"Sommes-nous prêts?", les habitants d'Antigua-et-Barbuda soupèsent l'idée d'un départ de la couronne britannique

Si des velléités républicaines se font entendre au sein du Commonwealth, les habitants d'Antigua-et-Barbuda, petit archipel paradisiaque des Caraïbes, sont partagés quant à la volonté de leurs dirigeants de couper les liens avec la couronne britannique.

Peu après la confirmation de Charles III comme nouveau souverain et chef d'Etat des 14 royaumes du Commonwealth, le Premier ministre d'Antigua-et-Barbuda a affiché son intention d'organiser un référendum sur le sujet "dans les trois prochaines années".

"Ce n'est pas un acte hostile" envers la monarchie, "mais la dernière étape pour achever notre chemin vers l'indépendance", a assuré Gaston Browne à la chaîne de télévision britannique ITV.

Mais les habitants de ce micro-Etat de 442 km2, situé au nord de la Guadeloupe, voudront-ils franchir cette étape? La question reste en suspens, reconnaît auprès de l'AFP, le chef de cabinet de M. Browne, Lionel Hurst, dans la capitale St. John's sur l'île principale de l'archipel, Antigua.

"Nous ne sommes pas encore sûrs", dit-il vendredi. Si Gaston Browne remporte les prochaines élections qui se tiendront en 2023, les années précédant le référendum devraient être consacrées à "promouvoir l'idée" auprès des Antiguayens. Certains étant loin d'être convaincus.

"Je pense que nous devrions rester dans la couronne. Ce pays ne peut pas s'en sortir seul", estime ainsi Leonie Barker, 53 ans, qui fait des provisions en vue de se préparer au passage de la tempête tropicale Fiona.

Pour JC Cornelius, caméraman, il est encore trop tôt pour se prononcer sur une question qui nécessite "une réflexion poussée".

"Nous avons atteint un palier où nous aimerons être indépendants, mais sommes-nous prêts?", s'interroge pour sa part Peter Thomas, 58 ans, pour qui une certaine pédagogie autour de l'idée est nécessaire.

Le créateur de mode et chanteur, Kelly Richardson, qui n'est pas opposé à une prise de distance vis-à-vis de Buckingham, abonde en son sens, considérant que les habitants ont besoin de davantage d'information.

"Je suis ouvert aux changements", confie-t-il tout de même, lunettes de soleil sur le nez.

- "Effet psychologique" -

S'il avait lieu, le référendum voulu par M. Browne serait organisé près de 400 ans après l'arrivée des premiers colons britanniques à Antigua en 1632 puis à Barbuda en 1678.

Les Britanniques y ont développé la culture du sucre puis amené des esclaves d'Afrique pour travailler dans les plantations face aux décès par milliers des autochtones caribéens.

L'esclavage fut aboli en 1833 dans l'archipel et nombre des 97.0000 habitants du pays sont des descendants d'esclaves.

Antigua-et-Barbuda, dont l'économie dépend fortement du tourisme, est officiellement indépendante depuis près de 40 ans, le pays ayant rejoint le Commonwealth en 1981, mais Lionel Hurst ne s'y trompe pas.

"Ce n'est pas vraiment une indépendance quand ce n'est pas vous qui choisissez votre chef d'Etat, mais une tradition qui trouve sa source à plus de 9.000 kilomètres", insiste-t-il auprès de l'AFP.

Le contrôle exercé par le Royaume-Uni est toutefois principalement procédural et s'en détacher est avant tout "symbolique", souligne-t-il.

"Cela aura surtout un effet psychologique sur les habitants d'Antigua-et-Barbuda, et c'est l'ambition première".

La plus grande préoccupation des jeunes antiguayens n'est cependant pas forcément la psyché de la nation mais plutôt son développement économique, selon Kemani Sinclair, 19 ans, interrogé par l'AFP dans le centre de St John's où certains bâtiments colorés tombent en ruine.

"Je crois sincèrement qu'Antigua ne devrait pas devenir une république. Elle n'est pas prête", lance cet étudiant pour qui la tenue d'un référendum sur la monarchie représenterait un gâchis d'argent public.

st/des/mca/dva/dax/cjc