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Salvador: Triomphant, Bukele revendique la victoire avec "plus de 85% des voix"

Le président salvadorien Nayib Bukele vote avec son épouse lors des élections présidentielles et législatives dans un bureau de vote à San Salvador le 4 février 2024 (Marvin RECINOS)
Le président salvadorien Nayib Bukele vote avec son épouse lors des élections présidentielles et législatives dans un bureau de vote à San Salvador le 4 février 2024 (Marvin RECINOS)

Plébiscité pour sa guerre impitoyable contre les gangs au Salvador, Nayib Bukele a affirmé dimanche avoir remporté un second mandat dès le premier tour de la présidentielle "avec plus de 85% des voix" dimanche, se félicitant d'avoir fait de son pays "le plus sûr" du continent américain.

"Le peuple salvadorien s'est exprimé, et non seulement il s'est exprimé haut et fort, mais il s'est exprimé avec la plus grande force dans l'histoire de la démocratie dans le monde entier. C'est littéralement le pourcentage le plus élevé de l'histoire", a-t-il lancé, sous les acclamations de ses partisans réunis devant le Palais national de San Salvador, tandis que des feux d'artice retentissaient dans le pays.

Selon le Tribunal suprême électoral (TSE), organisateur du scrutin, M. Bukele est crédité de 82,9% des suffrages après le dépouillement de 31,49% des bulletins de votes.

Selon le jeune président de 42 ans, au pouvoir depuis 2019, son parti Nuevas ideas "remporte au moins 58 des 60" sièges à l'Assemblée. "Ce serait la première fois dans un pays qu'un parti unique existe dans un système pleinement démocratique", s'est enorgueilli avec un brin d'ironie celui qui se présente comme un "dictateur cool".

M. Bukele a assuré qu'il allait proroger l'état d'urgence, en cours depuis 2022, qui permet arrestations sans mandat et déploiement de l'armée dans les rues.

Grâce à ce régime d'exception, depuis près de deux ans quelque 75.000 criminels ont été envoyés derrière les barreaux. Quelques 12.500 considérés les plus dangereux membres des maras du MS-13 et du Barrio 18 sont enfermés dans une méga-prison, la plus grande d'Amérique (40.000 places), aux conditions de détention ultrastrictes.

"Nous sommes littéralement passés du pays le dangereux du monde, au pays le plus sûr de tout le continent américain", a-t-il répété sous les vivats de plusieurs milliers de sympathisants scandant son nom.

Les statistiques gouvernementales plaident pour lui. Le taux d'homicide a été réduit à 2,4 pour 100.000 habitants en 2023, contre 87 pour 100.000 en 2019. Les meurtres imputables aux maras, les gangs locaux, sont passés de plus de 800 en 2019 à 57 l'année dernière, selon l'ONG Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled).

"Nous sommes plus qu'heureux de cette victoire, on va avoir Bukele pendant encore cinq ans", a dit tout sourire à l'AFP Lorena Escobar, une infirmière de 38 ans venue l'écouter en famille.

- "Cancer des gangs" -

L'ambassade de Chine au Salvador a rapidement envoyé ses "sincères félicitations (...) pour la victoire historique", disant être "à disposition pour renforcer les liens d'amitié et de coopération bilatérale entre les deux pays".

La Chine a financé l'intégralité des 54 millions de dollars de l'immense moderne bibliothèque dans le centre historique de San Salvador, au côté du Palais national.

"Le Salvador est un élément de soutien de la Chine dans le rapport de force sino-américain dans la région", note pour l'AFP Christophe Ventura, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris, qui pointe "un positionnement de Bukele assez atypique en Amérique centrale".

En milieu de journée, M. Bukele avait, tout sourire, casquette blanche sur la tête, jean et polo bleu, voté au côté de son épouse, Gabriela Rodriguez. Il s'était ensuite félicité lors d'une  conférence de presse d'avoir vaincu le "cancer" des bandes criminelles.

"Le Salvador était atteint de métastases mais on a pratiqué une chirurgie, en ce moment nous sommes en phase de traitement mais nous allons nous en sortir en bonne santé, sans le cancer des gangs (...) Il nous reste à nous remettre et récupérer", a-t-il expliqué.

Il a balayé les reproches de ses détracteurs, qui dénoncent une dérive autoritaire d'un chef de l'Etat qui concentre désormais tous les pouvoirs. Après avoir fait remplacer les juges de la Cour suprême et le procureur général, il a pu contourner la Constitution, qui interdit les mandats consécutifs, en prenant un congé de six mois avant le vote.

"Nous ne remplaçons pas la démocratie, parce que le Salvador n'a jamais eu de démocratie. Pour la première fois dans l'histoire, le Salvador a une démocratie, et ce n'est pas moi qui le dis, c'est le peuple", a-t-il affirmé.

bur-lab/pz