Prévention de la pédophilie: un an après, la ligne d'écoute va se généraliser sur tout le territoire

Par Esther Paolini et Justine Chevalier
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Un couloir d'hôpital au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Pointe-a-Pitre, Guadeloupe, en septembre 2020. (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Lara Balais / AFP
Un couloir d'hôpital au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Pointe-a-Pitre, Guadeloupe, en septembre 2020. (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Lara Balais / AFP

Agir "en amont du passage à l’acte". Tout juste un an après son lancement, le numéro d’écoute à destination des personnes pédophiles va se généraliser sur l'ensemble du territoire, d'après des informations de BFMTV.com confirmant celle de nos confrères de L'Obs. Les retours des professionnels attestent que la ligne, d'abord expérimentée dans sept sites pilotes, a su montrer son efficacité.

"La ligne répond à un besoin"

En un an, les sept Centres de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) tests ont reçu 1060 appels pour 336 appelants. La très grande majorité des coups de fil a été passé par des hommes, les appels émanant de femmes se comptant sur les doigts d'une main. Une dizaine de familles inquiètes pour un proche ayant une attirance pour les enfants ont également composé le 0.806.23.10.63.*

"Nous n'avons pas fait de communication nationale sur le dispositif, ces chiffres prouvent que la ligne répond à un besoin et qu'elle est utile", se réjouit auprès de BFMTV.com Ingrid Bertsch, psychologue et secrétaire de la Fédération des CRIAVS.

Une minorité d'appelants déjà condamnés

Si la praticienne n'est pas encore en mesure de fournir de statistiques précises, elle assure que le profil des appelants est très varié. Certains les contactent car ayant des difficultés avec des fantasmes envers un mineur, d'autres ont déjà consommé des contenus pédopornographiques.

Seule une "petite quantité" appelle après avoir déjà été condamné par la justice. La prise en charge passe ensuite par une large palette de soins: rendez-vous avec un psychologue, un psychiatre, un sexologue, un groupe de parole, une thérapie familiale ou la prescription d'un traitement médicamenteux.

Entre "5 et 20%" de la population a "ponctuellement une pensée à connotation sexuelle sur des enfants", soulignait en novembre 2019 Mathieu Lacambre, psychiatre dans l'un des centres pilotes à Montpellier. C'est tout autant de personnes pouvant bénéficier de la ligne.

Alors qu'un outil semblable existe depuis 1992 en Angleterre et 2005 en Allemagne, un tabou persiste encore en France sur la prévention en matière de violences sexuelles sur les mineurs.

"La dimension émotionnelle vient obturer la réflexion", déplore le psychiatre.

Distinguer le pédophile du pédocriminel

La prochaine étape sera donc de travailler sur "le levier de la honte", anticipe Anne-Hélène Moncany, présidente de la fédération des CRIAVS, contactée par nos soins. Faire un travail de pédagogie auprès du grand public pour montrer la distinction entre le pédophile et le pédocriminel. La pédophilie est un trouble psychiatrique qui peut se soigner. La pédocriminalité se caractérise lorsqu'il y a déjà eu un passage à l'acte.

"On ne peut être condamné pour une attirance sexuelle dont on n'est pas responsable", souligne Anne-Hélène Moncany.

Lancée dans le cadre du plan de lutte contre les violences faites aux enfants, la ligne sera disponible à partir du 23 novembre partout en France.

* Le numéro est accessible du lundi au vendredi, de 9 à 17 heures.

Article original publié sur BFMTV.com