauté internationale quand il aurait fallu. Il garde cependant espoir que les choses évoluent à la faveur de l'alternance à Washington.« Le problème principal est que l'administration de Donald Trump soutenait les dictatures du Golfe comme celle des Saoudiens, des Emiraïens et des Bahreïniens. Même si leurs régimes commettent nombre d'atrocités et d'actes de répression. Mais maintenant que le président des États-Unis a changé, que Joe Biden a pris le pouvoir, nous espérons que les choses changent. Pour l'instant c'est le contraire, les arrestations se sont multipliées ces deux dernières semaines. Nous souhaitons vraiment que la communauté internationale notamment les pays européens comme la France, réfléchissent à leurs intérêts avec Bahreïn sur le long terme. Un jour ou l'autre la situation va changer, le peuple obtiendra la démocratie et ils n'oublieront pas que certains pays ont soutenu la dictature et l'oppression contre le peuple. »