Présidentielle américaine : sur quoi s'appuient Donald Trump et ses supporters pour leurs accusations de fraude ?

Lucile Descamps
·7 min de lecture
Donald Trump et une partie de ses supporters accusent les démocrates de fraude durant l'élection présidentielle qui a eu lieu le 3 novembre.
Donald Trump et une partie de ses supporters accusent les démocrates de fraude durant l'élection présidentielle qui a eu lieu le 3 novembre.

Depuis le jour de l’élection américaine, Donald Trump et ses supporters crient à la fraude - alors même que les résultats ne sont pas encore connus. Mais bon nombre de ces accusations sont tout simplement fausses.

L’élection présidentielle américaine n’a toujours pas livré son champion. Deux jours après le vote, le dépouillement n’est pas terminé partout et le suspens est donc toujours à son comble, même si Joe Biden s’approche franchement de la victoire.

Mais le président sortant, Donald Trump, tout comme ses supporters, n’ont pas attendu de voir leurs chances s’amenuiser pour crier à la fraude. Depuis le soir de l’élection, les théories selon lesquelles les démocrates auraient triché s’accumulent. Petit tour d’horizon.

Le taux de participation dans le Wisconsin

L’une de ces théorie concerne le taux de participation. À en croire certains comptes Twitter et Facebook, l’État du Wisconsin aurait enregistré un taux de participation de 101%. Le média Noq Report, qui se définit comme “conservateur et chrétien”, abonde dans ce sens en expliquant - tableau à l’appuie - que certains comtés ont enregistré plus de votes que d’inscrits. Ce qui consisterait, effectivement, en une fraude.

Mais selon USA Today et Associated Press, les chiffres utilisés pour cette allégation ne sont pas corrects. Selon l’agence de presse américaine, qui s’appuie sur la Commission électorale du Wisconsin, près de 3,3 millions de bulletins ont été comptés, sur 3 684 726 votants actifs inscrits. Rien d’irrégulier ici.

Pour dénoncer cette soi-disant fraude, les internautes s’appuient en fait sur le nombre de votants inscrits lors de l’élection de mi-mandat de 2018, précise USA Today. Or, outre le décalage logique qu’il peut y avoir entre deux années, il faut préciser que dans cet État, il est autorisé de s’inscrire sur les listes électorales le jour même de l’élection. Pour appréhender correctement le nombre de votes du Wisconsin, il ne faut donc pas comparer le nombre de bulletins au nombre d’inscrits, mais plutôt s’appuyer sur la population éligible au droit de vote, conseille le Milwaukee Journal Sentinel. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé la Commission électorale sur son comte Twitter.

100% de voix pour Biden

Une autre irrégularité prétendue a été pointée du doigt dans le Michigan cette fois. Sur plusieurs cartes relayant l’avancée des dépouillements au cours de la nuit du 3 novembre, 138 339 voix ont été enregistrées d’un coup et 100% d’entre elles allaient à Joe Biden. Les captures d’écran ont rapidement fleuri sur les réseaux sociaux, les soutiens de Donald Trump voyant dans ces nombreuses voix destinées à une seul candidat la preuve d’une fraude.

Il s’agissait en fait d’une faute de frappe, comme le rapporte Libération. L’erreur venait du comté de Shiawassee et elle a été corrigée en moins d’une heure. “Il y avait eu un 0 en trop, ça a été rapidement corrigé” a raconté Abigail Bowe, la secrétaire d’élection du comté, au New York Times.

Elle a par ailleurs rappelé que cette coquille n’avait aucune conséquence sur le résultat de l’élection : le chiffre mis en cause n’avait rien d’officiel, il ne s’agissait en fait que d’un décompte officieux qui permet de montrer l’avancée du dépouillement. Avant d’être publiés, les résultats officiels sont vérifiés par quatre agents électoraux : deux républicains et deux démocrates. “Cette erreur aurait forcément été corrigée avant l’envoi officiel des résultats”, a conclu Abigail Bowe auprès du quotidien américain.

