Lituanie: le président et sa Première ministre au second tour de la présidentielle

Des électeurs votent au premier tour de la présidentielle en Lituanie, le 12 mai 2024 à Vilnius (PETRAS MALUKAS)
Des électeurs votent au premier tour de la présidentielle en Lituanie, le 12 mai 2024 à Vilnius (PETRAS MALUKAS)

Le président lituanien Gitanas Nauseda et sa Première ministre Ingrida Simonyte seront opposés au second tour de l'élection présidentielle du 26 mai en Lituanie, un scrutin organisé sur fond de "menace russe".

Après le dépouillement de la quasi-intégralité des votes exprimés dimanche pour le premier tour, M. Nauseda arrive largement en tête avec 46% des voix, devant Mme Simonyte, qui en comptabilise 16%, a annoncé dans la nuit de dimanche à lundi un responsable électoral.

Le pays balte de 2,8 millions d'habitants, une ex-république soviétique qui jouxte l'exclave russe très militarisée de Kaliningrad, craint d'être la prochaine cible de Moscou si la Russie devait gagner sa guerre contre l'Ukraine.

"La compréhension de la menace russe par la Lituanie est unanime et incontestable, et les principaux candidats s'accordent dessus", avait résumé Linas Kojala, directeur du Centre d'études sur l'Europe de l'Est à Vilnius.

Les sondages donnaient au président sortant Gitanas Nauseda, un ancien banquier de 59 ans, une avance confortable sur les sept autres candidats.

Les observateurs prédisent la victoire de M. Nauseda au second tour.

Aldona Majauskiene, une retraitée de 82 ans, a confié à l'AFP avoir voté pour M. Nauseda, "car il est le meilleur toutes catégories".

Airine, une fonctionnaire de 53 ans, a elle opté pour Mme Simonyte: "je vote pour ceux qui peuvent vraiment améliorer notre sécurité et notre qualité de vie", dit-elle.

Le président lituanien codirige, avec le gouvernement, la politique étrangère et participe aux sommets de l'UE et de l'Otan.

Il doit consulter le gouvernement et le parlement pour la nomination des plus hauts fonctionnaires.

- Divergences -

Si M. Nauseda et Mme Simonyte s'accordent sur la défense, ils divergent sur d'autres sujets.

Ingrida Simonyte, 49 ans, défend des vues conservatrices en matière économique et libérales sur les questions sociales. Elle soutient notamment les partenariats entre personnes de même sexe, encore controversés dans ce pays majoritairement catholique.

Elle se présente à l'élection présidentielle pour la deuxième fois, battue par M. Nauseda au second tour de l'élection de 2019.

"Mme Simonyte est soutenue par les électeurs du parti conservateur et les libéraux, tandis que M. Nauseda est un candidat de gauche en termes de politique économique et sociale", explique Ramunas Vilpisauskas, analyste à l'université de Vilnius.

La Lituanie, membre de l'Union européenne et de l'Otan, est l'un des principaux donateurs de l'Ukraine, avec d'importantes dépenses de défense qui représentent 2,75% de son PIB et que le gouvernement de Mme Simonyte veut porter à 3%.

Vilnius entend utiliser ces fonds pour acheter des chars et des systèmes de défense antiaérienne supplémentaires, et pour accueillir sur son territoire une brigade allemande. Berlin prévoit de stationner environ 5.000 soldats en Lituanie d'ici à 2027.

Aucun des principaux candidats n'a annoncé vouloir remettre en cause ces projets.

Il n'y a en revanche pas de consensus concernant les relations avec la Chine.

Les liens bilatéraux se sont tendus en 2021 lorsque Vilnius a autorisé Taïwan à ouvrir une représentation sous le nom de l'île autonome, s'écartant ainsi de la pratique diplomatique courante qui consiste à utiliser le nom de la capitale, Taipei, pour éviter de fâcher Pékin.

La Chine, qui considère Taïwan comme une partie de son territoire et s'oppose à tout soutien à l'île susceptible de lui conférer une quelconque légitimité internationale, a en rétorsion dégradé ses relations diplomatiques avec Vilnius et bloqué ses exportations.

M. Nauseda a déclaré pendant la campagne électorale qu'il voyait "la nécessité de changer le nom du bureau de représentation". Mme Simonyte s'y oppose.

"La réaction de la Chine à l'ouverture du bureau a été plus dure que prévu, ce qui a déclenché le débat", a analysé M. Kojala, pointant des conséquences négatives pour les entreprises locales.

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