Tous les prétextes sont bons pour Ahmadinejad

On a l’habitude de voir les régimes dictatoriaux exporter
leurs tensions intérieures vers l’extérieur. Quand ils sont menacés d’être
renversés par leur population, ils cherchent le salut dans un ennemi
étranger afin de faire oublier les problèmes domestiques et de restaurer l’unité du pays. C’est ce qu’avait fait Saddam Hussein en 1980 en déchirant les accords
d’Alger, qu’il avait lui-même signés avec Téhéran, pour déclarer la guerre à son
voisin de l’est, une guerre qui a duré huit années et qui a fait plus d’un
million de morts et au moins autant de handicapés.

La République islamique n’a pas tenu ses promesses de liberté,
de démocratie et de développement économique. C’est pour cela que de nombreux
partis et groupes qui ont participé à la révolution de 1979 se sont
retrouvés rapidement dans l’opposition. Dès le début, le régime a procédé à des
purges. Ainsi, le premier président élu de la République, Abdolhassan Bani Sadr, a fui le pays en 1981, déguisé en
femme pour demander l’asile politique en France. D’autres ont été accusés de
conspiration et exécutés. Ces purges ont été grandement facilitées par quelque
chose que le nouveau régime a ressenti comme un cadeau du ciel : la guerre déclenchée
par Saddam Hussein. Elle venait à point nommé pour resserrer les rangs entre
factions et pour justifier l’élimination des fortes têtes.

Cette guerre a duré huit années, a fauché des âmes et
détruit l’économie. Mais la seule chose qui importait aux régimes de Téhéran et
de Bagdad était de se maintenir au pouvoir à tout prix. Les Iraniens
considéraient qu’ils étaient le “bouclier de l’islam” et que
l’islam tout entier risquait de disparaître s’ils cédaient. De l’autre
côté, Saddam Hussein se considérait comme une “nécessité
patriotique” puisqu’il était le “rempart de la nation
arabe” [face aux “Perses”]. La guerre s’est arrêtée quand Ruhollah
Khomeyni a compris qu’il devait “boire la ciguë” de
l’armistice s’il voulait éviter que le “bouclier” se fissure.

J’ai visité l’Iran deux fois dans le cadre de délégations
irakiennes. J’ai vu un beau pays doté de contrées si vastes que les quatre saisons
y cohabitent, pourvu de ressources naturelles
et humaines que beaucoup lui envient et dont la population est pénétrée de civilisation
et d’urbanité. En côtoyant les Iraniens, partout où j’allais, les gens
profitaient de la présence d’un étranger pour lui faire part de leur lassitude du
régime, soulignant ses méfaits, critiquant ses méthodes répressives, regrettant
l’absence de libertés, se plaignant du favoritisme ambiant, etc. Dans mon hôtel,
des intellectuels m’ont abordé pour me dire qu’ils étaient venus afin de parler
aux étrangers de la situation qui prévalait dans le pays. L’un d’eux, parfaitement
anglophone, m’a dit ceci : “Vous, en Irak, vous avez une occasion en or
d’instaurer une démocratie pluraliste et ouverte. Ne vous laissez pas
entraîner sur la même pente que nous, qui avons permis l’établissement d’un
régime islamiste. Maintenant, nous croulons sous la dictature alors
qu’au début nous pensions que la révolution nous apporterait la démocratie, la
liberté et le développement. La plupart d’entre nous regrettent de l’avoir
soutenue.” Avant que je reparte, ils m’ont lancé en guise d’adieu : “Ne
commettez pas la même erreur en Irak !”

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