"Première campagne de militant" pour Chirac en 1995 ? L'introuvable engagement du nouveau porte-parole d'Eric Zemmour

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Alors que le polémiste d'extrême-droite revendique d'être le "candidat du RPR", le parti de droite lointain ancêtre des Républicains (LR) de Valérie Pécresse, son nouveau porte-parole Guillaume Peltier, transfuge de LR, a affirmé avoir connu sa "première campagne de militant" chez Jacques Chirac en 1995. Un épisode qui n'a pas laissé de trace dans les archives des Jeunes RPR de l'époque, ni dans les nombreuses interviewes ou dans le livre de M. Peltier.

Guillaume Peltier a-t-il connu sa "première campagne de militant" chez Jacques Chirac en 1995 ? C'est ce qu'il a affirmé mardi 11 janvier sur LCI.

Successivement passé par le Front national, le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers, l'UMP de Nicolas Sarkozy et désormais le parti Reconquête d'Eric Zemmour, le député du Loir-et-Cher n'en finit pas, depuis quinze ans, de devoir justifier son parcours. Ce 11 janvier, il s'exprimait d'ailleurs en réponse à un sujet de LCI recensant ses affiliations successives.

Le député du Loir-et-Cher a donc ajouté lui-même un épisode jusqu'ici passé inaperçu: "Ma première campagne, j'avais 18 ans, j'avais soutenu Jacques Chirac en 1995. C'était ma première campagne de militant".

Nourdine Cherkaoui était secrétaire national du RPR chargé de la jeunesse à l'époque de la présidentielle de 1995. Contacté par l'AFP, il dit n'avoir trouvé "aucune trace de (Guillaume) Peltier dans le fichier des 36.000 JAC" (Jeunes avec Chirac, NDLR).

"Il y avait aussi la deuxième jambe, les Etudiants avec Jacques Chirac de l'UNI. Il n'y a pas adhéré non plus pendant la campagne", a ajouté M. Cherkaoui.

Contacté par l'AFP, Guillaume Peltier "confirme" sa déclaration. Mais "non, je ne pense pas avoir été adhérent" du RPR et "je ne connaissais aucun responsable", a-t-il précisé.

"Mais je me souviens très bien du soir de la victoire de Chirac, je suis allé vers le Trocadéro, il y avait des milliers et des milliers de personnes, la liesse, des drapeaux bleu-blanc-rouge partout", a-t-il également déclaré.

Le nouveau vice-président de Reconquête n'avait jamais véritablement narré cet épisode. Sa biographie, sur son site officiel, n'y fait pas référence.

"En 1995, j'ai 19 ans, je fais tous les meetings des partis politiques pour voir. Et je trouve, de manière totalement décomplexée, chez Le Pen une certaine proximité avec les couches populaires. Et c'est ça qui m'a plus parce que les ouvriers, les employés et les chômeurs, je les trouvais dans ses meetings", expliquait-il sur le plateau de Thierry Ardisson, sur France 2 le 25 mars 2006, sans évoquer la campagne de Jacques Chirac.

"J'y ai été (au FN, NDLR) et puis, très vite, je m'aperçois que Le Pen ne veut pas le pouvoir. (...) Et puis il multiplie les dérapages sur la Seconde guerre mondiale, ce qui me semble absolument insupportable, et je quitte le Front national à ce moment-là", ajoutait celui qui militait alors aux côtés de Philippe de Villiers, que l'on retrouve également, en 2022, dans l'équipe de campagne d'Eric Zemmour.

"J'étais à l'UNI depuis deux ou trois ans. A l'UNI, c'était la confluence, les prémices de l'union des droites. Qu'ont ait été dans un meeting de Le Pen, ça ne me paraît pas incompatible", explique M. Peltier à l'AFP.

Dans son livre publié en 2019 ("Milieu de cordée", Plon), le député expliquait bien avoir voté Chirac en 1995. Mais alors qu'il évoque longuement son parcours, il n'évoque point d'engagement militant en faveur du futur président.

"Dans le duel fratricide qui agitait la droite, et dans le prolongement de Philippe Séguin qui l'avait choisi, j'en vins naturellement à voter pour lui. Ni socialiste, ni libéral, Chirac me semblait l'homme de la situation. La déception fut immense", écrit M. Peltier.

"Par colère et par révolte, j'ai fait alors le choix d'une impasse. (...) Comme lors du traité de Maastricht pour écouter une autre voix, celle de Philippe Séguin, comme lors de la campagne présidentielle de 1995 pour écouter une autre voix, celle de Jacques Chirac, je me décidais à aller entendre celle du fondateur du Front national. (...) Oui, j'ai milité au Front national", poursuit le député.

