Présidentielle française: le vote par correspondance dope le taux de participation en prison

·3 min de lecture

Pour la première fois à une élection présidentielle, les détenus français peuvent voter directement en prison. À la maison d'arrêt de Seine-Saint-Denis à Villepinte, le vote pour le second tour avait lieu ce vendredi 22 avril. Reportage.

Abstraction faite des gardiens et des lourdes portes à barreau, le bureau de vote installé dans le gymnase de la prison ressemble à n'importe quel autre. Des affiches électorales d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen placardées aux murs. Des tables pour vérifier l’identité des votants et récupérer les bulletins de vote. Des isoloirs prêtés par la mairie de Villepinte. Et même une urne où glisser son enveloppe. Le personnel administratif de la prison et ceux des services d’insertion et de probation font office d’assesseurs.

Les prisonniers se rendent aux urnes à leur convenance, bâtiment par bâtiment. La population de la maison d’arrêt est jeune et beaucoup votaient pour la première fois. « Avant mon incarcération, je n’avais pas la tête à ça », explique l’un d’eux qui préfère rester anonyme. « Ça fait 18 mois que je suis incarcéré, j’ai eu le temps de réfléchir et quand j’ai vu que c'étaient les élections, j’ai demandé à m’inscrire sur les listes électorales. »

Tous se réjouissent de cette nouvelle modalité de vote qui leur rappelle qu’ils sont encore des citoyens. « On a un parcours à suivre, il y a un isoloir et à la fin, on met le bulletin dans la petite boîte et on nous dit qu’on a voté. C’est comme si on était dehors. On fait partie de la société et ça fait du bien. » « C’est vrai que les conditions en détention sont particulières, mais c’est important pour nous de continuer à participer à cette vie à l’extérieur qui nous attend dehors », explique Iman qui vient lui aussi de voter.

45% de participation

Ce vote par correspondance avait été expérimenté lors des élections européennes de 2019, il est depuis généralisé. « Par correspondance », parce que les bulletins sont dépouillés au ministère de la Justice. Mais pour les détenus, le processus est donc quasiment identique à celui des citoyens de l'extérieur. À l'échelle nationale, seuls 1 000 détenus avaient pu voter par procuration ou en obtenant une permission de sortie lors de la dernière présidentielle de 2017. Cette fois, grâce à ce vote par correspondance, ils ont été 11 000 à pouvoir remplir leur devoir de citoyen à l'occasion du premier tour il y a deux semaines.

À la maison d'arrêt de Villepinte, l’équipe pénitentiaire a mené un exercice de sensibilisation auprès des détenus. Elle a affiché les programmes des douze candidats. « Ils ne les connaissaient pas tous, beaucoup venaient nous voir pour nous demander : "lui, c’est qui ? C’est quoi son programme ?" Évidemment, nous n’avions pas le droit de leur donner d’indication, mais on les entendait beaucoup discuter entre eux », s’amuse Michaël Merci, le directeur de la maison d'arrêt.

Dans cet établissement rempli – comme beaucoup d'autres – à 180% de sa capacité, où les détenus sont obligés d’être à deux ou trois dans des cellules de 9 à 13 m², le travail pédagogique de l'équipe pénitentiaire s'est finalement avéré payant. « Au premier tour, sur les 600 personnes qui étaient éligibles au vote, 320 se sont inscrites volontairement. Avec le jeu des libérations et des transferts, 271 ont pu voter », poursuit le directeur de la prison. Soit un taux de participation très honorable de 45%.

Michaël Merci aurait cependant aimé faire entrer davantage la cité entre les murs de la prison. « L'idéal aurait été que chaque parti puisse venir présenter un peu ses idées. Ça n’a pas été possible cette année, entre la pandémie et la nécessité de s’assurer que tous les candidats seraient représentés, mais c’est un travail à mener pour l’année prochaine. »

L'écologie et l'emploi

Interrogés sur les critères qui ont orienté leur choix, beaucoup citent spontanément l’écologie et l’emploi. Ils sont nombreux à avoir des enfants à l’extérieur et veulent penser à l’avenir. « Je me suis intéressé à tout mais c’est vrai que pendant les débats j’ai regardé plus attentivement ce qu’ils disaient sur les prisonniers et l’incarcération », confie pour sa part Enzo qui suit une formation de peintre en bâtiment dans l’établissement et qui a profité d’une pause pour venir voter en blouse de travail.

Finalement, la seule différence dans le processus de vote est que l’enveloppe bleue où ces électeurs glissent leur bulletin est elle-même placée dans une enveloppe blanche, avec les informations relatives à l’identité du détenu. « C’est simplement pour s’assurer qu’il n’y a pas de doublon », explique le directeur. Les bulletins sont ensuite envoyés au ministère de la Justice. « Une fois que tout est contrôlé, les enveloppes avec l’identité des détenus sont détruites et tous les bulletins remis dans une urne anonyme où ils seront dépouillés dimanche de manière traditionnelle. »

Ce processus encore relativement nouveau ne s’est pas fait sans accroc. Au premier tour, l’Observatoire international des prisons a regretté l’annulation des bulletins de 500 détenus, l’administration pénitentiaire ayant oublié d’y adjoindre une preuve d’identité. L’ONG salue tout de même un progrès tout en se disant attentive à ce que cette modalité n’entraîne pas une diminution des permissions de sorties accordées aux prisonniers pour qu’ils puissent voter à l’extérieur.

Au premier tour, le vote des prisonniers qui est intégré à ceux du Ier arrondissement de Paris, où se trouve le ministère de la Justice, avait permis à Jean-Luc Mélenchon de figurer en tête de ce quartier peu résidentiel de la capitale.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles