"Les principaux dirigeants libanais ne semblent pas encore avoir intégré la gravité de la crise"

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Jeudi, le Premier ministre désigné Saad Hariri a renoncé à constituer un gouvernement, au bout de huit mois de tractations infructueuses, alors que le pays est en proie à une crise socio-économique sans précédent. Karim Bitar, directeur de l’Institut des sciences politiques à l’université Saint-Joseph de Beyrouth et chercheur rattaché à l’IRIS, revient pour Paris Match sur cette situation.

Paris Match. Saad Hariri a renoncé à constituer un gouvernement, au bout de huit mois de tractations infructueuses. Quelle est la conséquence immédiate de cette décision ?
Karim Bitar. Il s’agit d’une démoralisation croissante de la population libanaise, non pas à cause de la démission de Hariri elle-même mais parce que les Libanais sont proprement effarés de voir qu’alors que le pays travers la pire crise socio-économique de son histoire, le président de la République et le Premier ministre désigné ont gaspillé neuf mois dans des tergiversations et marchandages stériles, tentant de voir quel ministre de quelle communauté pourrait intégrer le gouvernement... tout cela alors que tous les indicateurs montrent que la situation est véritablement intenable : selon les études de la Banque mondiale et des Nations uniques, plus de 55% des Libanais vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Selon le rapport de l’Unicef, 30% des enfants se sont couchés sans avoir dîné, doivent sauter des repas depuis près de six mois. La combinaison d’une récession économique très forte, d’une dévaluation de la livre libanaise et d’une hyperinflation créé un cocktail explosif qui pourrait aboutir à des incidents sécuritaires et une déstabilisation du pays.
Pourtant, les principaux dirigeants ne semblent pas encore avoir intégré la gravité de la crise. Il y a de telles inégalités sociales au Liban qu’une petite partie de la population de privilégiés, et encore plus les membres de la classe politique, vivent dans une bulle et ont laissé les questions d’égo, de rivalité personnelle prédominer sur l’intérêt national. Les conséquences de cette démission seront probablement une vacance institutionnelle qui pourrait durer jusqu’aux élections(...)


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