Présidentielle américaine : qui sont les "poll workers", ces volontaires chargés du dépouillement ?

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Alors que les opérations de dépouillement se poursuivent vendredi aux États-Unis, des milliers d'agents électoraux continuent de se mobiliser pour compter l'ensemble des bulletins de vote. Parmi eux, des fonctionnaires, mais aussi des volontaires souvent rémunérés.

Trois jours après le scrutin présidentiel aux États-Unis, des milliers de caisses d’enveloppes contenant des bulletins de vote envoyés par courrier trônent dans de nombreux centres de vote. Les caisses sont ouvertes et les bulletins dépouillés par une armée de petites mains selon un système bien différent de ce que nous connaissons en France.

Cette année, quelque 64 millions d’Américains ont voté par correspondance, ce qui, en France, n’est plus possible depuis 1975 (à l’exception des citoyens expatriés). Un record, notamment lié à la crise du Covid-19, qui conduit à un allongement du décompte des votes. Les agents de dépouillement doivent vérifier la validité des bulletins – la date limite d’envoi était fixée à mardi dans la plupart des États, bien que d’autres, comme la Pennsylvanie, aient consenti à quelques assouplissements – puis insérer les bulletins dans une machine de comptage.

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Mais en raison de la crise sanitaire et des craintes quant aux risques de contamination (les bénévoles étant souvent des retraités), l’élection présidentielle de cette année a été marquée par une pénurie de ces petites mains. Aussi, face à l’engouement suscité par ce scrutin et à l’augmentation exponentielle des votes par correspondance, les États ont dû faire appel à davantage de volontaires. Des volontaires au cœur du processus électoral, pour la plupart employés temporaires à temps partiel, et dont la rémunération varie selon les États, voire les comtés.

175 dollars par jour à Los Angeles, 2 800 pour dix jours à New York

"Comme pour la plupart des choses dans le déroulement des opérations de vote – avant et après –, aux États-Unis, tout dépend de l’État dans lequel on se trouve", explique Marie-Christine Bonzom, politologue, journaliste et spécialiste des États-Unis, contactée par France 24. Les modalités du vote et du dépouillement sont en effet fixées par les États de la fédération, de même que le recrutement et la rémunération des assesseurs et des agents chargés du dépouillement.

De manière générale, ces agents sont rémunérés, à la différence de ce qui se fait en France. D’où leur nom de "poll workers", précise Marie-Christine Bonzom, qui a vécu plus de vingt ans à Washington. "Lors du dépouillement, des agents publics travaillent pour le bureau des élections de l’État en question, mais ces 'election boards' ont des budgets très restreints depuis des décennies", poursuit-elle, ajoutant que ce recours aux bénévoles est, de fait, de plus en plus accru.

"Ces bénévoles reçoivent une petite indemnisation qui peut aller jusqu’à 175 dollars pour la journée à Los Angeles, et jusqu’à 2 800 dollars pour dix jours de travail à New York", détaille-t-elle. À Philadelphie (Pennsylvanie), le salaire des agents électoraux a été augmenté en raison du risque lié au coronavirus, et s’élève à 250 dollars la journée. Dans tous les cas, "cela coûte moins cher que de recruter des agents [fonctionnaires] en bonne et due forme qui sont payés à temps plein", affirme Marie-Christine Bonzom, qui a par ailleurs couvert sept présidentielles américaines et cinq présidents américains, de George Bush père à Donald Trump.

Davantage de jeunes

Dès août 2020, face à la pénurie de personnel électoral dans certains États, une journée nationale de recrutement des agents électoraux (National Poll Worker Recruitment Day) a été organisée. Au travers d’une mobilisation baptisée "Power the Polls", plusieurs grandes entreprises, notamment des enseignes de prêt-à-porter, ont promis d’offrir des congés payés à ceux de leurs employés qui rejoindraient le dispositif en tant que volontaires.

En septembre, quelque 350 000 agents électoraux supplémentaires ont été embauchés par les autorités locales grâce à cette mobilisation.

Au total, pas moins de 500 000 personnes se sont inscrites pour la première fois pour devenir agent de vote par le biais du recrutement de "Power the Polls", et plus de la moitié d'entre elles ont moins de 40 ans, selon le magazine Time. De quoi faire baisser la moyenne d'âge des agents électoraux, dont 85 % étaient âgés, lors de la présidentielle de 2016, de plus de 60 ans, selon la Commission d'assistance électorale des États-Unis (EAC). Mais surtout de compenser l'absence de bon nombre de ces volontaires âgés qui n'ont pu aider aux opérations de vote en raison de leur risque accru de contracter le Covid-19.