Présidentielle 2022 : qu'est-ce que le projet de "grande sécu", qui pourrait enflammer la campagne ?

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Photo d'illustration (FRED TANNEAU / AFP)

Un projet, critiqué par la droite, mais qui pourrait se retrouver au cœur du programme santé d'Emmanuel Macron.

Vers la fin des mutuelles ? C'est en tout cas l'une des pistes évoquée dans le cadre de la réforme de la Sécurité sociale. Olivier Véran a demandé fin juillet au Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie (HCAAM) de réfléchir à une nouvelle organisation du système de soin français.

Parmi les pistes évoquées par le HCAAM, la mise en place d'une "grande sécu", avec pour idée principale que la quasi-totalité des remboursements soient pris en charge par l'Assurance maladie, au détriment des mutuelles. "Elle pourrait également prendre en charge les soins optiques, dentaires et d'audioprothèse qui sont aussi aujourd'hui dans le package 100% Santé. Seuls ne seraient pas pris en charge par la Sécurité sociale : les dépassements honoraires, les soins plus honoraires que le 100% Santé...", décrypte Florence Jusot, économiste de la santé et professeure à l’université Paris-Dauphine, sur France Culture.

Des mutuelles qui pèsent lourd dans le budget des retraités

Argument principal : contrainte, la France l'a expérimenté durant la crise du Covid, où toutes les dépenses étaient prises en charge par la Sécurité sociale, sans donner lieu à des dysfonctionnements. Objectif d'un tel système, lutter contre les difficultés rencontrées par les plus précaires dans le domaine de la santé. Si 95% des Français ont une mutuelle, selon le rapport du HCAAM cité par Le Parisien, 16% qui n’en ont pas sont des chômeurs. 

Avec des prix des contrats de mutuelle qui évoluent selon l'âge, le poids des primes et du reste à charge dans le budget des retraités pèse lourd. De 6,6% du revenu disponible en 2012 chez les plus de 80 ans, ce taux d'effort atteint 11% aujourd'hui et continuerait à croitre chez les plus de 80 ans pour atteindre 16% en 2040, selon les projections du HCAAM. Une "grande sécu" faciliterait donc l'accès aux soins aux retraités et aux plus précaires.

Une mesure plus "solidaire entre malades et bien-portants"

Autre avantage de cette "grande sécu", améliorer le fonctionnement et coûter moins cher. Le ministre de la Santé Olivier Véran pointe du doigt les frais de gestions des mutuelles, et les écarts entre assurés. Pour un même profil, le comparateur Meilleurtaux note une différence allant jusqu'à 500 euros par an selon le lieu de résidence. "Cela permettrait à tout le monde d'avoir une complémentaire, alors qu'aujourd'hui, il y a 5% de la population qui n'en ont pas. Ensuite, cela permet d'être plus solidaire entre malades et bien-portants, entre générations", poursuit Françoise Jost, spécialiste de l'accès aux soins, sur France Culture.

Dans cette hypothèse, les mutuelles subsisteraient pour certaines dépenses spécifiques, comme les chambres particulières lors d'un séjour à l'hôpital, ou certains dépassements d'honoraires.

Une mesure qui entraînerait une hausse des prélèvements

Mais l'idée d'une "grande sécu" a ses points faibles. Aujourd'hui, l’Assurance maladie prend en charge environ 75% des dépenses de santé, sans condition de revenus. Elle est financée par les cotisations sociales de chacun. Les mutuelles, financées par les cotisations de ses membres, supportent environ 15% des dépenses, les 10% restants étant à la charge des patients.

L'idée d'une "grande sécu" implique donc, pour financer la hausse de la prise en charge des soins par l'Assurance maladie, d'augmenter les contributions et les taxes. Une hausse des taxes qui pourrait toutefois être compensée dans les budgets des ménages par la diminution voire la suppression des dépenses liées aux complémentaires et au reste à charge.

Un sujet au cœur de la campagne ?

Du côté des mutuelles, on est évidemment opposé à un tel projet. Concernant les hausses des prix, les mutuelles rappellent que les dépenses augmentent et qu'elle doivent équilibrer leurs comptes. Autre élément mis en avant pour conserver le modèle actuel, la crainte d'une santé à deux vitesses. Avec une "grande sécu", elles sont persuadées que l’Etat ne pourra pas prendre en charge toutes les dépenses, et seuls les plus aisés pourront alors se payer des assurances privées pour être couvert. Enfin, la question de l'avenir des emplois des salariés des mutuelles.

Un projet dénoncé par Xavier Bertrand, candidat à l'investiture LR, dans le JDD, qui y voit "une folie financière, à l'heure où la France est déjà le pays de l'OCDE qui taxe le plus" et une "médecine à deux vitesses".

La question d'un projet de "grande sécu" s'est invitée à l'Assemblée ce mardi, par l'intermédiaire du député LR Jean Pierre Door, qui a relayé les inquiétudes évoquées par Xavier Betrand dans le JDD, et notamment d'une hausse des prélèvements obligatoires.

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