Présidentielle: le second tour du scrutin résumé en cinq enjeux

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Deux tracts électoraux pliés d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, à Marseille le 6 avril - Nicolas TUCAT © 2019 AFP
Deux tracts électoraux pliés d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, à Marseille le 6 avril - Nicolas TUCAT © 2019 AFP

Emmanuel Macron sera-t-il reconduit à l'Elysée ou la France connaîtra-t-elle avec Marine Le Pen une nouvelle alternance et sa première présidente de la République? C'est bien sûr la première question qui agite l'opinion ce vendredi, à moins de 48 heures de l'ouverture des bureaux de vote pour le second tour de la présidentielle.

Mais au-delà de ce seul résultat, de nombreux enjeux pèsent de tout leur poids sur cet ultime volet du scrutin. BFMTV.com fait le point ce vendredi.

• Quel sera l'écart entre les candidats?

Outre la victoire d'une candidature sur l'autre, la soirée de dimanche promet d'entériner un nouveau rapport de forces au sein de la classe politique française pour la mandature à venir. L'ampleur de l'écart séparant les deux prétendants à l'Elysée sera donc déterminant.

En 2017, Emmanuel Macron avait triomphé de Marine Le Pen par 66,10% des suffrages exprimés contre seulement 33,90% à son adversaire. Le score sera sans doute bien plus serré cette fois. Le sortant apparaît toutefois comme le grand favori du rendez-vous de dimanche à en croire les dernières enquêtes.

Notre dernier sondage Elabe "Opinon 2022" pour BFMTV et notre partenaire SFR, publié vendredi, le donne vainqueur, nanti de 55,5% d'intentions de vote (une progression d'un point en une semaine) contre 454,5% à Marine Le Pen. Cette avance a pu encore se renforcer à la faveur du débat organisé mercredi. En effet, et toujours d'après l'institut Elabe pour BFMTV, 59% des téléspectateurs ayant assisté à la joute ont jugé le premier "plus convaincant" que la seconde.

Une tendance confirmée jeudi par le dernier baromètre Ipsos-Sopra Steria pour franceinfo et Le Parisien, réalisé intégralement après l'échange. Emmanuel Macron y obtenait 57,5% (+1) des intentions de vote au second tour, contre 42,5% pour Marine Le Pen. Elle aussi diffusée jeudi, dans L'Obs, l'étude Odoxa-Mascaret a certes relevé un fossé moins profond entre les deux candidats - Emmanuel Macron ne devançant sa rivale que par 53% des projections contre 47 % - mais a toutefois étayé la domination du président en exercice dans les sondages.

• Quels seront les reports de voix?

Les deux candidats vont bien sûr s'appuyer sur leur base du premier tour pour tenter de bâtir leur succès au second. Mais si Emmanuel Macron comme Marine Le Pen font naturellement le plein auprès de leurs soutiens, ils doivent brasser plus large pour espérer battre le camp d'en face. Ils ont donc dû ces derniers jours s'astreindre au jeu de séduction traditionnel de l'entre-deux-tours afin de décrocher un maximum de reports de voix. Une gymnastique rendue d'autant plus nécessaire par l'importance du bloc rassemblé par Jean-Luc Mélenchon, et ses 21,95% des votes au premier tour.

Selon notre dernier sondage "Opinion 2022" explorant les intentions de vote, les électeurs de l'insoumis sont désormais 45% (en hausse de sept points en une semaine) à se tourner vers Emmanuel Macron en vue de ce second tour, contre 24% pour Marine Le Pen.

Le socle de Valérie Pécresse - qui a toutefois plafonné légèrement en-deçà des 5% le 10 avril - suit une dynamique similaire. 42% des partisans de la candidate de la droite devraient opter pour le sortant - à l'issue d'un bond de cinq points en une semaine - et seulement 29% pour la représentante du Rassemblement national.

Celle-ci peut à tout le moins compter sur le renfort des sympathisants d'Eric Zemmour, dont 82% disent leur intention de miser sur elle dimanche.

• Quel sera le score de l'abstention ?

Cette logique du report des voix rappelle ce poncif de la politique: au premier tour, on choisit, au second, on élimine. Mais tous, loin de là, ne partagent pas cette maxime. Et ils semblent nombreux à ne pas vouloir se déplacer dimanche pour éliminer, pas plus qu'ils n'ont voulu choisir à l'issue de la première phase de la présidentielle. L'abstention aura en effet servi de trame à l'ensemble de ce scrutin.

Le 10 avril, 26% des électeurs se sont ainsi abstenus. Un chiffre très important, surtout rapporté aux 22,23% du premier tour de 2017. C'est toutefois moins qu'en 2002, annus horribilis pour la participation. Ce fameux 21 avril, 28% des Français avaient ainsi délaissé les urnes.

Et il n'est pas impossible que le niveau d'abstention gonfle encore dans deux jours. C'est en tout cas la courbe que l'on a observée il y a cinq ans. On avait alors relevé 25,44% d'abstention au second tour de la présidentielle de 2017.

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• Vers une explosion du vote blanc ?

Entre le bulletin désignant un candidat et l'abstention, il existe cependant une voie médiane: le vote blanc. La crise de confiance dans la classe politique, le désamour autour de cette présidentielle éclipsée par la guerre en Ukraine et étouffée sous une campagne largement atone, qui se sont déjà traduit par une faible mobilisation des citoyens au premier tour, vont-ils faire exploser les votes blancs?

Il y a deux semaines, on a enregistré au plan national 1,12% de bulletins blancs au moment des dépouillements. C'est-à-dire qu'en ouvrant l'enveloppe, les assesseurs n'y ont trouvé que du vent ou une feuille vierge. En 2017, cette même statistique était de 1,39% au premier tour.

Des chiffres dérisoires? Il n'en reste pas moins que la campagne de 2017 avait été portée par un tout autre souffle et avait, malgré tout, vu le nombre de votes blancs se multiplier par six au second tour, avec un taux de 6,35%.
Il faut noter - comme nous le rappelions jeudi - que depuis la loi du 21 février 2014, les votes blancs sont comptabilisés distinctement des bulletins nuls, afin de départager les deux gestes. "L'électeur s’étant déplacé jusqu'à son bureau de vote, il exprime une volonté politique de participer au scrutin pour dire son refus de choisir entre les candidats en lice", justifie à ce propos le site Vie Publique. Les bulletins blancs ne font pas partie, en revanche, des suffrages exprimés.

• La vraie bataille aura-t-elle lieu aux législatives?

Ils ont beau être à couteaux tirés, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont tombés d'accord sur un point au cours des dernières heures. "Il ne faut pas enjamber la présidentielle", ont-ils tous deux mis en garde. Le premier jeudi lors d'un déplacement à Saint-Denis, la seconde ce vendredi matin au micro d'Europe 1 et CNEWS. Les candidats en lice pour la fonction suprême tenaient ainsi à prévenir déçus et indécis du risque de se projeter sur les législatives avant même la fin de la présidentielle.

Ce mardi sur notre antenne, Jean-Luc Mélenchon n'a pourtant pas eu ces pudeurs de gazelle. Il faut dire que le "troisième homme" du premier tour a tout intérêt à vouloir tourner la page. Fort de son score de 21,95% des suffrages exprimés, il a même suggéré aux Français de "l'élire Premier ministre" en portant leurs voix sur les candidats de l'Union populaire à l'Assemblée nationale les 12 et 19 juin prochains.

Et ce vendredi, le nouveau sondage BVA pour Orange et RTL a lui aussi renvoyé l'écho d'un "troisième tour" présidentiel, dissimulé sous les législatives. Dans cette enquête en effet, 66% de nos compatriotes disent souhaiter qu'en cas de réélection d'Emmanuel Macron, celui-ci ne bénéficie pas d'une majorité et soit donc contraint à une cohabitation.

Une éventualité balayée par Marine Le Pen auprès de CNEWS et Europe 1: "Le quinquennat entraîne une chose: celui qui est élu président a, dans les deux mois qui suivent, une majorité. C'est la logique du quinquennat". "Si je suis élu j'aurai une majorité pour gouverner", a-t-elle résumé, avant de lancer un avertissement corollaire: "Si Emmanuel Macron est élu, il aura donc une majorité. Il faut arrêter de faire croire aux gens que s'il est réélu, on va pouvoir avoir une cohabitation. C'est faux, c'est un mensonge. Donc il pourra mettre en oeuvre l'intégralité de son programme."

"Le score que l'on peut obtenir à la présidentielle a évidemment une conséquence sur la bataille législative qui suit", a toutefois reconnu la candidate du Rassemblement national.

Un courant politique aurait, à première vue, tout intérêt à enterrer cette présidentielle pour l'oublier au plus vite et espérer se refaire aux législatives: les Républicains. Or, ils ont tout à en craindre, à en croire en tout cas par les manoeuvres qui y sont déjà en cours. En conséquence, la formation prêche officiellement pour le "ni-Macron, ni-Le Pen" en attendant. Et elle se dirige vers des élections probablement corsées aux législatives face aux candidats envoyés dans les circonscriptions par l'écurie présidentielle. Si la famille se déchire déjà, c'est l'explosion pure et simple qui menacerait alors.

Article original publié sur BFMTV.com

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