Présidentielle américaine: Joe Biden peut-il encore se retirer après son débat raté contre Donald Trump?

Un débat raté qui sème la panique chez les démocrates. En affrontant précocement Donald Trump dans la campagne, Joe Biden devait couper court aux inquiétudes sur son âge et rassurer l'Amérique sur sa capacité à assurer un nouveau mandat.

C'est tout l'inverse qui s'est passé jeudi 27 juin sur le plateau de CNN. La voix enrouée et hésitante, le président américain est apparu fébrile et embrouillé, contrastant avec le ton résolu et énergique de son adversaire républicain.

Peinant parfois à finir ses phrases, le candidat démocrate s'est laissé dominer par un Donald Trump plus posé qu'à l'accoutumée, canalisé par les règles strictes imposées aux débatteurs. Résultat: 67% des téléspectateurs estiment que c'est Donald Trump qui a remporté l'échange, selon un sondage de CNN.

"Début laborieux"

Pour les démocrates, le service après-vente est difficile. Lors d'un déplacement de campagne, Joe Biden a affirmé vendredi s'en être "bien sorti", concédant qu'il était "difficile de débattre contre un menteur". La vice-présidente Kamala Harris a de son côté reconnu que le chef d'État américain avait fait un début "laborieux", mais estimé qu'il avait fini "en force".

En coulisses pourtant, c'est bien la panique qui s'installe. Alors que la presse américaine parle d'une performance "terrible" voire "éprouvante à regarder", un cadre du parti à l'âne confie à CNN avoir du mal à "affirmer que Joe Biden devrait être notre candidat".

Si l'âge de Joe Biden est depuis longtemps un boulet aux pieds des démocrates, le débat a exacerbé toutes les craintes. Au point de relancer l'hypothèse de la mise en retrait du président.

Un remplaçant à trouver avant le 19 août

En théorie, il est possible - selon les statuts du parti - de choisir un autre candidat avant et même après la Convention démocrate qui est censée entériner le choix du prétendant à la Maison Blanche le 19 août prochain, bien qu'il soit peu probable qu'un changement de candidat survienne une fois la Convention passée.

En pratique, "il y a de grandes chances pour qu'il ne se passe rien", estime Olivier Richomme, professeur de civilisation américaine à l’université Lumière Lyon-2.

Joe Biden a en effet remporté près de 90% des quelque 4.000 délégués en jeu lors des primaires démocrates. Élus sur le nom du président, ils devraient sauf énorme surprise voter pour lui à la convention.

Pour que Joe Biden soit mis de côté, "il faudrait que ça vienne de lui", indique Olivier Richomme. "S'il se désiste, la convention devient 'ouverte' (brokered) et les délégués pourront choisir un autre candidat", explique le spécialiste des États-Unis.

Dans ce scénario, inédit dans l'histoire moderne du parti démocrate, les "super délégués" joueraient un rôle important. Il s'agit de membres du parti, nommés automatiquement sans avoir été élus contrairement aux délégués "classiques". "Ce sont des professionnels de la politique qui avec leur réseau peuvent avoir une forte influence sur le choix du candidat", détaille Olivier Richomme.

"Seuls Jill et Barack peuvent lui dire"

Un désistement de Joe Biden serait quoi qu'il en soit un coup de tonnerre et déclencherait une campagne expresse et acharnée dans le camp démocrate. En coulisses, plusieurs personnalités nourrissent déjà des ambitions personnelles: la vice-présidente Kamala Harris, la gouverneure du Michigan Gretchen Whitmer, le gouverneur de Californie Gavin Newsom ou celui de Pennsylvanie Josh Shapiro. Parmi eux, aucun n'a pour l'instant publiquement exprimé de réserve sur la candidature du président.

En l'état, Joe Biden ne semble pas vouloir céder sa place. "Si les sondages plongent dans les prochains jours, il y aura peut-être assez de pression sur lui et son équipe pour qu'il considère de se retirer", avance Olivier Richomme.

"Seuls Jill (Biden, son épouse) et Barack (Obama) peuvent le lui dire", a confié un membre du parti démocrate au média Axios.

La contre-performance de Joe Biden pourrait marquer un tournant dans une campagne jusqu'ici extrêmement serrée. Il est toutefois difficile de dire si le débat fera radicalement bouger les lignes, dans un pays où la polarisation politique est extrême.

L'enjeu n'en est pas moins énorme: si l'un des deux candidats arrive à séduire quelques électeurs indépendants, particulièrement dans les États susceptibles de faire basculer l'élection, cela pourrait suffire à lui donner l'avantage en novembre.

Article original publié sur BFMTV.com