Présidentielle américaine: quelle colistière pour Joe Biden ?

« Si je suis élu président, je m’engage à nommer une femme comme vice-présidente. » Voilà ce que promettait Joe Biden il y a quelques mois lors du dernier débat public avec son rival Bernie Sanders. Joe Biden sera officiellement investi en août prochain lors de la convention du parti démocrate. D’ici là, il doit annoncer le nom de sa colistière.

Une chose est sûre, ce casting est un véritable casse-tête pour Joe Biden. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte, nous explique Célia Belin, spécialiste de la politique américaine à la Brookings Institution à Washington. « Le choix de la vice-présidence est un choix d’équilibre extrêmement difficile. Déjà en toute autre époque, c’est difficile. Il faut trouver un équilibre entre la nécessité de grandir la coalition du candidat qui veut être élu président et un rééquilibrage géographique. Choisir sa colistière, c’est aussi compenser des manques dans le Midwest ou dans le cœur des États-Unis. Et pour ce qui est des démocrates, il faut aussi prendre en compte la diversité de la société, d’où le choix d’une femme et peut-être une femme afro-américaine. »

Pour Joe Biden, un autre facteur entre en ligne de compte : son âge. S’il est élu, il aura l’âge de Ronald Reagan lorsque ce dernier a quitté la présidence américaine. A 78 ans, il lui faut une colistière qui peut le cas échéant rapidement prendre les commandes du pays, poursuit Célia Belin, qui vient de publier, aux éditions Fayard, Des démocrates en Amérique, l'heure des choix face à Trump. Pour la politologue, la décision de l’ancien vice-président de prendre une femme à ses côtés a été très intelligente. « Il y a forte demande dans le parti démocrate pour qu’une femme occupe ce poste, car ces dernières années les femmes sont devenues un moteur du mouvement démocrate. »

Deux options, deux choix stratégiques

Joe Biden est face à deux options : choisir un représentant de l’aile progressiste du pays - ce serait une façon de dire aux sympathisants du sénateur Bernie Sanders qu’il les a écoutés - ou un représentant de la diversité, à savoir une femme issue d’une minorité. Parmi les femmes en lice pour le poste de vice-présidente, la sénatrice du Massachusetts Elisabeth Warren représente le mieux la première option, alors que le profil de la sénatrice californienne Kamala Harris correspond bien à la seconde option.

Selon les médias américains, l’équipe de Joe Biden a établi une sorte de « short list » d’une dizaine de candidates sur laquelle figurent d’autres Afro-Américaines comme l’ancienne conseillère pour la sécurité nationale de Barack Obama, Susan Rice, l’élue de Floride Val Demings ou encore la maire d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms. Val Demings est d’ailleurs avec l’ex-députée de Géorgie, Stacey Abrams, la seule à faire publiquement campagne pour décrocher le « job ». Toutes les candidates ont été auditionnées par l’équipe de Joe Biden. Lui-même a fait connaître trois critères qui pèseraient dans la balance : la capacité d’assumer la présidence, le partage de ses objectifs politiques et une bonne entente. Il faut qu’elle soit « simpatico », a dit Joe Biden.

Kamala Harris vs Elizabeth Warren : leurs atouts et faiblesses

Selon les médias américains, c’est Kamala Harris, la sénatrice californienne et ancienne candidate aux primaires du parti qui a le vent en poupe. Avec une mère indienne et un père jamaïcain, elle a l’avantage d’être issue des minorités. Et ça compte dans l’Amérique révoltée après la mort brutale de l’Afro-Américain George Floyd. Mais elle a aussi des défauts. D’abord, elle représente un État déjà acquis aux démocrates. Ensuite, son passé de procureure de San Francisco n’est pas sans tâche : en 2015, elle avait refusé une enquête sur des violences policières en Californie. Pendant la campagne des primaires, Kamala Harris a aussi durement critiqué Joe Biden. Mais tout cela n’a plus d’importance selon elle : « C’était un débat. Et dans un débat, il y a forcément des points de vue différents, a-t-elle déclaré il y a quelques jours. Je soutiens Joe Biden à mille pour cent et je ferai tout mon possible pour qu’il soit élu. »

Une autre parlementaire est très active pour mener sa campagne pour la vice-présidence en coulisses : Elizabeth Warren. Sénatrice du Massachusetts, elle aurait l’avantage de rallier l’aile progressiste derrière Joe Biden. Mais cela pourrait aussi constituer un défaut, selon Celia Belin. « À ce stade, Kamala Harris semble la mieux disposée, car elle est moins idéologique. Sur les questions raciales, elle a mis en avant un programme qui est moins progressiste que celui d’Elizabeth Warren. Sur le papier, elle correspond mieux au profil recherché depuis le début des manifestations antiracistes. Et, d’une manière générale, elle correspond mieux à la candidature de Joe Biden dont l’objectif est de constituer une coalition autour de lui plutôt que de prendre un risque de clivage idéologique. »

Choisir une Afro-américaine, « pas une obligation, mais un plus »

La question est finalement : Joe Biden doit-il vraiment choisir une colistière afro-américaine ? Selon le député afro-américain James Clyborn, « it’s a plus, not a must », un plus, mais pas une obligation. Reste un autre critère à considérer lors de ce casting, celui de l’enthousiasme. Comme le souligne Célia Belin, Joe Biden suscite très peu d’enthousiasme, encore moins qu’Hillary Clinton en 2016. Il est considéré comme le candidat le plus apte à battre Donald Trump, c’est donc la raison qui a guidé la base du parti dans son choix de candidat, pas le cœur.

Pour compenser ce manque, il lui faudrait une colistière qui elle, suscite de l’enthousiasme, sans toutefois lui faire de l’ombre. Là encore, l’équation est difficile. Joe Biden devrait annoncer son choix au début du mois d’août.

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