Pour la première fois depuis 1960, un président américain est élu sans avoir gagné l'Ohio

Jules Pecnard
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Le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden lors d'un discours à Saint Paul, dans le Minnesota, le 30 octobre 2020 - JIM WATSON © 2019 AFP
Le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden lors d'un discours à Saint Paul, dans le Minnesota, le 30 octobre 2020 - JIM WATSON © 2019 AFP

En gagnant la présidence des États-Unis, Joe Biden a mis fin à un phénomène électoral bien ancré dans la vie politique américaine. Il est le premier candidat depuis 1960 à avoir obtenu la victoire sur son adversaire sans l'emporter dans l'Ohio, l'un des principaux États-pivots du pays dans le cadre de son suffrage indirect. Cela faisait 14 élections présidentielles d'affilée que la route vers la Maison Blanche passait par l'obtention des grands électeurs de l'Ohio, qui sont 18 aujourd'hui. L'ancien vice-président de Barack Obama a donc mis fin à cette série.

Pourtant dès le 4 novembre, au lendemain du scrutin de 2020, la défaite de Joe Biden face à Donald Trump dans cet État du Midwest semblait être un mauvais présage pour la suite concernant le candidat démocrate. Ça l'était d'autant plus que le président sortant a largement remporté l'Ohio qui, avec 92% de bulletins dépouillés selon les derniers chiffres de CNN, y a recueilli 53,3% des suffrages contre 45,2% pour Joe Biden.

Le précédent JFK

Ce faisant, et si tant est que ces scores demeurent à peu près inchangés à la fin du dépouillement, Donald Trump aura creusé le même écart qu'il y a 4 ans contre Hillary Clinton dans cet État de plus de 11 millions d'habitants.

Cela n'aura pas empêché son adversaire démocrate, cette fois-ci, de le défaire grâce à l'appui décisif des grands électeurs d'autres États-clés comme la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, remportés par le milliardaire républicain en 2016.

Le dernier à avoir réussi à entrer à la Maison Blanche sans l'Ohio est John F. Kennedy, vainqueur de l'élection présidentielle de 1960 face à Richard Nixon. Ce dernier - qui finira par conquérir la présidence 8 ans plus tard - l'avait emporté dans l'Ohio avec plus de 6 points d'écart. Depuis, aucun autre État n'a autant attiré l'attention des observateurs politiques, même la Floride, malgré l'imbroglio juridique de la présidentielle de 2000. La couleur politique du Sunshine State n'a coïncidé que 6 fois d'affilée avec celle du président-élu.

Ancien État industriel

Cette importance de l'Ohio s'explique à la fois par sa démographie - plus des trois quarts de la population est blanche, une proportion bien plus importante que dans le reste du pays - et sa situation socio-économique. Ancien État industriel dont la classe moyenne a été paupérisée par les fermetures d'usines, il est le terrain idoine pour le discours protectionniste et anti-mondialisation de Donald Trump.

Malgré les délocalisations qui ont eu lieu depuis son élection et le pic de taux de chômage durant la crise du Covid-19, les électeurs de l'Ohio sont restés fidèles au président républicain. En mars 2018, lors d'un discours dans la bourgade de Richfield, Donald Trump l'a dit lui-même:

"Vous ne pouvez pas gagner si vous ne gagnez pas l'Ohio."

Cette mise en garde à son ou sa futur(e) adversaire ne s'est finalement pas matérialisée.

Article original publié sur BFMTV.com