Présidentielle 2022: entre la gauche et l'électorat populaire, le désamour dure

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Plus disputé qu'avant, l'électorat populaire continue de bouder la gauche (photos de Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon) (Photo: Reuters/montage Le HuffPost)
Plus disputé qu'avant, l'électorat populaire continue de bouder la gauche (photos de Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon) (Photo: Reuters/montage Le HuffPost)

POLITIQUE - Comme le rayon de soleil en automne, il est celui que chacun convoite. Le fameux électorat populaire, que l’on peut schématiquement résumer aux ouvriers et aux salariés du pays, est au centre de la pré-campagne présidentielle.

Responsables politiques et spécialistes de la chose électorale s’accordent à dire qu’ils seront déterminants au printemps prochain. Et pour cause, nombreux sont ceux à ne pas savoir quel bulletin glisser dans l’urne. Un contexte indécis, relativement nouveau par rapport à 2017, qui traduit, malgré, tout, une réalité tenace: les candidats de gauche n’ont pas -du tout- la côte.

L’enquête d’opinion menée par l’Ifop du 3 au 5 novembre est éclairante, en ce sens, à cinq mois de la grande élection. Selon l’institut de sondages, aucun des prétendants de ce camp, de Jean-Luc Mélenchon à Anne Hidalgo, ne parvient à se hisser au-dessus des 10% d’intentions de vote au sein de cet électorat qui, jadis, était son socle.

Le Pen et Macron loin devant

En résumé, c’est Marine Le Pen, comme il y a cinq ans, et en 2012, qui apparaît la plus puissante sur ce segment de la population puisqu’elle obtient, à cette heure, 28% des intentions de vote. Emmanuel Macron arrive en deuxième position, dix points derrière, avec 18%, juste devant Éric Zemmour. Un bon score, pour l’actuel président qui a fait de son positionnement politique “ni de droite ni de gauche”, l’un des marqueurs les plus emblématiques de son action à l’Élysée.

“Depuis Mitterrand, Macron est le président sortant ayant le meilleur score chez les ouvriers, analyse ainsi Frédéric Dabi, le directeur opinion de l’Ifop, dans Le Figaro. À six mois de la fin de son mandat, il est dans une meilleure situation auprès de l’électorat populaire que ne l’étaient Hollande et Sarkozy.”

Loin derrière ce trio de tête, Jean-Luc Mélenchon est le candidat de gauche qui séduit le plus dans cette catégorie avec 9% des intentions de vote, quand l’écologiste Yannick Jadot plafonne à 7% et la socialiste Anne Hidalgo s’écrase à... 2%.

Autant de scores presque faméliques pour des formations politiques qui font de la défense des classes moyennes ou populaires leur principal combat politique. Si ce n’est leur raison d’être. Comment, dès lors, expliquer cette profonde désaffection?

“La gauche ne sait pas bien qui elle doit défendre”

“Voilà plus de dix ans que la gauche est accusée d’avoir ‘abandonné les classes populaires’”, tranche, ce lundi 8 novembre, Thierry Pech, le directeur du think tank Terra Nova. Comprendre: ce n’est pas nouveau... et ce n’est pas près de s’arranger, selon l’essayiste, qui pointe “l’incapacité persistante” de ces formations à intégrer les transformations et les divisions d’un monde populaire beaucoup plus divers qu’autrefois.

En d’autres termes: “la gauche ne sait pas bien qui elle doit défendre, ce qu’elle doit représenter”, selon Gaël Sliman, le président de l’institut de sondages Odoxa. “Si on remonte le fil de l’histoire, la gauche s’était construite sur une logique de classes sociales, de défense des catégories populaires en premier lieu, et puis des salariés du secteur privé ensuite”, racontait-il, fin octobre, au journal Le Progrès. Or, pour le sondeur, “les catégories populaires et notamment les ouvriers au sens traditionnel ont disparu en tant que classe sociale constituée, se reconnaissant comme telle.”

Dans ce contexte, la gauche ferait mieux de ne plus concentrer ses efforts sur des thèmes “qui sont périphériques pour les électeurs populaires”, toujours selon le patron d’Odoxa, comme les questions “de défense des minorités, de féminisme très combatif.” “On a le sentiment que beaucoup de ces figures semblent ne parler que de ces sujets-là et sont devenues complètement incapables de porter un message social”, relève-t-il, en ciblant, notamment Anne Hidalgo ou “certains écologistes.”

Ils se sont aperçus qu’une certaine présentation de l’écologie ne marchait pas. La voiture est un objet de liberté pour beaucoup de gens."Cyril Lemieux, sociologue, à l'AFP.

Un discours que partagent plusieurs spécialistes, l’historien des gauches, Jacques Julliard, en tête. Pour lui, le pays est en train de basculer à droite et “la gauche est totalement responsable.” Pour lui, “elle a fait son propre malheur en suivant ses intellectuels et non pas ses électeurs”, résume-t-il, dans un entretien diffusé le 4 novembre dernier sur la chaîne LCP.

Des efforts... trop tardifs?

Dans ce contexte, socialistes, écologistes ou insoumis tentent une opération “réconciliation” avec leur cœur de cible. Depuis plusieurs semaines, les éléments de langage des entourages du candidat EELV ou de la socialiste convergent: quand ils parlent d’écologie, le “social” vient tout de suite après.

Car les deux prétendants savent que leurs succès récents proviennent d’électorats moins larges que celui d’une présidentielle: les européennes de 2019 et la primaire écolo de septembre pour Yannick Jadot, sa réélection à la mairie de Paris en 2020 pour Anne Hidalgo.

Difficile, d’ailleurs, de ne pas voir dans la proposition récente, de la maire de Paris, de baisser les taxes sur le prix des carburants, une manière de remédier à son image d’écolo parisienne.

“Ils se sont aperçus qu’une certaine présentation de l’écologie ne marchait pas. La voiture est un objet de liberté pour beaucoup de gens”, explique le sociologue Cyril Lemieux à l’AFP, constatant une forme de petite amélioration. Le spécialiste qui vient de coordonner, avec Marion Fontaine, une historienne du socialisme et du monde ouvrier, un numéro de la revue Germinal sur “les politiques des classes populaires”, estime que “la gauche ne peut pas se passer des classes populaires, non pas simplement d’un point de vue électoral, mais aussi de sa conception de la société.”

Trop tard? “Ce n’est pas avec quelques mesures de pouvoir d’achat qu’on va répondre”, à la désaffection des classes populaires, regrette, de son côté, la chercheuse. Elle appelle plutôt la gauche à une forme d’introspection pour comprendre le phénomène, avant de pouvoir en changer la tendance. Un travail dont pourrait aussi s’inspirer la droite, pas franchement plus à la fête chez cet électorat.

À voir également sur Le HuffPost: Pour 2022, ces élus ne parraineront aucun candidat tant que la gauche reste divisée

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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