Présidentielle au Congo-Brazzaville: journée de vote marquée par une faible mobilisation

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Près de 2,5 millions d'électeurs congolais étaient appelés aux urnes ce dimanche 21 mars dans plus de 5 700 bureaux de vote pour élire le chef de l'État. Au total, sept candidats sont en lice, dont le président sortant Denis Sassou-Nguesso, qui cumule 36 ans à la tête du pays. Un élément notable toutefois : l'un des principaux adversaires du président, Guy-Brice Parfait Kolélas, contaminé par le Covid-19, est en route pour Paris pour y être soigné.

La journée a surtout été marquée par une coupure totale d'Internet intervenue dans la nuit de samedi à ce dimanche, sans préavis et pour laquelle les autorités n’ont donné, jusqu'en cette fin de journée, aucune explication officielle. L’information de l’intérieur du pays notamment remonte donc difficilement, d’autant que l’église catholique qui prévoyait de déployer des milliers d’observateurs dans le pays s’est vu refuser l’autorisation de le faire.

Néanmoins on peut dire que globalement le vote s’est déroulé dans le calme avec tout de même quelques difficultés logistiques signalées par endroits, comme par exemple des électeurs qui n’ont pas retrouvé leurs noms sur les listes d’électeurs ou encore des bureaux de vote qui, faute de matériel, n’ont ouvert que dans l’après-midi, sans que l’on puisse évaluer, en cette fin de journée, l’ampleur de ces dysfonctionnements.

A Brazzaville et à Pointe Noire, les observateurs notent surtout jusqu’à présent, le peu d’engouement des électeurs. Pas de longue files d’attente comme cela s’était produit en 2016.

« Un vote endormi »

La ronde faite par notre correspondant Loïcia Martial, dans la matinée, a également montré, un peu partout, que ce n’était pas l’affluence des grands jours. Il était en effet difficile de voir de longues files d’attente dans les bureaux de la capitale, entre 8 heures et 12h30. C’était un peu le même décor du côté de Pointe-Noire. « C’est un vote endormi, pas d’engouement », nous a expliqué un confrère de la presse locale, joint au téléphone.

A Gamboma, au centre, le fief de l’opposant Mathias Dzon, un responsable du bureau, également joint au téléphone, nous a également laissé entendre que le vote était timide.

Pas de longues files d’attente donc. Il faut dire qu’un climat de « résignation » a régné sur la campagne, selon plusieurs sources diplomatiques alors que l’opposition semble affaiblie et que deux des anciens candidats de 2016 considérés comme de sérieux opposants sont toujours en prison.

Le président sortant Denis Sassou-Nguesso a voté après 11h30. Il s’est exprimé sur l’état de santé de son principal adversaire Guy-Brice Parfait Kolélas, hospitalisé après avoir été testé positif au Covid-19 vendredi.

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Kolélas évacué dans la journée vers la France

Selon son entourage, Guy-Brice Parfait Kolélas, 60 ans, était ce dimanche matin toujours sous assistance respiratoire mais conscient et dans un « état stable ».

L’avion médicalisé spécialement affrété pour son évacuation vers la France est arrivé à Brazzaville dans la nuit. L'opposant – qui possède la nationalité française – doit être soigné à Paris. Sa famille espérait qu’il pourrait décoller de Brazzaville en fin de matinée ; le départ a finalement été reporté à 18h, le temps pour l’équipage de se reposer.

Initialement hospitalisé dans une clinique privée où il a été diagnostiqué positif au Covid-19, l’opposant a été transféré, depuis, vers l’unité Covid du CHU de Brazzaville. Il est actuellement en route pour Paris pour y être soignée, à bord d’un avion médicalisé, spécialement affrété, qui a quitté Brazzaville peu après 16h00.

L’opposant était apparu de plus en plus affaibli au cours de cette campagne présidentielle. Son entourage a d’abord évoqué une grippe puis un paludisme. Mais l’inquiétude a monté lors de son meeting d’Owando qu’il a dû animer sur une chaise.

Son état s’est encore dégradé vendredi. Il a dû renoncer à son meeting de clôture pour être hospitalisé. Dans un message vidéo enregistré depuis son lit d’hôpital et diffusé samedi soir, il apparaît épuisé, assisté d’un respirateur et affirme « lutter contre la mort », tout en appelant les Congolais à se rendre aux urnes ce dimanche.