Présidentielle américaine : ces sondeurs qui font rêver Donald Trump

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Deux instituts de sondage - Rasmussen Group et Trafalgar Group - se distinguent du lot des sondeurs qui donnent le candidat démocrate Joe Biden gagnant lors de l’élection présidentielle de mardi. Selon eux, la course est beaucoup plus serrée qu’on pourrait le croire. Mais leurs arguments, repris par Donald Trump, laissent de nombreux observateurs sceptiques.

Un avantage au niveau national et dans la plupart des États clés. La majorité des sondeurs a beau donner une confortable avance au candidat démocrate Joe Biden dans les intentions de vote, Donald Trump ne manque pas une occasion de répéter que “ses” chiffres à lui prévoient qu’il remportera l’élection présidentielle du 3 novembre.

“Les VRAIS sondages me donnent maintenant gagnant”, tweetait encore le président le 27 octobre. Dans l’océan des instituts qui anticipent une victoire de Joe Biden, Donald Trump peut, en effet, s’appuyer sur quelques îlots de résistance, qui le voient au coude à coude et même avec un léger avantage face à son adversaire démocrate.

Des instituts qui avaient vu juste en 2016

Les deux principaux sondeurs qui font rêver le président Trump à un second mandat sont Rasmussen Reports et Trafalgar Group. Des noms moins établis que les Gallup, Ipsos ou encore YouGov, mais qui ne doivent pas être ignorés pour autant. Ils ont l’avantage d’être parmi les seuls à avoir vu juste lors de la dernière élection présidentielle américaine.

Rasmussen Reports avait bien mieux prévu que ses concurrents le score final d’Hillary Clinton - l’adversaire démocrate de Donald Trump en 2016 -, tandis que Trafalgar Group avait réussi à anticiper le succès du candidat républicain dans des États clés où personne n’avait misé sur lui.

Dans son tweet du 27 octobre, Donald Trump fait, d’ailleurs, expressément référence à Rasmussen Reports qui, ce jour-là, donnait un léger avantage au président sortant. C’est même devenu l’institut de sondage le plus cité par le président, a noté le Washington Post.

Établi en 2003 dans le très démocrate État du New Jersey, Rasmussen Reports s’est bâti une solide réputation dans les cercles conservateurs au fil des ans. “C’est devenu leur boussole en matière de sondage”, écrivait en 2010 le magazine de centre gauche The New Republic, tandis que deux ans plus tard, le Washington Post qualifiait ces sondeurs d’”antidote aux instituts traditionnels pour les républicains”.

Durant les deux mandats de Barack Obama, le Rasmussen Report avait systématiquement donné un taux d’opinions favorables moins élevé pour le président démocrate que ses concurrents. Et il fait l’inverse depuis que Donald Trump a hérité des clés de la Maison Blanche.

“Probables votants” et “électeurs timides”

Ce biais pro-républicain provient en grande partie de la manière dont cet institut mène ses études d’opinion, écrit Nate Silver, le gourou américain des sondages. Le Rasmussen Report ne retient que l’opinion des “probables votants”, alors que la plupart des autres sondeurs s’intéressent à l’ensemble des inscrits sur les listes électorales, rappelle le site américain d’information politique The Hill.

Le Rasmussen Report assure que les prévisions sont plus précises en ne se souciant que de l’avis de ceux qui se déplaceront à coup sûr le jour du scrutin. Mais les détracteurs de cette approche, à commencer par Nate Silver, soulignent que les électeurs républicains sont, traditionnellement, plus mobilisés que les démocrates. Une méthode qui tendrait, donc, à sur-représenter le camp conservateur.

Preuve des limites de ces sondages : le Rasmussen Report a raté l’ampleur de la vague bleue lors des élections de mi-mandat en 2018 qui avait permis aux démocrates de devenir majoritaires au sein de la Chambre des représentants.

Le Trafalgar Group, l’autre institut à prédire une victoire de Donald Trump mardi, n’a pas non plus brillé en 2018, se plaçant parmi les cinq instituts de sondage les moins fiables de l’époque. Mais cette fois-ci, leur méthode leur donnerait un avantage sur tous les autres sondeurs, a assuré Robert Cahaly, fondateur du Trafalgar Group, lors de ses nombreuses interventions dans les médias.

Quel est son ingrédient secret ? Il assure être le seul à prendre sérieusement en compte le fait que les électeurs mentent aux sondeurs. Il y aurait un “désir d’être socialement accepté” qui pousse les partisans de Donald Trump à ne pas dire qu’ils ont l’intention de voter pour lui, explique-t-il au Wall Street Journal.

Alors qu’il y a quatre ans, les sondeurs n’avaient pas compris à quel point Donald Trump était populaire dans certains milieux, aujourd'hui, ils sous-estimeraient le nombre d’électeurs qui n’osent pas être associés à quelqu’un “que les médias établis ont passé leur temps à décrire comme un raciste, un menteur, un dictateur en herbe et un bouffon”, poursuit-il. Ce serait particulièrement vrai dans ces fameux “swing states” qui réserveraient, cette fois-ci encore, des mauvaises surprises à ceux qui prédisent une défaite à Donald Trump.

Cette idée d’une armée d’”électeurs timides” en passe de faire, une nouvelle fois, mentir les sondages a provoqué un féroce débat dans le petit monde des enquêtes d’opinion, souligne le site Slate. Les sondages de Trafalgar Group ont, en effet, produit des résultats particulièrement étonnants qui, s’ils étaient avérés, constitueraient une révolution dans les comportements électoraux américains. Cet institut affirme, en effet, que près de 30 % des électeurs démocrates dans certains États clés seraient prêts à voter Trump cette fois, tout comme plus de 15 % de l’électorat afro-américain, souligne le site The Street. “C’est du grand n’importe quoi”, affirme Nate Silver. Mais une victoire de Donald Trump en 2016 n’avait-elle pas, elle aussi, été jugée absurde ?