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La présidente du Crisis Group craint une "erreur de calcul majeure" au Moyen-Orient

La présidente du Crisis Group, Comfort Ero, le 7 février 2024 à Washington (Bastien INZAURRALDE)
La présidente du Crisis Group, Comfort Ero, le 7 février 2024 à Washington (Bastien INZAURRALDE)

Le risque d'une "erreur de calcul majeure" augmente de jour en jour au Moyen-Orient après quatre mois de guerre entre Israël et le Hamas palestinien dans la bande de Gaza, dit à l'AFP la présidente du Crisis Group, Comfort Ero, qui appelle à un cessez-le-feu.

Cette spécialiste de la prévention des conflits déplore par ailleurs que l'Ukraine soit devenue "un enjeu de politique" aux Etats-Unis et voit peu de perspectives de négociations de paix en pleine année électorale américaine.

Elle parle aussi d'une "crise du maintien de la paix" dans le monde, tout en gardant une "lueur d'espoir" sur la possibilité de résoudre les conflits par la voie diplomatique.

Question: Concernant la guerre à Gaza et ses ramifications, quelles sont les perspectives à court et moyen terme et les risques d'escalade, notamment d'un conflit direct avec l'Iran?

Réponse: "Il y a des discussions en cours sur une trêve de 40 jours. C'est la base. Obtenir ces 40 jours et ensuite construire sur cette base (...) Parvenir à une sorte de gouvernance intérimaire qui permette le rétablissement des infrastructures et l'acheminement d'eau et de nourriture et puis répondre aux besoins à plus long terme. Du côté palestinien, cela concerne leur aspiration à un Etat. Pour Israël, il s'agit de sa sécurité et de garanties de sécurité. C'est pourquoi nous avons été très clairs au sein du Crisis Group que la seule manière d'y parvenir c'est à travers un cessez-le-feu immédiat.

Il y a une chose qui semble rester vraie, c'est qu'aucune des parties ne veut d'une escalade régionale ou d'une guerre. Et quand je dis aucune des parties, je parle des trois grands acteurs que sont Israël, l'Iran et les Etats-Unis. Mais nous constatons également que chaque jour, nous nous rapprochons d'une erreur de calcul majeure. Eviter une catastrophe devient très important".

Q: Avec la guerre à Gaza, l'Ukraine attire moins l'attention et aucune sortie de crise n'est en vue après deux ans de guerre. Pensez-vous qu'il y ait un espace pour entamer une négociation avec la Russie ?

R: "C'est très difficile à l'approche des élections américaines. Poutine regarde ça et il voit que l'Ukraine est devenue un enjeu de politique à Washington, il voit que cette sorte d'unité qu'il y avait entre les Etats-Unis et l'Europe pourrait s'effriter car, encore une fois, l'Ukraine est prise dans les enjeux de politique intérieure aux Etats-Unis".

Q: Un nouveau duel entre Joe Biden et Donald Trump se profile aux Etats-Unis. Quel impact sur la politique étrangère de ce pays?

R: "Ce qui est très clair (...), c'est que ceux qui observent les Etats-Unis apparaissent nerveux. Je pense que les Etats-Unis sont toujours vus au niveau international comme un acteur influent, à la fois de façon positive et négative. Mais je pense qu'il y a de plus en plus d'inquiétude, d'appréhension, de malaise quant à l'incertitude, l'imprévisibilité, la polarisation et la division".

Q: Face à la multiplication des conflits dans le monde, y a-t-il encore de la place pour la diplomatie?

R: "La diplomatie est mise à l'épreuve. Il y a des lieux où elle ne fonctionne pas, où la dynamique du champ de bataille s'oriente dans une autre direction, dans la mauvaise direction. Le Soudan, par exemple, est un cas classique où la diplomatie est souvent mise de côté et où il y a une préférence pour la guerre. Nous l'avons vu l'an dernier avec la reconquête du Haut-Karabakh par l'Azerbaïdjan. Nous le voyons également en Birmanie.

Quand on regarde l'état des conflits, aucune région n'est épargnée (...) Et pourtant, on peut faire beaucoup par la diplomatie préventive. Mais quand le système se fissure, quand le centre de gravité même -- à savoir l'ONU -- est sous forte pression et tension, quand le multilatéralisme même perd de son attrait, le monde est plus sombre.

C'est une année de crise pour le maintien de la paix (...) Mais à l'heure où l'on dit que le multilatéralisme s'effondre, il y a encore une lueur d'espoir. La question est de savoir si les dirigeants sont prêts à saisir l'occasion, s'ils sont capables d'élaborer et de façonner les opportunités pour permettre à la diplomatie de s'épanouir également".

lb/bpe