Présidentielle au Brésil : Lula élu sur le fil, Bolsonaro n'a toujours pas reconnu sa défaite

C'est un come-back historique pour Lula da Silva, élu pour un 3e mandat au Brésil. Après le dépouillement de la totalité des bulletins de vote, le leader de la gauche totalise 50,9 % des suffrages contre 49,1 % pour Jair Bolsonaro au second tour de l’élection présidentielle brésilienne, selon les résultats officiels.

"Le Brésil est de retour"

"Aujourd'hui, nous disons au monde entier que le Brésil est de retour, que le Brésil est trop grand pour être relégué à ce triste rôle de paria du monde", a dit Lula da Silva lorsqu'il s'est exprimé face à la foule rassemblée pour sa victoire.

L'ex-sidérurgiste de 77 ans, qui avait connu la prison pour corruption (2018-2019) avant de voir ses condamnations annulées par la justice, effectue un spectaculaire retour à la tête d'un pays en crise.

Acclamé par une impressionnante marée rouge de centaines de milliers de partisans massés sur l'Avenida Paulista de Sao Paulo, Lula a prôné la "paix et l'unité" après son élection d'une courte tête à la présidence du Brésil.

Il s'est toutefois dit "inquiet" du silence assourdissant de son adversaire, le président sortant Jair Bolsonaro, qui n'avait toujours pas reconnu sa défaite plus de quatre heures après le résultat.

De la prison au troisième mandat

C'est un come-back historique pour cet ancien métallo de 77 ans, qui débutera le 1er janvier son troisième mandat, 12 ans après avoir quitté le pouvoir sur une popularité record (87%).

Mais aussi après être passé 580 jours par la case prison, après des condamnations pour corruption finalement annulées pour vice de forme.

"On m'avait enterré vivant!", a lancé l'icône inoxydable de la gauche, qui a comparé sa victoire à une "résurrection".

"Dans n'importe quel pays au monde, le candidat défait m'aurait déjà appelé pour reconnaître sa défaite. Il ne m'a toujours pas appelé, je ne sais pas s'il va appeler et s'il va reconnaître" sa défaite, a déclaré Lula s'adressant à ses partisans.

"J'aimerais bien être juste heureux, mais je suis moitié heureux, moitié inquiet", a-t-il insisté.

Le silence du chef de l'Etat sortant était troublant, y compris sur les réseaux sociaux, ou il est d'habitude très actif. C'est la première fois qu'un président brésilien échoue dans sa tentative de réélection.

Espoir d'une "saine transition"

Les Bolsonariste, eux, étaient particulièrement amers.

"Je suis révoltée, le peuple brésilien ne va pas avaler une élection manipulée comme cela et remettre le pays entre les mains d'un bandit. Bolsonaro doit agir vite, sinon, on ne pourra plus rien faire", dit Ruth da Silva Barbosa, enseignante de 50 ans, dépitée après avoir suivi le dépouillement à Brasilia.

Mais plusieurs alliés importants de Jair Bolsonaro ont reconnu sa défaite, comme l'ancien juge anticorruption Sergio Moro. "La démocratie est ainsi. Je serai dans l'opposition en 2023", a tweeté celui qui avait envoyé Lula en prison.

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Les partisans du président brésilien Jair Bolsonaro pleurent en écoutant les résultats partiels après la fermeture des bureaux de vote - Ton Molina/Copyright 2022 The AP. All rights reserved

Douze gouverneurs d'Etats brésiliens ont également été élus dimanche, dont le bolsonariste Tarcisio de Freitas dans l'Etat de Sao Paulo, le plus peuplé et le plus riche du Brésil.

Bolsonaro muré dans le silence

Avec un scrutin très serré, la déception est grande pour les partisans du candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Le Brésil est donc suspendu à sa réaction. Jair Bolsonaro est muré dans le silence depuis l'annonce du résultat et qui n'a toujours pas reconnu sa défaite.

"Le pire qui puisse arriver serait que les Brésiliens aillent se coucher sans entendre la position de leur président (Bolsonaro), ce qui sèmerait le doute sur son acceptation du résultat" de l'élection, disait ce dimanche soir à l'AFP Leandro Consentino, politologue de l'Université privée Insper de Sao Paulo.

Or les lumières du Palais de l'Alvorada se sont éteintes tôt dimanche soir et selon Lauro Jardim, éditorialiste généralement bien informé du quotidien O Globo, le président défait aurait refusé toute visite après le résultat et serait allé se coucher.