Présidentielle 2022 : pourquoi Sandrine Rousseau veut interdire les SUV ?

·6 min de lecture
Le SUV Citroën C5 Aircross, en 2018.

La candidate à la primaire écologiste souhaite interdire la vente de ces véhicules, parmi les plus vendus en France.

C'est le type de véhicule devenu un symbole chez certains écologistes. Le SUV, une sorte de 4X4 urbain, est au cœur des débats depuis que la candidate à la primaire écologiste Sandrine Rousseau a prôné leur interdiction à plusieurs reprises lors de débats télévisés.

"Il nous faut sortir des SUV. On ne peut pas se déplacer avec 1,5 tonne de fer et les consommations énergétiques qui vont avec", lançait-elle sur BFM avant d'enfoncer le clou sur LCI, le 22 septembre : "les SUV c’est totalement inutile dans une société de transformation écologique. (…) On n’a pas besoin de se déplacer avec des tonnes de métal autour de nous".

Le problème du poids du véhicule

Principal grief envers ces 4X4 citadins, leur poids. Plus une voiture est lourde, plus elle émet de CO2 lorsqu'elle roule. L'ONG WWF estime que depuis 10 ans nos voitures prennent 1 cm tous les deux ans et 10 kg par an. En 50 ans, poursuit l'ONG, les véhicules ont gagné 500 kilos. Plus lourd, moins aérodynamique, un SUV consommerait 15% de plus qu'une voiture standard. 

Mais la pollution d'un véhicule ne se mesure pas uniquement avec l'émission du CO2 lorsqu'elle roule. En 2019, le député Mathieu Orphelin proposait un bonus-malus pour sur le poids du véhicule. "Il y a d'autres impacts que simplement les émissions de CO2 pendant que le véhicule fonctionne. Le poids permet de prendre en compte toutes les énergies qu'il a fallu pour produire la voiture", expliquait-il sur France Info.

Un malus au poids qui ne concerne que 2 à 3% des véhicules neufs

Un malus au poids avait été proposé dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat, avec pour objectif initial de pénaliser les voitures neuves de plus de 1 400 kg. Finalement le seuil de 1 800 kg est retenu avec une pénalité à hauteur de 10 euros par kilo supplémentaire.

Un seuil relevé qui permet à la quasi-totalité des modèles français d'y échapper, à l'exception du Renault Espace, et qui ne "concerne que 2 à 3% des immatriculations, soit environ 60 000 véhicules”, selon le ministère. Un bonus d'autant plus limité que la somme du malus au CO2 et du malus au poids n’excède pas le plafond fixé pour le malus CO2. Autrement dit, un véhicule déjà taxé au maximum par le “super” malus au CO2 n’aura pas de malus au poids

5,5 tonnes de CO2 pour une berline, 13 tonnes pour un SUV

The Guardian rappelle ainsi que construire une petite berline produit environ 5,5 tonnes de e-CO2 (d'équivalent en dioxyde de carbone), auxquels il faut ajouter 2 à 4 tonnes pour une version électrique. De son côté, la fabrication d'un SUV produit jusqu'à 13 tonnes d'équivalent en dioxyde de carbone. 

Le E-CO2, c'est une mesure crée par le GIEC pour comparer les émissions de divers gaz à effet de serre sur la base de leur potentiel de réchauffement global, en convertissant les quantités des divers gaz émis en la quantité équivalente de dioxyde de carbone.

La lutte contre les SUV a débuté il y a plusieurs années

En 2019, Greenpeace dénonçait la progression actuelle des ventes de SUV comme étant "une menace de plus pour notre climat". Dans son rapport l'ONG écrit que "chaque vente de SUV nous condamne à des émissions de CO2 plus élevées sur l'ensemble de sa durée de vie", regrettait Greenpeace dans son rapport, arguant qu'ils émettent davantage de gaz à effet de serre que les autres types de véhicules.

Des militants de l'ONG avaient mené une action au salon de l'automobile de Francfort pour dénoncer l'impact des SUV sur le climat.

Plus récemment, en mars dernier, l'ONG WWF réclamait l'interdiction des publicités pour les SUV polluants. "Les constructeurs automobiles ont dépensé en 2019 1,8 milliard d’euros pour convaincre les consommateurs d’acheter des véhicules SUV, soit 42 % des recettes publicitaires du secteur. Les spots publicitaires vantant les mérites des SUV ont cumulé 3h50 d’antenne quotidienne", écrivait WWF, dénonçant une "surexposition des consommateurs à la publicité de véhicules polluants".

Une proposition reprise dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat, qui propose l’interdiction de la publicité pour tous les produits les plus polluants, notamment les SUV. Finalement, le gouvernement ne retient que l'interdiction de publicité pour les énergies fossiles. 

Les SUV, 2e source de croissance des émissions de CO2 françaises

Ces derniers mois, un mystérieux collectif appelait notamment à lutter contre les SUV en dégonflant les pneus, mais aussi à déboucher les bouteilles de Coca pour les rendre impropres à la consommation. Sur ces dix dernières années, les SUV sont la deuxième source de croissance des émissions de CO2 françaises, derrière le secteur aérien.

À LIRE AUSSI >> Qui est le collectif La Ronce, qui appelle à s'en prendre notamment aux SUV ?

Du côté des défenseurs des SUV, les arguments sont notamment mis en avant dans des éditoriaux (à la différence d'un article, un éditorial permet à son auteur de donner son point de vue, tandis qu'un article a vocation à rester objectif, ndlr) publiés dans Challenges, RMC, ou encore la presse automobile.

Que disent les défenseurs des SUV ?

Parmi les arguments relevés, "une position de conduite haute, très appréciée selon les études par la clientèle féminine", décrypte l'éditorialiste de Challenges, qui cite également un accès facile qui séduit aussi les personnes âgées, et l'essor d'un nouveau type de véhicule familial, remplaçant les monospaces. Mais surtout, selon lui, "s’ils cartonnent ces SUV, c’est surtout à cause de leur apparence. Les carrosseries plus ou moins grimées en aventurières avec de gros pare-chocs factices et des protections en plastique flattent l’ego des propriétaires".

Sur RMC, l'argument de la sécurité est évoqué par l'éditorialiste, qui parle de l’augmentation du poids, comme étant "le prix de la sécurité, d’une meilleure tenue de route, d’une meilleure résistance aux chocs, d’un freinage plus sûr". Or, le risque d’accident à bord d’un SUV est augmenté de 10 %, selon des données d’un précédent rapport de l’ONG WWF et de l’assureur Axa en Suisse. Cette même étude estimait qu'en cas de collision avec un SUV, un piéton a deux fois plus de risques d'être tué.

Ce contenu peut également vous intéresser :

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles