Dans « Premières Urgences », cinq internes face à la réalité de l’hôpital public

CINÉMA - La réalité est aussi parlante que la fiction. C’est cette fois un documentaire qui nous plonge au cœur d’un service d’urgences. Le film « Premières urgences », réalisé par Éric Guéret - à qui on doit notamment « 13 novembre » ou « Enfance abusée » - et qui sort au cinéma ce mercredi 16 novembre, montre une réalité déjà documentée et qui interpelle.

C’est du point de vue de cinq internes, qui effectuent leur premier stage aux urgences de l’hôpital Delafontaine, en Seine-Saint-Denis, que l’on se place. Melissa, Evan, Hélène, Lucie et Amin sont là pour 6 mois, sous la responsabilité du médiatique Mathias Wargon. « Vous n’êtes pas qu’étudiants. Vous avez des responsabilités », les prévient-il d’emblée.

Plongés dans le bain dès les premiers jours, ces jeunes médecins en formation font face à la fois à leurs propres doutes et à l’hôpital public et ses difficultés. C’est la solitude ressentie face à un patient qui ne répond pas. La peur de mal faire, de prendre la mauvaise décision, voire d’avoir un « décès sur la conscience ».

« On referme leurs plaies mais ensuite ? »

Tous les jours défilent des personnes âgées et/ou vulnérables, des patients psychotiques, un jeune touché par une balle perdue dans une fusillade, une dame avec des problèmes intestinaux, une autre de violences conjugales…

Une diversité de patients et de cas propre au métier d’urgentiste, qui se caractérise aussi par sa temporalité. Que deviennent les patients ensuite ? « On referme leurs plaies mais ensuite, quel suivi social, comment les orienter ?, s’interroge Lucie. C’est dur de faire sortir la personne sans rien ».

Une femme de 94 ans, rachitique et battue par sa fille, sera tout de même gardée à l’hôpital : « Même si elle n’a rien de particulier, on l’héberge ». L’empathie, savoir comment parler aux patients, répondre à leurs angoisses et les rassurer, sont des choses qui ne s’apprennent que par l’expérience et l’observation. Encore faut-il en avoir le temps et les moyens.

« La santé ne sera jamais rentable »

Un manque qui est illustré au quotidien dans le film. Une imprimante qui ne fonctionne pas, la porte des brancards bloquée, des toilettes bouchées et surtout du personnel de santé qui manque en permanence… Ce jour-là, un monsieur attend une heure dans une ambulance avant qu’on lui trouve une place. Et pourtant, les urgences continuent de tourner.

Rien que l’on ne sache déjà. Dans un contexte où de nombreux services d’urgences sont en grève pour dénoncer l’engorgement et les conditions de travail, c’est une illustration de plus d’un hôpital public au bord du gouffre, mais qui tient grâce à l’engagement des professionnels de santé. « On pense que l’hôpital doit être rentable alors que la santé ne sera jamais rentable », conclut Amin.

Conséquence de cela : un très gros turn-over du personnel. « Une infirmière aux urgences c’est 3 ans, une médecin aux urgences avant c’était à vie, et maintenant c’est quelques années », confirme Mathias Wargon. Sans compter la violence permanente. « Le problème des urgences, c’est que, dans le monde entier c’est comme ça, les gens sont frustrés et ils ont envie de taper sur quelqu’un, explique Mathias Wargon à ses internes. L’objectif, c’est que ce ne soit pas vous. » À la fin de leur stage, peu d’internes auront envie de continuer leur jeune carrière à l’hôpital public.

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