De la présidentielle aux législatives, le grand écart de la majorité face à la gauche

Jean-Michel Blanquer et Amelie de Montchalin (Photo by Ludovic MARIN / AFP) (AFP)

Dans l'entre-deux tours, la macronie évoquait des "valeurs communes" avec Mélenchon. Un temps qui semble révolu.

À peine deux mois séparent l'entre deux tours de l'élection présidentielle de celui des élections législatives, et pourtant, la stratégie de la majorité présidentielle a radicalement changé vis-à-vis de la gauche, et tout particulièrement de Jean-Luc Mélenchon.

Ferrand prônait les "valeurs communes" avec Mélenchon

Au soir du premier tour de la présidentielle, sitôt les résultats publiés, la majorité lance l'opération séduction auprès de Jean-Luc Mélenchon et de ses électeurs. Premier à dégainer, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale et président du bureau exécutif de La République en marche : "Moi qui suis un homme de gauche, moi qui connait bien la gauche (...) je sais que nous avons des idées différentes mais des valeurs communes, (...) celles de la République et de la démocratie", lançait sur LCP celui qui a été membre du PS pendant 36 ans.

Un élément de langage repris par plusieurs membres de la majorité dont Coralie Dubost, alors députée et présidente déléguée du groupe LREM à l'Assemblée nationale.

Désormais, Ferrand évoque des "valeurs et des idées diamétralement opposés"

Quelques minutes plus tard, c'est le président lui-même qui remerciait les candidats qui lui ont accordé dès dimanche leur "soutien" comme Anne Hidalgo, Fabien Roussel et Yannick Jadot, et salué la "clarté" de ceux qui appellent comme LFI à "faire barrage à l’extrême droite".

Mais deux mois plus tard, le discours a considérablement changé dans la majorité. Fini les "valeurs communes" que Richard Ferrand disait avoir avec Jean-Luc Mélenchon au soir du premier tour de la présidentielle. Après le premier tour des législatives, où il arrive en tête devant la candidature de la Nupes dans sa circonscription, Richard Ferrand lâche : "Nous allons mettre en lumière que ce qui est proposé par la candidate mélenchoniste et nous, la majorité présidentielle, repose à la fois sur un système de valeurs et des idées diamétralement opposés", explique-t-il dans le Télégramme.

L'extrême droite et l'"extrême gauche" renvoyés dos-à-dos

La "clarté" à faire barrage à l'extrême droite de Jean-Luc Mélenchon, saluée par Emmanuel Macron, n'a pas bénéficié de la réciprocité. Dans 58 circonscriptions, le second tour opposera un candidat du RN à un candidat de la NUPES. Et le front républicain n'a pas été évident pour certains candidats de la majorité.

"L'extrême gauche est un danger aussi important que l'extrême droite aujourd'hui", a par exemple lancé Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l'Éducation nationale et candidat de la majorité battu dès le premier tour dans la 4e circonscription du Loiret. Autre circonscription concernée par un duel RN / Nupes, la 11e du Pas-de-Calais, où Marine Le Pen fera face à Marine Tondelier.

La candidate de la majorité a donné pour consigne à ses électeurs de voter blanc au second tour dans sa circonscription, avant de préciser qu'elle appelait, dans les autres circonscriptions, les électeurs à "combattre les extrêmes" renvoyant dos-à-dos Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

Des appels au "barrage" et au front républicain à face à la Nupes

De son côté, la ministre de la Transition écologique Amélie de Montchalin, en ballotage défavorable dans sa circonscription, a lancé sur CNews un appel aux électeurs à "faire barrage à l'extrême gauche", affirmant que "le programme de Jean-Luc Mélenchon rejoint celui de l'extrême droite", avant de qualifier les candidats Nupes d’"anarchistes d’extrême gauche", soumis à des puissances étrangères, "à une forme d’antisémitisme".

Autre curieuse définition du front républicain émanant d'un candidat de la majorité, du côté de la 7e circonscription du Val-de-Marne. L'ancienne ministre des Sports Roxana Maracineanu, arrivé en deuxième position, a appelé "au barrage" et au "front républicain" contre la candidate Nupes Rachel Kéké, ancienne femme de chambre à l'hôtel Ibis.

Borne dénonce une "confusion inédite aux extrêmes" avant de préciser

Dans la foulée des résultats, la Première ministre Elisabeth Borne a estimé que "nous avons face à nous une confusion inédite aux extrêmes. Face aux extrêmes nous ne céderons rien, ni d'un côté ni de l'autre (...) Face aux extrêmes, nous seuls portons un projet de cohérence, de clarté et de responsabilité", avant de préciser, sur Twitter, que face à l'extrême droite, la majorité soutiendra "toujours les candidats qui respectent les valeurs républicaines", comme Fabien Roussel.

D'autres membres de la majorité ont été plus clairs comme Maud Bregeon, la porte-parole de Renaissance, qui a appelé sur BFMTV "à faire battre le Rassemblement national partout". Même son de cloche pour le ministre délégué aux Affaires européennes, Clément Beaune, qui a invité, à titre personnel, à voter pour les candidats de la Nupes en cas de duel au second tour avec des candidats du RN.

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