La Première ministre écossaise sauve son poste, cap sur les élections

Stuart GRAHAM avec Sylvain PEUCHMAURD à Londres
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Attaquée pour sa gestion de l'affaire d'accusations d'agressions sexuelles contre son prédécesseur, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a réussi mardi à sauver son poste et mis le cap sur les élections locales, dont elle espère faire un marche-pied vers un nouveau référendum d'indépendance.

Sans surprise au regard du rapport de force, le Parlement écossais a largement rejeté mardi une motion de défiance soumise par l'opposition conservatrice, qui n'a eu de cesse d'exiger sa démission. La motion n'a remporté que 31 votes favorables, contre 65 s'y opposant.

"Si vous pensez que vous pouvez me pousser à la démission, vous vous trompez", a déclaré Mme Sturgeon, devant les députés écossais, visant tout particulièrement les conservateurs.

"Si vous voulez me démettre de mes fonctions de Première ministre, faites-le lors d'une élection", les a-t-elle défiés devant le Parlement écossais d'Holyrood, quelques instants avant le rejet de la motion.

La dirigeante indépendantiste était empêtrée depuis des semaines dans une vive polémique autour de sa gestion de l'affaire d'accusations d'agressions sexuelles contre son prédécesseur Alex Salmond, ancien homme fort du parti indépendantiste SNP finalement blanchi par la justice il y a un an.

Dès 2019, le gouvernement écossais avait admis avoir mal géré l'enquête interne sur les plaintes portées à l'encontre de M. Salmond et avait alors accepté de lui verser plus de 500.000 livres (579.000 euros) pour couvrir ses frais de justice.

Mise en place pour faire la lumière sur cette affaire, une commission parlementaire a conclu dans son rapport publié mardi matin que Nicola Sturgeon a "trompé" le Parlement, en raison d'une contradiction dans son récit au sujet d'une réunion au début de l'affaire.

Selon cette commission, contrairement à ce que Mme Sturgeon a affirmé, elle a donné l'impression à Alex Salmond qu'elle interviendrait dans l'affaire, lors de cette rencontre du 2 avril 2018.

"Son témoignage écrit est donc un compte rendu inexact de ce qui s'est passé", a-t-elle indiqué dans une conclusion rejetée par quatre députés SNP du parti de la dirigeante.

- "Violation potentielle" -

Il s'agit d'une "violation potentielle" du code de conduite ministériel, ajoute la commission, renvoyant toutefois en la matière aux conclusions d'une enquête indépendante menée par l'ancien procureur James Hamilton.

Mais ce dernier a exonéré lundi Nicola Sturgeon de toute violation dudit code de conduite dans son rapport, apportant une victoire majeure à la dirigeante.

Mardi matin, elle a dit vouloir "laisser la politique aux autres" pour se concentrer sur l'anniversaire du premier confinement britannique contre le coronavirus.

Cette affaire fratricide l'a placée en opposition frontale avec son ancien mentor Alex Salmond, qui a mis en cause son ancienne protégée dans ce qui à ses yeux était un complot pour l'écarter de la vie publique.

Le spectacle de ces déchirements est tombé à point nommé pour les anti-indépendantistes, tout juste quelques semaines avant les élections du 6 mai.

La dirigeante écossaise espère y décrocher une majorité telle au Parlement local qu'elle rendrait intenable la position du gouvernement de Boris Johnson de persister à refuser à l'Ecosse un nouvelle consultation.

Si Nicola Sturgeon est parvenue à défendre son poste, cette affaire a laissé des traces dans l'opinion, les sondages récents traduisant un affaissement du soutien à son parti indépendantiste, le SNP, et à l'indépendance.

En 2014, les Ecossais ont voté à 55% pour le maintien au sein du Royaume-Uni. Mais le Brexit, contre lequel 62% la province britannique avait voté en 2016, a donné des ailes aux velléités d'indépendance.

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