De la présidentielle aux législatives, le tour de force de Mélenchon - Récit

Des larmes de la présidentielle au succès des législatives, le tour de force de Mélenchon - Récit (Photo: Sarah Meyssonnier via Reuters)
Des larmes de la présidentielle au succès des législatives, le tour de force de Mélenchon - Récit (Photo: Sarah Meyssonnier via Reuters)

Des larmes de la présidentielle au succès des législatives, le tour de force de Mélenchon - Récit (Photo: Sarah Meyssonnier via Reuters)

POLITIQUE - “Faites mieux, merci”. C’est un Jean-Luc Mélenchon déçu, mais satisfait de la tâche accomplie, qui prend la parole après les résultats du premier tour de l’élection présidentielle au Cirque d’Hiver à Paris. Avec ses 22%, il vient d’échouer, pour la troisième fois, à se qualifier pour le duel final. Le grand soir n’est pas pour ce dimanche 10 avril.

“Bien sûr, les plus jeunes vont me dire ‘et ben on n’y est encore pas arrivé?’, lance-t-il à ses militants, certains en pleurs, pour conclure son discours. Il leur intime de porter le “pôle populaire” plus haut qu’il n’a réussi à le faire. Entre adieu et espoir, le ton de Jean-Luc Mélenchon marque les esprits, il est différent ce soir-là. Le tribun de 70 ans vient de livrer sa dernière bataille politique, croit-on. Et l’heure de la transmission a sonné.

C’était se tromper. La NUPES, la coalition ”populaire, écologique et sociale” formée pour le propulser à Matignon est au coude à coude avec les troupes d’Emmanuel Macron au premier tour des élections législatives ce dimanche 12 juin. Le résultat d’une campagne haletante qui ramène la gauche au centre du jeu.

Mélenchon: ambition Matignon

Au Cirque d’Hiver, ce dimanche 10 avril 2022, après les résultats du premier tour, l’ambiance est chaude comme un soir d’été. Et pour cause, Mélenchon et ses troupes, toujours sur place, voient l’écart qui les sépare de Marine Le Pen fondre comme neige au soleil. L’homme de l’Union populaire rate la marche à 400.000 voix près. Malgré une remontada presque aussi irrésistible que sa fin de campagne (il gagne quatre points par rapport aux derniers sondages), le voilà derrière l’extrême droite. D’un cheveu, encore plus fin que celui de 2017.

Tout était prêt pour tenir un meeting nocturne, en cas d’accession au second tour, dans cette salle du Cirque d’Hiver, souffle son équipe. Rageant pour l’Insoumis... au point de tenter un dernier tour de piste.

Dix jours après cette soirée de défaite heureuse et son discours que beaucoup imaginaient comme le dernier, Jean-Luc Mélenchon s’invite sur BFMTV pour demander aux Français de l’élire Premier ministre. On est alors le 19 avril, en plein entre-deux-tours de l’élection présidentielle. Agacement en Macronie, moqueries chez certains constitutionnalistes.

Qu’importe, le chantre de la 6e République explique, à grand renfort de pédagogie -et de campagne d’affichage- vouloir envoyer un maximum de députés à l’Assemblée nationale pour imposer une cohabitation au futur chef de l’Etat. Pour y arriver, une seule stratégie possible: unir la gauche dans un bloc populaire et présenter un candidat unitaire par circonscription. Du jamais vu au premier tour dans ce camp.

Un accord historique aux forceps

“Je dis à tous ceux qui n’ont pas voulu l’entendre, ici est la force”, lance-t-il, au soir de sa défaite à la présidentielle. Ses anciens concurrents l’ont finalement entendu, pour réussir “en quelques jours” ce qu’ils n’ont pas pu “faire pendant des années”, selon la formule de Sandra Regol au HuffPost, l’une des négociatrices envoyées par Europe-Ecologie les Verts, au tout début des discussions.

Dès la mi-avril, la France insoumise commence de longues tractations avec les différents partis d’une gauche décidée à faire l’union. Rebaptisé “Matignon”, le siège de leur formation, passage Dubail, dans le Xe arrondissement de la capitale, devient le point central, le plus scruté, de la scène politique française.

Un premier accord est trouvé le jeudi 28 avril, avec la petite formation fondée par Benoît Hamon, Génération.s. A partir de là, les discussions s’étirent, les ultimatums s’enchaînent, sans effet, et la fumée blanche se fait attendre.

Soucieuses de préserver leur poids politique, les différentes chapelles négocient tant sur les crispations de fond - sur l’Union européenne par exemple - que sur les questions de places. Plusieurs allers-retours, et de vraies dissensions plus tard, les Verts et les Insoumis se mettent définitivement d’accord dans la nuit du 1er au 2 mai. Le lendemain, ce sont les communistes qui rejoignent la danse, puis les socialistes, pourtant exclus, un temps, des négociations. Inédit.

Des débuts difficiles

Vingt-cinq ans après la gauche plurielle de Lionel Jospin (1997), la famille se réunit à nouveau. La maison commune s’appelle désormais “Nouvelle Union populaire écologique et sociale” et elle laisse deux étages sur quatre (avec un bout de sous-sol) à la FI. Fortes du score de leur candidat à la présidentielle, les troupes de Jean-Luc Mélenchon obtiennent l’investiture dans un peu plus de 300 des 577 circonscriptions. 100 sont réservées aux écolos, 70 aux socialistes et 54 aux communistes. L’Insoumis en chef, lui, ne sera candidat qu’au poste de Premier ministre. Voilà le plan. Mais il ne plaît pas à tout le monde.

