Comment Trump a pu revendiquer la victoire de manière prématurée

Hugues Garnier
·5 min de lecture
Donald Trump le 4 novembre 2020 à la Maison Blanche. - Mandel Ngan
Donald Trump le 4 novembre 2020 à la Maison Blanche. - Mandel Ngan

Un discours lacunaire, au cours duquel Donald Trump a revendiqué sa victoire - même si le décompte était toujours en cours dans plusieurs États-clés. Alors que Joe Biden affirmait dans la nuit de mardi à mercredi être "en bonne voie" pour gagner l'élection, l'actuel locataire de la Maison Blanche a dans la foulée affirmé avoir d'ores et déjà remporté la présidentielle américaine.

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Paradoxalement, Donald Trump a dénoncé lors de ce discours de victoire des "fraudes" affectant le scrutin et a annoncé vouloir saisir la Cour suprême pour arrêter le comptage. Une posture que tient depuis plusieurs semaines déjà le président américain.

• Une guerre des chiffres

Au cours de sa prise de parole, Donald Trump a souligné l'avance qu'il avait sur son adversaire démocrate dans plusieurs États aux nombreux grands électeurs.

"On a gagné au Texas de 700.000 voix et ça on ne le voit même pas dans les statistiques", a affirmé le locataire de la Maison Blanche.

À l'heure où Donald Trump s'exprimait, sa victoire indéniable dans cet État avait pourtant déjà été annoncée par plusieurs médias, dont CNN. Et il était relativement aisé de précisement suivre le nombre exact de voix remportées par le président américain dans ce bastion républicain, où les sondages annonçaient une bataille plus serrée qu'à l'habitude.

La carte interactive de CNN donne, à 11h30 heure de Paris, plus de 5,8 millions de voix pour Donald Trump contre un peu plus de 5,1 millions pour son adversaire démocrate. Des chiffres transparents, accessibles et mis en avant par les chaînes américaines, bien qu'encore incomplets, puisque le dépouillement complet des bulletins est toujours en cours - il reste encore 4% des bulletins à comptabiliser au Texas.

Dans d'autres États aux électeurs cette fois plus vacillants, Donald Trump affirme là encore détenir une confortable avance sur Joe Biden. 100.000 voix dans le Wisconsin , 300.000 au Michigan, 690.000 voix en Pennsylvanie... Des chiffres exacts à l'heure où le président s'est exprimé mais non définitifs: à 11h30, heure de Paris toujorus, 89% des bulletins ont été dépouillés dans le Wisconsin, 74% en Pennsylvanie et 78% dans le Michigan selon CNN.

• Des résultats loin d'être définitifs

Qu'importe pour Trump qui estime disposer de suffisamment de voix de réserves pour l'emporter dans ces États face à Biden.

"Ils ne pourront pas nous rattraper" a assuré Donald Trump à propos de la Pennsylvanie avant d'indiquer qu'"on va sans doute creuser l'écart".

Une prévision optimiste pour le président qui a considéré par la même occasion pouvoir rattraper Biden en Arizona. "Les chiffres ont considérablement baissé, l'écart s'est rétréci", a affirmé Donald Trump.

"Dans les États où il est en tête, il dit qu'il faut arrêter de compter. Dans les Etats où il est perdant il dit que rien n'est fait et qu'il faut continuer à voter", note sur BFMTV Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis à l'Iris.

Plusieurs médias américains ont toutefois annoncé quelques minutes après l'allocution du président américain que l'Arizona avait été remporté par son adversaire. Joe Biden récupèrerait ainsi 11 grands électeurs, une belle prise pour les démocrates dans ce bastion républicain.

Dans les autres États mentionnés par Donald Trump, l'écart s'est resserré: à 11h30, heure de Paris, Joe Biden dispose ainsi d'une légère avance dans le Wisconsin, avec 49,3% des voix contre 49,0% pour le président américain. Dans le Michigan, ce dernier a encore 200.000 voix d'avance, mais un cinquième des bulletins restent à dépouiller.

• Une victoire annoncée sans majorité des grands électeurs

Là où Donald Trump étonne le plus, c'est dans ses propres contradictions. Après avoir donc expliqué attendre de voir l'écart se creuser dans les États où il est en tête, il annonce dans le même temps sa victoire comme étant déjà acquise.

"Nous allons gagner et en ce qui me concerne nous avons déjà gagné", a déclaré sans retenue le président depuis la Maison Blanche alors que le décompte des voix se poursuit dans de nombreux États américains et pourrait durer plusieurs jours.

"Comme le dépouillement n'est pas terminé il ne peut pas dire qu'il a gagné", note Ulysse Gosset. "La photographie actuelle est trompeuse. On ne sait pas exactement où on en est, on est en territoire inconnu. Et c'est là dessus que joue Donald Trump".

L'éditorialiste international de BFMTV souligne également le discours plus nuancé de son vice-président Mike Pence qui pour sa part estime que la réélection de son président est "dans de bonnes voies". Le candidat républicain n'a en effet pas encore recueilli les 270 électeurs nécessaires pour avoir la majorité absolue au collège électoral, chargé d'élire in fine le président des États-Unis.

• Une "fraude" jusqu'ici non prouvée

Acter sa victoire avant l'heure. Une communication qu'a choisi de mener Donald Trump face à la crainte du résultat de la prise en compte des votes par correspondances ou anticipés. Alors que le candidat républicain à appelé les électeurs à se déplacer pour aller voter, les démocrates les ont enjoint d'user de ce dispositif en raison de la pandémie de coronavirus.

"Il a 700.000 voix d'avance en Pennsylvanie mais avec le vote par correspondance il y a environ 1,4 million de bulletins à dépouiller. D'après certaines estimations, ce serait deux tiers de bulletins démocrates, cela ferait plus de voix pour Biden", calcule François Durpaire ce mercredi matin.

Pour Donald Trump, qui a dénoncé à de multiples reprises le vote par correspondance, pas de doute, "c'est de la fraude, avec une cible: le peuple américain". Une "honte" pour le pays selon le président accusateur qui n'a jusqu'ici pas apporté la moindre preuve d'une quelconque fraude électorale. "Nous irons à la Cour Suprême des États-Unis. Nous souhaitons que les votes soient arrêtés", a par ailleurs réclamé Donald Trump qui ne dispose pas du pouvoir d'interrompre le dépouillement des bulletins.

Car si cette projection sur les votes par correspondance se réalise en Pennsylvanie, elle pourrait également se concrétiser dans les autres Etats aux résultats encore incertains. Il y a quelques heures le Wisconsin semblait acquis pour Trump, il se rapproche désormais de l'escarcelle de Biden.

Article original publié sur BFMTV.com