Présidentielle au Venezuela: l'opposition s'inquiète du rôle de l'armée, Maduro se défend

Le président du Venezuela Nicolas Maduro (c) au cours des célébrations du 213e anniversaire de l'indépendance du pays, à Caracas, le 5 juillet 2024 (Federico PARRA)
Le président du Venezuela Nicolas Maduro (c) au cours des célébrations du 213e anniversaire de l'indépendance du pays, à Caracas, le 5 juillet 2024 (Federico PARRA)

L'opposition au Venezuela s'est inquiétée vendredi du potentiel rôle de l'armée, considérée comme l'un des piliers du pouvoir du président Nicolas Maduro, dans l'élection présidentielle du 28 juillet, l'appelant à "respecter et faire respecter" les résultats du scrutin.

"Le peuple compte sur son institution militaire pour respecter et faire respecter sa volonté souveraine", a écrit le candidat de l'opposition Edmundo Gonzalez Urrutia dans une lettre ouverte diffusée sur les réseaux sociaux, à l'occasion de la fête de l'indépendance du pays, traditionnellement ponctuée par un défilé militaire.

Les forces armées "doivent être les gardiennes de notre Constitution", a encore estimé M. Gonzalez. "Je les convoque à la nouvelle étape qui s'ouvrira dans notre pays, dans laquelle elles joueront à nouveau un rôle de premier plan", a-t-il ajouté, leur promettant de ne pas les mettre à l'écart s'il arrivait au pouvoir.

"Je tiens entre mes mains (...) le bâton de commandant en chef des forces armées. Ce bâton (...) je l'ai porté avec honneur, avec honnêteté", a affirmé de son côté M. Maduro, candidat à sa réélection, qui a présidé le défilé.

"Jamais ce bâton ne tombera entre les mains d'un oligarque, d'une marionnette, d'un traître, je le jure, jamais !", a-t-il lancé. "La victoire nous appartient !"

Petits chars et troupes en armes ont paradé vendredi dans les rues, aux côtés notamment d'une section de militaires russes présents au Venezuela.

- "Chavez vit" -

Soutenu par la dirigeante de l'opposition, la charismatique Maria Corina Machado, déclarée inéligible par le pouvoir mais qui reste l'âme de la campagne, M. Gonzalez espère battre le président Maduro, qui brigue un troisième mandat après avoir succédé à son mentor Hugo Chavez (1999-2013).

Le 24 juin, au cours d'une cérémonie ayant marqué le 203e anniversaire de la bataille de Carabobo, qui a scellé l'indépendance vis-à-vis de l'Espagne, M. Maduro avait remercié les militaires pour leur "loyauté".

Président depuis 2013, il a donné un pouvoir étendu à l'armée, qui, outre son rôle traditionnel, contrôle les entreprises minières, pétrolières et de distribution de produits alimentaires, ainsi que les douanes et d'importants ministères.

L'opposition et les experts, qui évoquent des réseaux de corruption ayant enrichi de nombreux officiers, s'accordent à dire que la politisation de l'institution militaire vénézuélienne a commencé sous le président Chavez qui en était issu.

Aujourd'hui, le salut militaire actuel commence par "Chavez vit".

Les militaires se présentent dans les actes officiels comme "socialistes, révolutionnaires, anti-impérialistes et surtout profondément chavistes".

Mme Machado a souligné que le rôle de l'armée serait "crucial" dans une vidéo diffusée sur les médias sociaux. "Membres des forces armées, la nation a besoin de vous, la Constitution doit être votre guide", a-t-elle ajouté.

"Nous sommes convaincus que nos militaires garantiront une transition légitime et ordonnée (...). Je vous invite à participer de manière décisive à cet avenir imminent et lumineux. Ne nous décevez pas, nous ne vous décevrons pas !", a-t-elle dit.

Renforçant les craintes autour du scrutin prochain, le parquet a ouvert vendredi, sur demande de M. Maduro, une enquête sur un présumé projet de "déstabilisation" de l'Etat par un groupe de paramilitaires colombiens qui aurait, selon le président, été sollicité par l'extrême droite vénézuélienne.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, les "Autodéfenses conquérantes de la Sierra Nevada" disent avoir été contactées notamment pour "porter atteinte à l'infrastructure électrique, agir contre le président candidat Nicolas Maduro, agir s'il était réélu en nous infiltrant dans des manifestations et en créant le chaos dans les rues".

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