Présidentielle : Michel Barnier peut-il être le candidat surprise de la droite?

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Expérience, stature internationale, fidélité aux LR... L'ex-négociateur du Brexit coche les cases pour gagner le Congrès en décembre prochain. Au risque de susciter un enthousiasme tout relatif.

Et si c'était lui le champion des Républicains pour la prochaine présidentielle? Michel Barnier y croit très fort et des soutiens de Xavier Bertrand et de Valérie Pécresse n'excluent plus cette option.

"Cela pourrait être notre Joe Biden", lâchent même des militants. Dans la course pour gagner le Congrès des Républicains le 4 décembre prochain, celui qui a su gérer le dossier explosif du Brexit a de sérieux atouts. À commencer par sa fidélité à son parti politique.

Un effet Sandrine Rousseau

"Les militants de droite sont légitimistes et ils voteront toujours pour quelqu'un qui est resté fidèle à son parti, qui n'a jamais trahi. Quel sérieux accorder à celles et ceux qui claquent la porte et qui finissent par revenir au moment de la présidentielle? Franchement aucun", estime Christine Bonfati-Dossat, la présidente du comité de soutien de l'ancien ministre.

"Michel Barnier est apprécié parce qu'il n'est ni Xavier Bertrand, ni Valérie Pécresse. On le connaît pas vraiment, il y a comme un petit effet de surprise à la Sandrine Rousseau, un vent de fraîcheur", confirme-t-on dans l'entourage de Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, auprès de BFMTV.com.

Passé par tous les échelons

Le profil de ce Savoyard qui a tout du cursus honorum (député, sénateur, président de conseil départemental, ministre à plusieurs reprises, député européen, commissaire européen) fait aussi mouche parmi ses partisans, loin du profil d'Emmanuel Macron en 2017.

"C'est même tout son exact contraire. Lui s'est fait élire sans aucune expérience d'élu. On a affaire à un homme qui connaît très bien la France et la scène internationale. Il a tout de même géré le Brexit, ce qui montre qu'il sait trancher sur des sujets difficiles, très loin des hésitations de l'Élysée. Et puis, il a l'avantage de l'âge. On en a soupé de la jeunesse du chef de l'État", juge celui qui fait partie des 57 parlementaires qui ont rejoint le candidat.

"On n'est pas obligé de le croire sur parole, mais d'avoir dit qu'il ne ferait qu'un seul mandat, ça a beaucoup plu aux militants. Cela lui donne un petit côté 'je pense surtout à l'intérêt général avant de penser à moi'", estime encore un proche de Xavier Bertrand.

Faire des signes à la droite dure

L'ancien parlementaire peut aussi s'enorgueillir du soutien de l'ancien patron des LR, Laurent Wauquiez. "Ce dernier reste très populaire après des militants, là où Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ont justement claqué la porte pour manifester leurs désaccord avec sa ligne politique. Forcément, ça compte...", juge David Bellamy, historien de la droite.

L'appui du très droitier président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a d'ailleurs poussé Michel Barnier à faire des clins d'oeil à un électorat qui semblait jusque-là plutôt délaissé avec ses propos centristes.

Stupeur à Bruxelles 

Au début du mois de septembre, l'ex-commissaire européen a ainsi proposé un "référendum" qui aurait deux objectifs: un "contrôle parlementaire sur les quotas d'immigrés", et "un bouclier constitutionnel" pour "retrouver notre liberté de manoeuvre".

"Ce type de propositions montre qu'il sera dans le ton sur la question l'immigration, qui sera forcément sur la table pendant la campagne, estime Jean-Raymond Hugonet. Qui aura des réponses aussi solides que lui à apporter sur la façon dont on peut réorienter l'Europe sur ce sujet?"

À voir. Sa sortie sur la politique migratoire a stupéfié les milieux bruxellois, qui voyaient en lui un européen convaincu.

Des sondages à la traîne

"Méfions-nous de quelqu'un qui serait trop plastique dans ses convictions. On a vu ce que ça a donné avec Emmanuel Macron, qui est capable d'être ultra-libéral le matin et souverainiste le soir. Les revirements peuvent laisser douter des capacités à tenir la distance sur une présidentielle", estime ainsi le député Robin Reda, farouche supporter de Valérie Pécresse.

Autre point noir qu'on ne manque pas de souligner parmi ses adversaires, ses mauvaises performances sondagières. "Il demeure le moins bien placé dans toutes les études", fait remarquer Vincent JeanBrun, maire de L'Haÿ-les-Roses et conseiller régional Libres!. Il n'est en effet qu'à 5% des intentions de vote au premier tour, contre 14% pour Xavier Bertrand ou 13% pour Valérie Pécresse.

Pas une bête de scène

Un député LR, proche de Xavier Bertrand, cible, lui, les faibles prouesses oratoires et méditatiques de Michel Barnier. "Les gens voulaient être enthousiasmés lors de notre rentrée au Parc Floral par son discours. Et clairement, ils ont été déçus. Ce sera sûrement le candidat de la raison mais pas du coeur".

Même son de cloche chez un des membres de la direction des Jeunes Républicains. "On est loin de l'énergie de Nicolas Sarkozy quand même. Il ne pousse pas franchement à s'enthousiasmer."

Avant de pointer un autre risque, celui d'un discours trop lisse, trop éloigné des marqueurs d'une droite plus dure. "Il y a un vrai risque que les jeunes militants et sympathisants LR aillent voter Eric Zemmour si Barnier tient un discours proche de l'UMP et de son cordon sanitaire vis-à-vis de l'extrême droite."

L'historien David Bellamy remarque, lui, encore une autre faille. "Il n'est pas si loin politiquement d'Emmanuel Macron et de son approche de centre-droit de la vie politique française. Cela peut être difficile pour lui de se démarquer pendant la campagne face à la République en marche." Il lui reste deux mois pour convaincre.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Michel Barnier sur le Brexit : "Un divorce, c'est toujours négatif" :

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