Précarité : ces étudiants parisiens contraints à l'aide alimentaire pour pouvoir se nourrir

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Chaque semaine, des dizaines d'étudiants font la queue pour récupérer un colis alimentaire offert par l'association parisienne Linkee. (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP) (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN/AFP via Getty Images) (AFP via Getty Images)

Depuis la crise du Covid, des milliers de jeunes étudiants ont basculé dans la précarité, notamment à Paris. Pour certains, bénéficier d'une aide alimentaire hebdomadaire est désormais nécessaire pour pouvoir se nourrir dignement. État des lieux.

"L'argent c'est une grosse préoccupation pour moi. Pour pouvoir faire mes études à Paris, j'ai dû contracter un prêt. Je sais que mes parents ne pourront pas m'aider à le rembourser, alors je dois faire des choix, et la nourriture fait partie des choses qui peuvent revenir cher. L'aide alimentaire, ça m'aide beaucoup". Chaque semaine, Charlotte, 22 ans, étudiante en 3e année de cinéma d'animation 3D à Estienne (Paris 13e), se rend dans l'un des points de distribution Linkee pour pouvoir bénéficier du colis alimentaire offert par l'association parisienne, rendue célèbre - malgré elle - en janvier 2021, après un reportage de Brut sur les files d'attente interminables d'étudiants. Depuis la crise du Covid, Linkee a aidé plus de 25 000 étudiants parisiens. Un chiffre colossal.

En ce jeudi hivernal de février, dans le 20e arrondissement de Paris, une cinquantaine d'étudiants font la queue dans le froid dès 16h30, alors que la distribution chapeautée par les bénévoles de Linkee ne démarrera que deux heures plus tard. "Pour beaucoup, les colis aident à tenir la semaine", explique Charlotte.

Ce jour-là, à 20h30, après deux heures de distribution intense, près de 300 étudiants repartiront avec un copieux panier de 6 à 7 kilos, composé de fruits (oranges, pommes), de légumes (carottes, oignons, pommes de terre) - bio et de saison -, de soupes, de plats chauds (viande, poisson, ou veggie), de pains, d'œufs, de fromages, de desserts, et de bien plus encore. Le tout, en provenance de plus de 300 partenaires, du chef Thierry Marx à la chaîne Cojean, pour les plus connus, en passant par des agriculteurs bios ou des grossistes de la région Île de France.

"La précarité des étudiants est toujours d'actualité en 2022"

Pour bénéficier de l'aide Linkee, "il suffit juste d'avoir une carte d'étudiant et de s'inscrire sur la plateforme", fait remarquer Thomas, l'un des bénévoles en chef de l'association. Deux ans après le début de la crise sanitaire, le nombre de nouveaux inscrits sur les listes Linkee n'en finit d'ailleurs pas d'augmenter.

"La précarité des étudiants est toujours d'actualité en 2022, déplore Julien Meimon, le président de l'association. On ouvre des points de distribution toutes les semaines et on y voit des étudiants qu'on n'avait encore jamais vus. Il ne fallait pas croire que tout allait repartir par miracle. Quand pendant un an ou un an et demi, vous avez été en grosse galère, que vous n'avez pas pu payer votre loyer, et pas pu avoir votre petit job qui vous permettait de vous nourrir, vous ne remontez pas la pente d'un coup de baguette magique, simplement parce que les bars et les restos rouvrent. Et puis même dans le cas où vous retrouvez un job, vous avez quand même un an et demi de dettes à éponger".

Selon une enquête Linkee menée sur 3200 étudiants, 80% d'entre eux ne mangent pas à leur faim

Pour beaucoup d'étudiants, les difficultés financières sont souvent conjuguées à un moral en berne. Dans le contexte actuel, venir chercher une aide alimentaire chez Linkee, c'est aussi venir chercher un peu de réconfort psychologique.

"Au delà des colis, on veut mettre l'hospitalité au centre de nos distributions, explique Julien Meimon. C'est une valeur qui s'est perdue dans les pays riches et qui pourtant est si importante". Quand un(e) étudiant(e) arrive au point de distribution, il(elle) est en effet chaleureusement accueilli.e. par les sourires des bénévoles, des mots gentils, des accolades pour les habitué(e)s, un espace de discussion avec l'association les Psys du cœur, des boissons chaudes à disposition, et un fond sonore "feel-good", entre Dua Lipa, JUL et les Beatles.

Repartir avec le sourire et de quoi éviter de sauter des repas, c'est déjà une avancée. Mais cela suffira-t-il à éradiquer la précarité alimentaire étudiante ? Selon une enquête de grande envergure menée par Linkee entre novembre 2020 et avril 2021, sur un échantillon de plus de 3200 étudiants, on apprend que depuis la crise du Covid, 80% d'entre eux ne mangent pas à leur faim. "C'est inacceptable, peste Julien Meimon. Il aurait fallu un grand plan d'urgence pour dé-précariser les étudiants, une politique publique d'envergure. Mais rien n'a bougé d'un iota".

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