Le prince Hamza, le prince préféré des Jordaniens

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La crise est officiellement terminée. Lundi soir, le prince Hamza a signé une lettre dans laquelle il exprime sa loyauté au roi Abdallah et au prince héritier, le jeune Hussein. La famille a resserré les rangs. La tentative de coup apparaît de plus en plus comme exagérée. Dimanche 4 avril, le prince Hamza avait été placé sous surveillance et accusé de fomenter une sédition avec une puissance étrangère. Le demi-frère du roi sort de cette crise plus populaire que jamais. Il est apparu comme une victime et non comme un danger pour la stabilité du pays.

Inconnu ou presque à l’international, le prince Hamza est un prince populaire en Jordanie. Le digne portrait de son père, entend-on régulièrement. Il aurait exactement la même voix, les mêmes intonations que le roi Hussein. Hamza Bin Hussein est le fils de la reine Noor et du roi Hussein et il a tout juste 41 ans. Le défunt monarque a eu quatre épouses dont trois enfants avec sa dernière compagne.

Hamza a reçu l’éducation classique d’un prince jordanien. Il a suivi l'école élémentaire en Jordanie, puis a intégré une école britannique pour terminer par l’école militaire de Sandhurst en Grande-Bretagne. À son retour, il rejoint l’armée en tant qu’officier. En 2006, il prend sa retraite de l’armée avec le grade de lieutenant-général. Sans aucune fonction politique, il cumule plusieurs positions honorifiques comme la présidence honoraire de l’Union nationale de basket-ball ou la présidence de la Commission consultative sur le secteur de l’énergie.

Une ressemblance soignée et entretenue

Mais ce n’est pas ce parcours qui en fait un prince populaire. Sa ressemblance avec le défunt roi Hussein joue en sa faveur. Le roi Hussein reste la figure tutélaire des Jordaniens. Prenez une photo du roi Hussein au même âge et vous aurez du mal à les différencier. Hama en joue, il arbore la même petite moustache. Un attribut désuet de nos jours, mais qui rappelle tellement le roi Hussein. Il a la même silhouette nerveuse et longiligne. Cette ressemblance physique explique en grande partie le capital sympathie dont bénéficie le prince auprès des Jordaniens.

S’il soigne sa ressemblance physique, Hamza se comporte aussi comme le digne héritier de son père. Il soigne notamment ses relations avec les tribus jordaniennes. Pilier de la monarchie hachémite, elles apprécient ce jeune prince qui va régulièrement dans les mariages, les enterrements ou autres réunions à travers le royaume. Ce sont les lieux où l’on cause et où les réputations se font et se défont. Ce n’est pas un hasard si lors du printemps arabe, au plus fort de la grogne contre le régime du roi Abdallah, le jeune prince était souvent nommé comme un potentiel meilleur roi. Les tribus disent se sentir méprisées par le roi Abdallah qui ne s’est jamais caché vouloir régner autrement que son père.

Y aurait-il des tensions entre les deux demi-frères ?

Hamza a été désigné par son père prince héritier avant son décès en 1999. Il était alors entendu qu’il succéderait à son frère sur le trône de Jordanie. Mais une fois son pouvoir consolidé, le roi Abdallah donne le titre de prince héritier à son fils en 2004. L’affaire aurait-elle laissé des traces entre eux ? « Sans doute, estime un analyste jordanien, mais pas au point de fomenter un coup ». Hamza semble surtout avoir écouté l’insatisfaction grandissante en Jordanie face à une situation économique délétère. Il a nié dans la vidéo envoyée à la BBC toute implication avec une puissance étrangère ou toute volonté de nuire au roi Abdallah. Sans rôle politique précis et sans fonction autre qu’honorifique, quel danger pouvait représenter ce jeune prince ? Ces trois dernières années, il est apparu à beaucoup comme plus apte à être prince héritier que le fils du roi Hussein, encore jeune et expérimenté. Le journaliste Daoud Koutab y voit peut-être la source des tensions actuelles.

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Un puissant soutien populaire

Mais la mise au pas du prince a tourné à son avantage. L’air fatigué, mais calme et posé, Hamza a expliqué en arabe et en anglais avoir reçu l’interdiction de sortir de chez lui ou de communiquer avec l’extérieur. Il a assuré ne rien avoir à voir avec un quelconque complot. Il a reconnu avoir été présent à des meetings où le régime a été critiqué, mais il n’a pas prononcé des mots qui claquent comme des accusations : « Je ne suis pas celui responsable de l’incompétence, de la corruption et de la dégradation des institutions de ces 15 dernières années ». Le prince s’est dit triste de voir que désormais la moindre critique puisse conduire à une arrestation. L’opposition, mais aussi la classe moyenne jordanienne expriment les mêmes griefs. Lors du printemps arabe, les accusations de corruption ont fait descendre des milliers de Jordaniens dans les rues. Le journaliste Daoud Koutab constate que les deux vidéos tournées par le prince l’ont rendu extrêmement populaire. Les réseaux sociaux ont vibré de messages de soutien. « Il était plus crédible avec son ton calme que ceux qui ont cherché à le diaboliser. » Il est certain que le soutien populaire a accéléré la résolution pacifique des tensions sous la houlette de l’oncle du roi et du prince, le prince Hassan. Pour ce spécialiste de la politique jordanienne, cette histoire va laisser des traces, même s’il relativise. « Le soutien au roi est encore fort, il est populaire, mais le régime doit comprendre qu’il doit impliquer les Jordaniens dans la politique du pays. »

14 à 16 personnes ont été arrêtées, aucune mise en accusation formelle n’a été formulée pour l’instant.

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