Présidentielle américaine: une transition sur le fil du rasoir entre Biden et Trump

Clarisse Martin
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Le candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden, à Wilmington, et le président républicain sortant Donald Trump, à Washington, le 4 novembre 2020 - ANGELA  WEISS, MANDEL NGAN © 2019 AFP
Le candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden, à Wilmington, et le président républicain sortant Donald Trump, à Washington, le 4 novembre 2020 - ANGELA WEISS, MANDEL NGAN © 2019 AFP

Le 20 janvier prochain, Joe Biden prêtera serment lors de l'Inauguration Day et deviendra le 46e président des États-Unis. La victoire du démocrate, actée samedi, était attendue, pressentie, mais nul n'avait prédit que le scrutin serait si serré, témoignant d'une société américaine profondément divisée voire fracturée, et de la vigueur du trumpisme qui n'a pas poussé son dernier souffle avec la défaite. Le président sortant Donald Trump a ainsi récolté quelque 70 millions de suffrages, contre 74 millions pour le vainqueur.

Une participation record, avec un nombre tout aussi remarquable de votes par correspondance, largement adopté cette année en raison de la crise sanitaire mais décrié par Donald Trump. Un type de vote qui a conduit à un dépouillement fastidieux - à cette heure toujours en cours - mais qui avait suffisamment progressé samedi pour projeter la victoire de Joe Biden de manière certaine.

Une campagne virulente

Une victoire que Donald Trump ne digère pas. Après une campagne tendue, émaillée de passes d'armes et attaques ad personam, l'attitude de Trump semble poser les jalons d'une transition sous tension, alors qu'elle constitue traditionnellement une période de coopération entre les deux leaders, ou tout du moins leurs équipes.

Le milliardaire s'était rendu samedi à son golf de Sterling, en Virginie, lorsqu'il a pris connaissance du verdict des urnes, effectuant sa première sortie de la Maison Blanche depuis le jour du scrutin.

Dans le même temps, la liesse de l'Amérique démocrate éclatait dans les rues de grandes villes, alors que des militants pro-Trump refusaient de reconnaître la défaite de leur champion via les hashtags #StopTheSteal [arrêtez le vol] ou #AuditTheVote [examen du vote], galvanisés par la posture adoptée de Trump depuis mercredi.

Au lendemain du scrutin, mercredi, Donald Trump avait revendiqué la victoire et annoncé des recours en justice, qui ont peu de chance d'aboutir, mais participent d'un climat de tension. "J'ai gagné cette élection, de loin!" a réitéré Donald Trump sur Twitter samedi, peu avant l'annonce des résultats. Depuis lors, comme il en est l'usage à Washington, bien que ce ne soit pas une obligation formelle, Donald Trump n'a pas concédé sa défaite, entérinant cette position dans un communiqué.

Dispersion des républicains

À cette heure, les prochaines semaines semblent largement suspendues à l'attitude de Donald Trump au cours des jours à venir et de son acceptation - ou non - de sa défaite.

Selon Kaitlan Collins, correspondante de CNN à la Maison Blanche, le gendre de Donald Trump et mari d'Ivanka Trump, Jared Kushner, aurait entretenu son beau-père de la reconnaissance de sa défaite, a-t-elle écrit sur Twitter. Au sein du parti républicain, de nombreuses voix gardent le silence ou récusent les accusations de fraude proférées par Donald Trump.

"Cette élection n'est pas terminée", a écrit Donald Trump dans son communiqué aux airs de mise en garde, faisant écho à ses tweets rageurs. D'après CNN, ce dernier n'avait pas préparé de discours en cas d'échec.

En dépit de ces protestations, le président-élu Joe Biden a amorcé samedi son accession au pouvoir. Coopération ou non avant la passation, il a d'ores et déjà annoncé la mise en place d'une cellule de crise sur le Covid-19 dès ce lundi, chargée de bâtir un plan "qui entrera en vigueur dès le 20 janvier 2021".

Selon Le Parisien, depuis 223 ans et la passation entre George Washington et John Adams, les États-Unis d'Amérique n'ont eu de cesse de vivre des périodes de transition pacifiées. Dans un article paru vendredi, le New York Times soulignait que l'équipe de Joe Biden s'était préparée à plusieurs éventualités, dans le cas où Donald Trump ne reconnaîtrait pas sa défaite et que son administration refusait de coopérer.

Vœu d'unité

Vendredi, Andrew Bates, un porte-parole de Joe Biden, avait déclaré que "les autorités américaines [étaient] parfaitement capables d'expulser les intrus de la Maison Blanche", dans le cas où le président sortant - ce qui semble toutefois farfelu - refusait de quitter la résidence officielle du chef d'État américain.

Samedi, dans un tweet, Joe Biden a fait voeu d'unité, promettant d'être "le président de tous les Américains, que vous ayez voté ou non pour moi". Plus tard, en s'adressant à la Nation, le démocrate a réitéré, se présentant en président "qui rassemble et non pas qui divise".

"Il n'y a pas d'États bleus ou d'États rouges, il n'y a que les États-Unis d'Amérique. (...) Il ne faut pas traiter nos adversaires comme des ennemis, ce sont des Américains. (...) Il est temps de guérir les États-Unis", a prôné Joe Biden.

Reste à savoir maintenant, si cette main tendue contribuera à permettre une passation apaisée. Selon CNN, une transition avec une éventuelle administration Biden était toutefois envisagée et préparée depuis des mois avec l'aide de hauts responsables de l'administration Trump.

Article original publié sur BFMTV.com