Imposé par les mélenchonistes, ce nouveau rapport de force a du mal à passer auprès de certains ténors de la gauche. Du côté des écolos, seul Yannick Jadot fait entendre quelques réserves sur l’omniprésence de tribun dans la campagne. Au parti socialiste, en revanche, les choses sont complexes... et la fracture créée par le quinquennat de François Hollande se rouvre.

Comme l’ancien chef de l’Etat, toute une frange, minoritaire, critique la “soumission” de la direction des roses à la gauche radicale incarnée par LFI. Le maire du Mans Stéphane Le Foll, ou la présidente de région Carole Delga mènent la fronde en soutenant plus d’une cinquantaine de candidatures dissidentes à travers la France. L’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve annonce même son départ du parti.

Outre ces ressentiments prévisibles, la NUPES, a peine lancée, subit ses premiers remous du côté de Vénissieux, dans le Rhône. La candidature polémique du journaliste et militant Taha Bouhafs fait couler beaucoup d’encre. Le jeune homme finit par jeter l’éponge, le 10 mai, après une accusation d’agression sexuelle à son encontre d’une “gravité” que la France insoumise “n’a jamais connue”, selon les mots de Clémentine Autain.

Quand la NUPES dicte le récit de la campagne 

Oubliés ces débuts délicats... En un temps record, Jean-Luc Mélenchon et ses nouveaux alliés réussissent le tour de force de remettre la gauche au centre du jeu politique et des attentions médiatiques. Ce que confirment les temps de parole de l’Arcom (le gendarme des médias) qui note un grand déséquilibre en faveur de la NUPES au début de cette course législative.

Quelques mois plus tôt, c’est l’extrême droite qui trustait les antennes lors de la pré-campagne présidentielle, sous l’impulsion d’Eric Zemmour et de ses thématiques sécuritaires ou identitaires. Le contraste est saisissant avec un Rassemblement national plus que discret et une Marine Le Pen éclipsée de la scène.

En investissant massivement les médias, les chefs à plumes de la gauche sont, certes, amenés à détailler les contours de leurs accords, contraints de justifier certains revirements, mais ils ont surtout l’opportunité de faire entendre leurs priorités et leurs propositions. Retraite à 60 ans, blocage des prix, SMIC à 1500 euros... les messages martelés sont simples sur le terrain et envahissent les réseaux sociaux.

Bien aidée par la campagne atone de la majorité présidentielle, la NUPES dicte le tempo, entre convention commune, meetings main dans la main ou présentation de programme en grande pompe. La recette adéquate pour reprendre à Marine Le Pen son statut de première opposante. Renforcée au lendemain de la présidentielle, la cheffe du RN peut désormais espérer, au mieux, quelques dizaines de députés. L’élan autour de la Nouvelle Union n’y est sans doute pas pour rien.

Dans la dernière ligne droite, l’offensive de Jean-Luc Mélenchon lui permet d’aborder les questions sécuritaires avec son prisme. S’il s’attire les foudres de la Macronie pour avoir écrit que la “police tue”, en référence à la mort d’une jeune passagère à Paris après un refus d’obtempérer du conducteur, le tribun insoumis peut se targuer d’avoir mis la lumière sur ce sujet. Et ce, au moment où les troupes d’Emmanuel Macron peinent à se départir des controverses dans lesquelles elles sont engluées, dont la tenace polémique sur l’incurie du dispositif policier mis en place aux abords du Stade de France lors de la finale de la Ligue des Champions.

Le ‘péril rouge’ n’a pas pris 

Sur le terrain, le chef de l’Etat accélère dans la dernière ligne droite en multipliant les déplacements express, mais le fiasco du Stade de France, l’embarrassante affaire Damien Abad, ou les maladresses de ses ministres ne sont jamais bien loin. Et le “péril rouge” qu’il agite dans les derniers instants de la campagne, quitte à largement grossir le trait, ne parvient pas à enrayer la dynamique.

Symbole de cette course menée sous une bonne étoile, la NUPES enregistre également une victoire, administrative, sur le gouvernement, dans les derniers instants de la campagne.

Moins d’une semaine avant le premier tour, mardi 7 juin, le Conseil d’état demande expressément au ministère de l’Intérieur de créer la nuance “NUPES” pour comptabiliser les résultats du scrutin, ce qu’il refusait de faire jusqu’à présent, au risque, selon les sages, de “fausser” l’interprétation du vote des Français. De quoi offrir un nouvel argument aux mélenchonistes, ravis de pouvoir fustiger les “tripatouillages” et “manipulations” de Gérald Darmanin.

Jusqu’au bout, l’histoire était belle, la campagne sans trop de nuages. Mais cela n’a pas suffi pour être en tête. A l’échelle nationale, la NUPES (25,66%) est au coude à coude avec les troupes d’Emmanuel Macron (25,70%), selon des résultats presque définitifs. Le report des voix venu de la droite promet, qui plus est, un second tour difficile aux candidats de Jean-Luc Mélenchon. Il lui reste une semaine pour franchir les dernières haies de cette course d’obstacles et réussir l’improbable: Passer du Cirque d’Hiver au printemps de Matignon.

À voir également sur Le HuffPostLégislatives: La NUPES a présenté son programme, on vous raconte

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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