Mettre en avant un "engagement" de jeunesse comme pour mieux faire écho au discours et au contexte actuel est un classique de la politique. En 2021, alors que les rumeurs d'un départ d'Edouard Philippe de Matignon se faisaient de plus en plus pressantes, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait expliqué au Journal du Dimanche avoir voté pour Jean-Pierre Chevènement en 2002, comme Emmanuel Macron. Ceci alors qu'un livre du journaliste Ludovic Vigogne, qui lui est largement consacré, relatait son engagement comme jeune militant dans la campagne de Jacques Chirac.

Dans le contexte de la campagne présidentielle de 2022, la déclaration de M. Peltier appuie un des leitmotiv portés par Eric Zemmour : le journaliste du Figaro serait le "candidat du RPR", devant Les Républicains de Valérie Pécresse.

Le RPR (Rassemblement pour la République) a été fondé par Jacques Chirac en 1976. En 2002, allié avec d'autres partis de droite et un grand nombre de responsables centristes, il a été fondu dans l'UMP, rebaptisée Les Républicains (LR) en 2015.

"Moi, je suis d'une famille politique qui s'appelait le RPR quand j'étais jeune. Et je pense que si le RN (Rassemblement national, ex-Front national, NDLR) a autant progressé, c'est justement parce que le RPR a été nié, trahi", expliquait M. Zemmour sur CNEWS le 26 septembre 2021.

"LR est devenu un parti de notables centristes, qui après prétendent que je ne partage pas leurs valeurs. Mais eux-mêmes, en quoi partagent-ils les valeurs du RPR et de la droite d'avant ? Ils ont eux-mêmes trahi le général De Gaulle, et même Georges Pompidou", poursuivait alors le polémiste, qui cite régulièrement comme référence les anciens responsables RPR Philippe Séguin et Charles Pasqua.

Un argument repris par Guillaume Peltier, le plus important transfuge à ce jour de LR vers le parti Reconquête d'Eric Zemmour, dont le ralliement a été annoncé dimanche sur Europe 1 et CNEWS.

Eric Zemmour est "le seul candidat de la droite, le seul candidat fidèle aux valeurs du RPR", a expliqué M. Peltier.

Ce discours n'est pas nouveau. Il était notamment régulièrement employé, voici quelques années, par les dirigeants du Front national.

En 2014, Marine Le Pen se définissait comme "plus modérée" que le RPR-UDF "des années 1990" dont elle brandissait les conclusions des "état généraux" consacrés à l'immigration.

Les conclusions de ces états généraux de 1990 --fermeture des frontières, suspension de l'immigration, réserver certaines prestations sociales aux nationaux, incompatibilité entre l'islam et les lois françaises-- avaient été montrées à Alain Juppé, alors candidat à la primaire de la droite, sur France 2 le 2 octobre 2014.

"Je ne partage pas cela, rétrospectivement je pense que c'était une erreur. (...) Bravo, vous avez marqué un point. Super...", avait réagi M. Juppé, visiblement gêné.

A noter cependant que ces "états généraux" avaient rassemblé non pas seulement les dirigeants du RPR, mais également les partis du centre, en présence de Valéry Giscard d'Estaing et de François Bayrou.

M. Zemmour a d'ailleurs invoqué les conclusions de ces états généraux dans son discours de Villepinte le 5 décembre 2021, en y ajoutant la suppression du droit du sol, qui ne figure pourtant pas dans le document de synthèse.

Si l'évolution du discours de la droite et du centre sur les questions d'immigration et d'islam est bien réel, c'est également la stratégie du parti de droite qui est visée par M. Zemmour, et particulièrement le refus, depuis 1986, de toute alliance avec le Front national.

Invité à débattre au siège des Républicains en janvier 2019, Eric Zemmour l'avait expliqué sans détour : selon lui, "la gauche mitterrandienne a tendu un piège à la droite en séparant le RPR du Front national".

"Charles Pasqua --si je puis me permettre, j'ai beaucoup côtoyé Charles Pasqua-- avait dit à Jacques Chirac en 1986, quand il avait refusé l'alliance avec le Front national --à l'époque, il aurait mis trois ministres FN et le FN était mort deux ans plus tard, exactement comme l'a fait Mitterrand avec les communistes-- Charles Pasqua avait dit: +pour l'instant, c'est eux (le FN) qui nous courent après, bientôt on leur courra après+. Comme d'habitude, Charles Pasqua avait raison."

Si Charles Pasqua fut longtemps, au sein de la droite, un des avocats d'un rapprochement avec le Front national, l'ancien ministre de l'Intérieur avait en revanche eu des mots très durs à l'égard d'Eric Zemmour et de ses sorties sur le régime de Vichy.

"Si M. Zemmour pense que Pétain a protégé les Juifs de France (...) c'est qu'il ne connaît rien à la réalité des choses", déclarait M. Pasqua à Europe 1 en 2014.

Et l'ancien ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac de rappeler avoir fait partie d'un club d'anciens résistants, "le club des 22", "composé à parité de gens de droite et de gauche". "Si quelqu'un était venu tenir le genre de propos de Zemmour devant nous, je ne sais pas dans quel état il serait ressorti".

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