Présidentielle 2022: Comme le Beaujolais, le Mélenchon nouveau ressemble à celui de 2017

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Comme le Beaujolais, le Mélenchon nouveau ressemble à celui de 2017 (en plus corsé) (Photo: Stephane Mahe via Reuters)
Comme le Beaujolais, le Mélenchon nouveau ressemble à celui de 2017 (en plus corsé) (Photo: Stephane Mahe via Reuters)

POLITIQUE - Le Mélenchon nouveau est arrivé. Corsé, tanin, charnu? Le programme du chef de file de la France insoumise sort jeudi 18 novembre, avec un goût... de déjà-vu. Et pour cause: c’est le même, en version augmentée et réactualisée du millésime 2017 qui avait permis aux Insoumis de récolter presque 20% des voix à la dernière grande élection. Si proche de l’ivresse.

Au-delà de quelques nouveautés, sur l’égalité femmes-hommes, ou de rares ajustements stratégiques, sur l’Union européenne, les militants LFI ne seront pas déçus de retrouver la “planification écologique”, le “protectionnisme solidaire” la “VIe République” et son assemblée constituante, comme autant de fondements au projet présidentiel de leur candidat.

Une nouvelle mouture, forte de 30 pages supplémentaires, tirée à 60.000 exemplaires, qui sera disponible en ligne et dans les libraires à partir de jeudi, au prix de 3 euros. Un tarif identique à celui d’il y a quatre ans, pour un programme baptisé du même nom: “l’Avenir en commun”, “AEC”, on entendrait presque “AOC”, pour “appellation d’origine contrôlée” ou les initiales d’Alexandria Ocasio-Cortez, sur la même ligne politique aux Etats-Unis.

On avait une bonne base. Nous n’avons pas à nous renier.Clémence Guetté, co-responsable du programme

Une “continuité” parfaitement assumée côté état-major insoumis. “On avait une bonne base. En 2017 nous n’avions pas improvisé les choses, nous n’avons donc pas à nous renier aujourd’hui”, expliquait Clémence Guetté, la co-responsable du fameux programme, lors d’un rendez-vous organisé avec la presse en marge du lancement de cette nouvelle étape de campagne, le 15 novembre.

Dans cette logique, les saveurs de la cuvée 2017 se retrouvent aujourd’hui: de la constituante pour fonder une VIe République plus parlementaire à la planification de la “bifurcation écologique”, en passant par “le partage des richesses” obtenu grâce à une taxation accrue des salaires supérieurs à 4000 euros, ou la retraite à 60 ans.

Pour les Insoumis, le quinquennat d’Emmanuel Macron qu’ils comptent bien attaquer comme “le président des riches” pendant la campagne, impose d’aller plus vite, plus fort, sur plusieurs points. “Densifier” certains chapitres ou propositions, sur les Outre-mer, contre les violences faites aux femmes ou pour prévenir les crises sanitaires. Il s’agit d’une version actualisée après la casse sociale du macronisme” nous disait Clémence Guetté.

Traités européens et col roulé

C’est pourquoi Jean-Luc Mélenchon prévoit de proposer une dizaine de “grands plans” thématiques au fil de la campagne, comme autant de mesures à adopter tout de suite, dès les premières semaines de son quinquennat. Des dispositions chiffrées censées répondre à diverses situations sociales, environnementales et démocratiques pressantes. La “loi d’urgence sociale” présentée par le député des Bouches-du-Rhône en septembre dernier en était le premier exemple.

Question nouveautés, le changement de pied opéré sur l’Union européenne est sans doute la plus marquante. Il ne s’agit plus de menacer l’UE de sortie de la France en cas de refus de ses pays membres de réviser les traités, jugés trop contraignants, pour les investissements publics notamment.

Les Insoumis veulent désormais mobiliser des leviers moins radicaux pour faire pression sur Bruxelles. “Il y a déjà beaucoup de mécanisme de désobéissance”, expliquait Clémence Guetté, toujours devant la presse, en citant les moyens utilisés par les dirigeants “de droite ou d’extrême droite” sur le vieux continent: la politique de la chaise vide, le budget de la France versé à l’Union, ou les “opt-out”, c’est-à-dire la désobéissance ponctuelle sur des points stratégiques.

Difficile également de ne pas voir la différence visuelle entre les deux moutures. Quand la couverture de la version 2017 jouait la sobriété d’un manuel pratique, faisant la part belle au logo insoumis, celle de 2022 arbore un portrait de Jean-Luc Mélenchon regardant frontalement l’électeur, tout sourire, en veste et col roulé noirs.

Une nouvelle cuvée à 19%?

Une façon de reléguer la France insoumise au deuxième plan, derrière la stratégie d’Union populaire? Jean-Luc Mélenchon s’attache en tout cas à prendre un peu de hauteur en cette pré-campagne, pour passer au-dessus de sa base et toucher les catégories populaires ou abstentionnistes. Le tout, en refusant une union des gauches, qu’il considère désormais “impossible.” Cela vous rappelle quelque chose?

Comme en 2017, les Insoumis espèrent que le thème social s’impose dans la campagne, alors que l’extrême droite a vu son assise médiatique renforcée par l’émergence, en plus de Marine Le Pen, du polémiste Éric Zemmour comme potentiel candidat. ”La présidentielle se jouera sur la question sociale et pas sur les délires racialistes ou religieux”, assurait Jean-Luc Mélenchon à La Montagne, le 24 octobre dernier.

Dans ce contexte, les Insoumis -dont le candidat plafonne actuellement autour des 10% d’intentions de vote- sont convaincus que les recettes du passé produiront le même effet au printemps prochain: à savoir, une récolte à 19%. Au risque de lasser les électeurs pour la troisième campagne de suite? “C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures”, dit l’adage populaire. Rien n’est moins sûr pour ce qui est du Beaujolais.

À voir également sur Le HuffPost: Le plaidoyer de Mélenchon pour les urnes (et contre ceux qui ne votent pas)

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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