Premier ministre du Nouveau Front populaire : les sénateurs socialistes veulent aussi avoir leur mot à dire

Les députés nouvellement élus ont jusqu’au 18 juillet pour déclarer leur rattachement à un groupe parlementaire. Au sein du Nouveau Front populaire, le Parti socialiste compte toujours sur le ralliement de certains pour dépasser numériquement La France insoumise, pour le moment majoritaire avec plus de 70 sièges. L’enjeu : peser davantage dans les négociations qui opposent les différentes tendances du bloc de gauche pour désigner un Premier ministre.

Mais à ce jeu-là, le PS peut aussi et surtout compter sur ses sénateurs. Avec leurs 64 élus, les socialistes forment le deuxième groupe de la chambre haute. « Rien n’est définitivement établi, (…). Nous sommes déjà plus de 120 parlementaires socialistes », rappelait ainsi le chef de file des députés socialistes Boris Vallaud, au micro de BFMTV après la rentrée de son groupe à l’Assemblée.

« Nous ne sommes pas des sous-parlementaires »

Au Sénat, les voix des socialistes se font donc de plus en plus entendre pour prendre part aux discussions. Sur Twitter, juste avant la déclaration de Boris Vallaud, c’est la sénatrice du Val-de-Marne Laurence Rossignol qui prenait la parole, en réponse à la députée Clémentine Autain qui évoquait sur le plateau de Public Sénat la possibilité d’un « vote » au sein du Nouveau Front populaire pour désigner un Premier ministre. « Au Sénat il y a 100 parlementaires NFP. Si cette procédure devait être retenue, les 3 présidents de groupe PS, PC et Ecolo ont saisi leurs chef/fes de parti afin que les sénateurs y soient associés », annonçait-elle.

Ce 11 juillet, la newsletter du média en ligne Politico dévoilait qu’un courrier avait bel et bien été envoyé par les présidents Patrick Kanner, Guillaume Gontard et Cécile Cukierman à leurs homologues de l’Assemblée nationale ainsi qu’aux chefs de leurs partis. « L’objectif de cette lettre, c’est de rappeler que le Parlement ce n’est pas seulement l’Assemblée nationale et que le Nouveau Front populaire pèse aussi au Sénat. Les sénateurs de gauche représentent les collectivités, leur appui est essentiel pour trouver une aspiration majoritaire dans le pays », explique la sénatrice socialiste Corinne Narassiguin.

Le message semble reçu du côté des chefs des partis socialiste, communiste et écologiste. « Le courrier a fait son effet puisque nous sommes associés aux discussions. Nous y prenions déjà part, mais l’objectif c’était d’appeler à rester vigilants, de rappeler que nous ne sommes pas des sous-parlementaires. Le risque c’était qu’on soit totalement out », confirme un élu du groupe socialiste.

Une proposition qui passe mal du côté de La France insoumise

Problème résolu ? Pas vraiment. L’idée d’associer les sénateurs passe évidemment beaucoup moins bien du côté de La France insoumise, qui ne compte aucun élu à la chambre haute. « Manuel Bompard [député et coordinateur de LFI] n’a pas du tout apprécié le tweet de Boris Vallaud rappelant que nous sommes plus de 120 parlementaires », remarque un sénateur socialiste.

Face au risque de se faire doubler par les macronistes, dont certains aspirent à former une coalition avec Les Républicains, le Nouveau Front populaire doit accélérer les négociations. Dans ce contexte, la demande des sénateurs pourrait-elle être source de nouveaux blocages ? « Au contraire », affirme Laurence Rossignol, « à droite, Gérard Larcher et Bruno Retailleau ne se privent pas de prendre leur part dans les négociations, je pense qu’à ce titre ils ont mieux compris le rôle que le Sénat pouvait avoir dans les rapports de force. »

Pour parvenir rapidement à se mettre d’accord, le sénateur socialiste Rémi Cardon propose de son côté aux députés du Nouveau Front populaire de voter pour déterminer la méthode à employer pour désigner un Premier ministre : poursuite des négociations jusqu’à l’obtention d’un consensus, ou vote de tous les parlementaires pour trancher sur un candidat. « Cela permettrait de laisser la liberté à l’Assemblée de dessiner une méthode, mais de toute façon à terme cela ne se passera pas sans nous », estime-t-il.

« Il faudra travailler avec toute la gauche »

Car, peu importe la figure qui émergera pour prétendre à Matignon, dans cette configuration où la gauche ne devance les autres blocs que d’une courte tête au Parlement, socialistes et insoumis devront plus que jamais se parler. D’abord, dans le cadre des navettes parlementaires, où les textes portés par des députés LFI à l’Assemblée doivent s’insérer dans le calendrier des débats au Sénat. « Lorsque les députés insoumis ont besoin d’utiliser une niche parlementaire socialiste pour permettre le débat sur l’une de leur proposition de loi au Sénat, ils savent nous trouver. Ils ne peuvent pas nous utiliser seulement lorsque cela les arrange », pointe Rémi Cardon.

Si les textes ne sont pas adoptés dans les mêmes termes entre les deux chambres, sept députés et sept sénateurs, désignés selon le poids des différents groupes, devront également s’accorder dans le cadre d’une commission mixte paritaire (CMP). « Je pense que c’est le gros travail qui est devant nous. Dans un contexte où les rapports de force s’équilibrent entre les différents blocs, il faudra travailler avec toute la gauche lors des CMP », observe le sénateur de la Somme.