Présidentielle : faire campagne en période de Covid-19, mission impossible?

·5 min de lecture

Si la présidentielle devrait bien avoir lieu aux dates prévues, de nombreuses difficultés pourraient se poser. Meetings, candidat malade, impossibilité d'aborder d'autres sujets... Une campagne sans précédent commence.

Alors que la situation sanitaire s'est fortement dégradée face au variant Delta et à l'arrivée d'Omicron, le gouvernement n'a officiellement aucune inquiètude sur sa capacité à organiser l'élection présidentielle. Plusieurs obstacles se dressent pourtant sur la route de cette campagne inédite, entre des meetings qui pourraient tourner au cluster, de potentiels candidats malades et la difficulté à imposer d'autres thèmes de campagne. 

Malgré ces écueils, reporter le scrutin de la présidentielle n'est pourtant pas à l'ordre du jour. 

"Ce n'est ni sur la table, ni en dessous de la table, ni dans le placard à côté de la table. Nous voterons en avril", a ainsi estimé Gabriel Attal ce mardi sur France 2.

Le porte-parole du gouvernement a aussi rappelé que la France avait voté pour les élections municipales, départementales et régionales pendant la crise sanitaire.

Vote à distance

Si l'exécutif ferme donc la porte à tout report du scrutin, Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, rencontrera tout de même en janvier Laurent Fabius, le président du Conseil constitutionnel, gardien des règles de la présidentielle, d'après une information du Parisien confirmée par BFMTV. Ce rendez-vous pourrait notamment être l'occasion de remettre sur la table la question du vote à distance pour 2022 afin de permettre aux personnes qui craignent de se contaminer dans un bureau de vote de participer au scrutin. 

Les modalités liées à la tenue des élections ne sont toutefois que l'une des embûches sur un parcours d'obstacles d'ici le premier tour du 10 avril. 

Les meetings, de "véritables machines à cluster" 

À commencer par les meetings. Les images du premier grand évènement de campagne d'Éric Zemmour ont pu interroger les experts sanitaires. On a pu y apercevoir des centaines de gens assis côte à côte, non ou mal-masqués, des personnalités sur la scène en train de chanter la Marseillaise à pleine voix sans distance de sécurité.

Des images très éloignées des consignes sanitaires actuelles, alors que la 5e vague de Covid-19 fait rage. 

"Avoir des possibilités de se croiser pour des milliers de gens dans un espace clos, sans gestes barrières, dans un moment où l'on a de grandes chances de crier et de chanter, est tout sauf une bonne idée", jugeait ainsi début décembre la spécialiste des risques sanitaires Michèle Legeas pour BFMTV.com.

L'infectiologue Gilles Pialloux, lui, y voit même de "véritables machines à cluster" en pleine cinquième vague. Pour l'instant, rien ne s'oppose cependant à leur tenue. Le Conseil constitutionnel a en effet estimé en mai dernier qu'il n'était pas possible d'exiger le pass sanitaire à l'entrée d'un événement politique ou d'un bureau de vote afin de préserver la vie démocratique. 

Aux Etats-Unis, lors de la présidentielle de 2020, Donald Trump et Joe Biden ont chacun adopté deux approches très différentes des grands raouts. Si le premier a organisé une vingtaine de meetings en trois mois, distribuant des masques aux participants mais sans obligation de le porter, le second a été très économe en grands rassemblements. 

Meetings en extérieur avec port du masque obligatoire ou encore rassemblement dans des voitures pour suivre le candidat derrière son pare-brise ont été au menu du futur gagnant. 

Des candidats très attentifs au contexte sanitaire 

En France pour l'instant, la majorité des candidats font preuve d'une grande prudence. Pass sanitaire obligatoire pour Anne Hidalgo à Perpignan, jauge en plus pour Yannick Jadot à Laon voire carrément annulation pour Valérie Pécresse qui a préféré remplacé son premier grand raout par une réunion de cadres à la Mutualité...

"Il n'est pas question que je demande le pass sanitaire" dans les meetings, a toutefois annoncé Marine Le Pen sur BFMTV le 9 décembre.

79% de chances qu'un candidat tombe malade pendant la campagne

Autre problème d'une campagne présidentielle sous fortes tensions sanitaires: la possibilité d'avoir un candidat malade, empêché pendant un certain temps de faire campagne.

"La probabilité qu'un candidat attrape (le Covid-19) pendant une campagne de 100 jours est de 79%", avance ainsi l'infectiologue Mahmoud Zureik dans les colonnes du Journal du dimanche, en se basant sur les taux d'infection actuels avec les 11 candidats actuellement connus sur la ligne de départ.

Les élus, au contact direct de nombreuses personnes, dont le nombre va encore s'accélérer pendant la campagne, sont particulièrement susceptibles d'attraper le Covid-19. Après Emmanuel Macron, diagnostiqué positif avant les vacances de Noël en 2020, Jean Castex a été malade à son tour début décembre. Le candidat à la présidentielle Nicolas Dupont-Aignan a lui aussi été testé positif il y a quelques jours. 

Parler d'autre chose 

Dernière inquiétude pour les candidats: se faire entendre sur d'autres thématiques que celles liées au Covid, dans une actualité saturée par la situation sanitaire. "On a l'impression de vivre un cauchemar, un jour sans fin", se lamente d'ailleurs un cadre du RN dans le Journal du dimanche, désespérant de pouvoir aller sur d'autres terrains.

En filigrane de la difficulté à sortir du Covid-19, se joue la crainte de l'abstention. Elle a atteint 66% lors des dernières élections régionales, expliquant notamment les mauvais scores du RN.

Les débats de la primaire écologiste en septembre ou LR en novembre ont pourtant très peu abordé ce sujet, montrant que d'autres problématiques allaient peser dans la balance. Parmi les priorités des Français, le pouvoir d'achat arrive en tête. 45% d'entre eux se disent préoccupés ou très préoccupés par cette question d'après un sondage Elabe pour BFMTV tandis que la santé est un sujet d'inquiétude pour 26% des personnes interrogées. 

La crise du Covid semble pour l'instant profiter à Emmanuel Macron qui fait pour l'instant largement la course en tête en récoltant 26% des intentions de vote au premier tour, d'après le dernière étude d'opinion Elabe pour BFMTV et L'Express.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Marine Le Pen : "Valérie Pécresse, elle n’a pas de convictions. Elle tourne, elle vire, elle n'est pas fiable... Ce serait un drame pour le pays"

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles