Présidentielle: avec 30% d'intentions de vote à 10 mois du scrutin, Macron fait-il mieux que ses prédécesseurs?

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Le président français Emmanuel Macron entre dans l'isoloir au Touquet, au premier tour des régionales, le 20 juin 2021 - CHRISTIAN HARTMANN © 2019 AFP
Le président français Emmanuel Macron entre dans l'isoloir au Touquet, au premier tour des régionales, le 20 juin 2021 - CHRISTIAN HARTMANN © 2019 AFP

À dix mois de l'élection présidentielle, les jeux sont-ils déjà faits? Alors que les résultats des dernières régionales et départementales laissaient penser que le duel tant annoncé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors du scrutin national pourrait ne pas avoir lieu, un sondage Elabe pour BFMTV diffusé ce mercredi témoigne du contraire.

Selon cette enquête d'opinion, à dix mois du vote, le président de la République sortant est crédité de 29 à 31% des intentions de vote, tandis que Marine Le Pen récolte 23 à 25% des suffrages exprimés. Ensuite, viendrait un candidat de droite, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse, avec respectivement 14, 12 et 11% des voix.

"Il est en progression par rapport à la dernière enquête réalisée il y a deux mois et demi. L’intention de vote à l’égard du président de la République progresse d'entre 3 et 4 points selon les différentes hypothèses des candidats de droite. Ça lui permettrait de distancer en l’état Marine Le Pen qui recule et qui marque l’écart. Cette progression se fait chez les moins de 35 ans et chez ceux qui n’ont pas de préférences partisanes", analyse Bernard Sananès, président de l’Institut de sondage Elabe.

En avril, le président de la République était crédité de 25 à 27% des intentions de vote au premier tour en 2022 dans une précédente enquête Elabe pour BFMTV. Des chiffres semblables à ceux d'un sondage Harris Interactive pour Challenges de début juin.

Macron et la fin de la malédiction?

Dès lors, comment expliquer cette récente hausse? "Ce supplément de 4 points est un effet du déconfinement. Il y a l’effet de retour à la vie normale, chez les jeunes, et il y a aussi, et c’est à surveiller à la rentrée de septembre, l’idée que la crise économique attendue serait de moindre ampleur, c’est sans doute à mettre au crédit du président", fait valoir Bernard Sananès.

Avec un tel score, et bien que l'horizon de l'élection soit encore loin, Emmanuel Macron rompt actuellement avec la "malédiction" qui a touché ces dernières années les ex-chefs d'État français, qui quelques mois avant la présidentielle, n'étaient pas crédités de bonnes intentions de vote.

En avril 2001, à peine plus d'un an avant sa victoire contre Jean-Marie Le Pen, le locataire sortant de l'Élysée Jacques Chirac plafonnait entre 20 et 24% dans les différents sondages, talonné par le socialiste Lionel Jospin. En juin 2011, alors que Nicolas Sarkozy terminait son mandat, plusieurs enquêtes le donnaient battu au premier tour par un candidat de gauche, François Hollande, Martine Aubry ou encore Ségolène Royal. Là encore, le président sortant oscillait entre 19 et 21% d'intentions de vote, loin des 30% d'Emmanuel Macron.

Rupture

Dernier exemple en date, celui de François Hollande. En juillet 2016, un sondage Odoxa pour BFMTV et Le Parisien le donnait éliminé au premier tour alors qu'Emmanuel Macron venait tout juste de lancer son mouvement En Marche. Le président socialiste n'était crédité que de 15% des voix, un chiffre qui a baissé jusqu'à 7% en novembre 2016 selon Le Point. François Hollande avait finalement renoncé à se représenter quelques semaines plus tard.

"On est habitués à l’idée du président impopulaire, mais c’est un retour à l’étiage d’avant, une rupture avec cette tendance. Emmanuel Macron semble mettre fin à la malédiction, il a réussi à sortir de l’impopularité chronique des présidents", explique auprès de BFMTV.com Arnaud Mercier, professeur d'information et de communication à l'Université Paris-Assas et spécialiste en communication politique.

En réalité, cette mauvaise opinion du président sortant n'est que très récente. Au moment de concourir à leur réélection, "ce n'était pas le cas de Valéry Giscard d’Estaing ni de François Mitterrand", ajoute-t-il.

L'inconnue autour de l'électorat de droite

Pourtant, selon Arnaud Mercier, ce sondage est à prendre avec d'infinies précautions, d'autant que l'année à venir pourrait jouer en défaveur d'Emmanuel Macron, à mesure que se dévoilent les autres candidats.

Selon lui, il existe "un défaut d’incarnation du candidat de droite", alors que pour l'heure, seul Xavier Bertrand a officiellement présenté sa candidature. Or, Arnaud Mercier assure que c'est cet électorat de droite, voire de centre-droit, qui à l'heure actuelle serait le plus enclin à voter pour Emmanuel Macron et faire vaciller le scrutin.

"Mais il n’y a pas l’ombre d’un doute que tous se mettent d’accord quand le candidat sera officiel. C’est une inconnue très forte, et les gens de droite qui disent qu’ils souhaitent voter Macron pourraient en fait se retourner vers leur candidat naturel. Avec un candidat légitime, pas certain que ces électeurs votent Macron au premier tour. C'est une situation très virtuelle, ce n’est pas la même chose que lorsqu’il y a un candidat avec une légitimité. Il y a fort à parier qu’une partie de la droite se rallierait à leur candidat", conclut-il.

Article original publié sur BFMTV.com

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