Présidentielle en Iran: les électeurs ne croient plus aux promesses

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Le 18 juin, les Iraniens sont appelés aux urnes. Sept candidats se disputent la victoire, cinq d'entre eux font partie de l’aile dure du régime. Pour certains Iraniens, déçus et lassés par les jeux politiques du régime, il n’est plus question d’aller voter.

La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. On y voit les différents candidats à l'élection présidentielle iranienne sur une piste d’athlétisme. Le candidat ultra-conservateur et proche du guide suprême, Ebrahim Raïssi, se lance dans la course en avance puis tire l’un après l’autre sur ses adversaires, mais également sur le président sortant Rohani, et gagne la course. Le ton de cette élection est donné : pour une partie des Iraniens, les jeux sont faits, la victoire d’Ebrahim Raïssi est organisée d’avance.

« On ne se fera plus avoir ! »

À Téhéran, Vali*, pourtant habituellement impliqué dans la politique iranienne, fait partie de ces nombreux Iraniens qui ont décidé de bouder les urnes cette année, déçus par la décision fin mai du Conseil des gardiens de la Constitution d’éliminer tous les candidats réformateurs proches du président sortant Hassan Rohani, ainsi que le conservateur dit pragmatique, Ali Larijani, ancien président de l’Assemblée (Majles) et conseiller auprès du guide suprême. Tous y voit un moyen de faciliter l’accès au pouvoir d’Ebrahim Raïssi, candidat malheureux à la présidentielle de 2017. Cet ultra-conservateur, chef du pouvoir judiciaire, est également pressenti, dit-on, pour remplacer le guide suprême, Ali Khamenei âgé de 82 ans.

« À un moment donné, le régime avait besoin de quelqu’un comme Khatami, ils ont donc fait en sorte qu’il gagne. À un autre moment, il avait besoin de quelqu’un comme Ahmadinejad, ils ont fait en sorte qu’il soit élu… Est-ce qu’on peut réellement penser qu’il y a quelque chose d’autre, en dehors de ce jeu-là ? », s’interroge Vali*. « Je crois que je viens tout juste de gagner en maturité. Je n’irai pas voter cette année, je serai plus tranquille comme ça, qu’ils fassent ce qui leur chante », explique-t-il. « On ne se fera plus avoir ! », ajoute également Néda*, professeure de français à Téhéran.

Sur les réseaux sociaux de nombreux mèmes illustrent également la résignation et le désintéressement des Iraniens au scrutin, comme ce détournement du dessin-animé Tom&Jerry où l’on voit Tom menacer un Jerry indifférent avec les noms des différents candidats conservateurs. Ou encore cette internaute qui cite le philosophe Arthur Schopenhauer : « Ce sont des moutons de Panurge, qui suivent le bélier de tête, où qu'il les mène : il leur est plus facile de mourir que de penser ».

« Si on ne vote pas, il va y avoir des gens incompétents au pouvoir »

Asphyxiée par la crise économique, une inflation de 40% et une chute sans précédent du rial, la population iranienne ne croit plus aux promesses de réformes de ses dirigeants. La violente répression des manifestations de novembre 2019, le crash de l’avion de l’Ukraine International Airlines, abattu par la défense anti-aérienne iranienne, et la gestion catastrophique de la crise sanitaire – l’Iran est, en effet, l'un des pays les plus touchés par le Covid au Moyen-Orient – a fortement affaibli un régime qui semble avoir perdu sa légitimité auprès d’une grande partie de la population. L’abstention risque donc d’être particulièrement élevée cette année.

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Mais pour Mariam*, la trentaine, ne pas aller voter risque de faire plus de mal que de bien : « J’ai été choquée par la décision du Conseil des gardiens de la Constitution, surtout par l’élimination de Larijani, mais après je me suis dit si on ne vote pas, il va y avoir des gens incompétents au pouvoir, comme ça a été le cas lors du premier mandat d’Ahmadinejad et plus récemment lors des élections législatives de février 2020, où l’abstention a permis a Mohammad Ghalibaf de devenir président de l’Assemblée », regrette la jeune femme depuis Téhéran. Pour éviter l’arriver au pouvoir des conservateurs, elle ira donc voter pour le réformateur Abdolnaser Hemmati, ancien gouverneur de la Banque centrale iranienne. Un choix par défaut qu’elle assume néanmoins.

Malgré les appels des différents candidats incitant les citoyens à aller voter pour déjouer les pronostics, selon Vali, c’est toujours la même rengaine : « Ils font toujours ça : nous faire peur pour nous emmener vers les urnes (…) les réformateurs sont pires que les conservateurs et les conservateurs pires que les réformateurs. Depuis 1997 je vote pour les réformateurs, mais qu’est-ce qu’ils ont fait ces gens-là ? Non, ils sont tous pareils ! », conclut-il, résigné.

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