Les risques d'une société bavarde

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Le grand débat a eu quelques vertus. Néanmoins, la mise en scène d'un président marathonien de la parole dans une société dissertant en boucle n'est pas sans risque

Le grand débat est clos, et l'heure des bilans a sonné, comme on dit. Emmanuel Macron avait promis d'en faire la synthèse politique et de "répondre" - c'est le mot qu'il a employé - à la crise des derniers mois dans une allocution télévisée, avant que cette dernière ne fut reportée suite à l'incendie de Notre-Dame. En attendant, il est intéressant de revenir sur la volée de statistiques publiée il y a quelques jours par les instances organisatrices du débat et parmi lesquelles figurait ce chiffre remarquable : durant l'exercice, le président aura pris la parole environ...cent heures. 

Certains feront valoir, à juste titre, que ce marathon oratoire lui aura plutôt réussi. En quelques mois, les images d'un chef de l'État fuyant le Puy-en-Velay sous les huées d'une foule menaçante - et dont on se demandait s'il n'allait pas finir son quinquennat momifié à l'Elysée - furent contrebalancées par les heures de direct d'un président en bras de chemise, charmeur d'assemblées, capable de "tenir" huit heures avec le sourire et réponse à tout. 

Bulle langagière

Si cette communication performative, à mi-chemin entre l'installation d'art contemporain et le "grand O" de l'ENA façon télé-réalité, a eu des effets indéniablement positifs pour le président - notamment auprès de son socle électoral plus mobilisé que jamais - on peut néanmoins se demander ce que cet épisode traduit de notre société. Un "grand moment démocratique" ? Pas seulement. 

À dire vrai, ce tableau d'un président débatteur au centre d'agoras dissertantes, le tout commenté ad libitum sur les réseaux sociaux et dans les médias, donne une parfaite illustration de ce que les sociologues appellent la "société bavarde". "On débat du débat, on commente le commentaire, et le réel est comme euphémisé dans une bulle langagière en boucle, décrypte l'intellectuel Jean-Pierre Le Goff, qui met en garde : pendant ce temps, des seuils sont franchis, et on ne fait plus que discuter en amont des seuils." 

A-t-on, par exemple, noté à sa ju...Lire la suite sur L'Express.fr

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