“L’apparition de bulletins surprises”

Le président sortant lui même s’est, de son côté, étonné de voir son avance se réduire largement dans certains États au cours de la nuit du 3 au 4 novembre. “La nuit dernière, j’avais une avance souvent solide, dans de nombreux États clés. [...] Puis, un par un, ils ont commencé à disparaître comme par magie, avec l’apparition et le comptage de bulletins surprise. Très étrange !”, a tweeté Donald Trump le lendemain de l’élection.

Une tendance qui s’est observée notamment dans le Wisconsin. Mais là encore, il existe une explication logique, comme le montre Associated Press. La plupart des grandes villes - notamment Milwaukee - comptent les votes par correspondance dans un seul et même lieu, et ils en dévoilent les résultats d’un seul coup.

Or, comme le vote par correspondance a été très prisé par les sympathisants démocrates, le candidat Joe Biden a engrangé beaucoup de nouvelles voix au moment où ces bulletins ont été enregistrés.

Manque de transparence

Bill Stepien, le directeur de campagne de Donald Trump, a fait savoir qu’il n’avait pas pu observer une partie du dépouillement, notamment dans le Michigan et en Pennsylvanie, des États qui feront basculer l’élection.

Le média conservateur Breitbart a, par ailleurs, rapporté - photo à l’appui - qu’à Detroit (Michigan), les gérants des bureaux de vote avaient recouvert les fenêtres de panneaux de bois afin d’obstruer la vue de l’intérieur. Une vidéo de cette scène a par ailleurs été relayée par un journaliste de Fox News.

L’agence Associated Press s’est rendue sur place et a attesté du fait qu’il y avait des observateurs démocrates et républicains “en nombre abondant”. Concernant la Pennsylvanie, le procureur général de l’État, Josh Shapiro, a assuré sur CNN que le “processus est transparent. Le dépouillement continue et il y a des observateurs”, comme le rapport le Huffington Post.

Biden reconnaissant la fraude

Autre preuve avancée par les supporters de Donald Trump : Joe Biden lui même aurait avoué, dans une vidéo, avoir mis au point “le plus grand système de fraude de l’histoire de la politique américaine”.

L’extrait, de moins de trente secondes, est en fait tiré d’une émission d’une trentaine de minutes dans laquelle l’ancien vice-président de Barack Obama rappelle l’importance d’aller voter, comme le précise France 24.

Avant de dire la phrase de la discorde, Joe Biden explique que les républicains “font tout ce qu'ils peuvent pour rendre le vote le plus difficile possible, particulièrement pour les gens de couleurs”, notamment via les suppressions des listes électorales.

En écoutant l’intégralité de la réponse de Joe Biden, il semblerait qu’il ait voulu faire référence à un système permettant justement d’éviter les fraudes - la Civic engagement and voter protection team, mise en place durant la présidence Obama - et non à un système de fraude, décrypte France 24. Un lapsus donc, pas si étonnant de la part d’un habitué des gaffes, qui a par exemple confondu ses petites-filles le jour de l’élection.

Les observateurs internationaux confiants

Contrairement à Donald Trump et certains de ses partisans, les observateurs extérieurs assurent que l’élection semble pour l’instant tout à fait légale. “Il semblerait que ce soit l'élection la plus en règle qu'on ait jamais eue", a notamment commenté auprès d’Europe 1 Alan Dershowitz, l’avocat qui a défendu le président sortant au moment de la procédure d’impeachment. “Je ne vois pas beaucoup de preuves de fraude dans cette élection. Je pense que ce sera finalement une élection très juste parce que le monde entier regarde” a-t-il avancé.

De leur côté, les observateurs internationaux de l’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) ont dénoncé des “allégation infondées” de la part de Donald Trump, rapporte 20 Minutes. D’autres accusations de fraude pourraient bien à nouveau voir le jour prochainement.

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